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Sylduria chapitre XLIII

Publié le 05 février 2010 par Lilianof
Chapitre XLIII
Lynda règle ses comptes

Mal servi par ses courtes jambes, le commissaire divisionnaire courut après les cars militaires qui ne l’avaient pas attendu pour démarrer. Le vent tomba aussi brusquement qu’il s’était levé. Nos amis poussent chacun des souffles profonds, heureux de se retrouver dans le calme.

« Tu nous avais habitués à quelques happenings, » dit Mohammed , « mais là vraiment, tu nous coupes le souffle.

– Nous sommes époustouflés, » enchérit Mamadou.

« Quelqu’un pourrait-il nous expliquer ce qui s’est passé ? demanda Fabienne.

« Ne vous ai-je pas déjà dit qu’un grain de moutarde peut soulever des montagnes ?

– Pourvu que ce grain soit rempli de foi.

« Dis, Lynda, » demanda timidement Moussa apeuré, la tirant par son vêtement.

« Oui, mon enfant.

– Est-ce que c’est le diable qui a claqué la porte ?

– Non, Moussa, c’est un courant d’air.

– Alors pourquoi ont-ils eu si peur ?

– « “ Je rendrai le cœur de tes ennemis lâche au point qu’ils s’enfuient au bruit d’une feuille agitée par le vent, ” ou au bruit d’une porte qui claque. C’est Dieu qui a donné ces paroles. Il suffisait d’y croire.

– Lorsque tu as cité ce texte et qu’ils ont cru que tu invoquais le diantre, » interrogea Fabien, « était-ce de la magie ?

– Non, c’était de la foi.

– Décidément, Lynda, je n’arrive plus à te suivre ! »

« En tout cas, » constata Fabienne, « tu nous as donné une sérieuse leçon. Placez votre confiance en Dieu, et le miracle s’accomplira. »

Le commissaire Mansinque intervint dans le débat :

« La foi c’est très beau, mais les anges sont au ciel et nous sur la terre. Comment Yssouvrez a-t-il pu débarquer ainsi ? Qui l’a averti de notre présence et de notre secret ? »

« Des voisins nous auraient dénoncés, » supposa Fabienne.

« Nous n’avons pas de voisins. Personne ne nous a
vus venir.

– Alors, » dit gravement Mohammed, « l’un des nôtres a trahi. »

L’enthosiasme de la victoire laissa place à l’inquiétude et à la suspicion.

« Qui ? Et pourquoi ? » demanda Fabien après un pénible silence.

Chacun se regardait l’un l’autre, embarrassé.

« Nous allons bientôt le savoir, » dit Lynda sur un ton grave.

Ses simples mots provoquèrent une angoisse indéfinissable dans le groupe. La foi de Lynda la rend capable de mettre en fuite n’importe quel adversaire. Aurait-elle aussi reçu, par révélation, le nom du coupable. Tous la regardaient, livide, attendant de sa bouche la fatale prophétie.

Mais elle ne dit rien. Elle promena ses regard sur chacun membre de l’assistance. Puis, les yeux pleins d’ardeur, les sourcils froncés, elle regarda fixement chacun de ses compagnons.

Le regard de Lynda… Chacun baissait le front, personne n’osait l’affronter. Il se fixa enfin sur Elvire. Son visage était exsangue, ruisselant de sueur. Ses jambes n’était plus capable de la porter. Elle chancelait. Lynda la regardait toujours.

« Lève les yeux, Elvire. Aurais-tu peur de braver mon regard ?

– Non, » murmura-t-elle, « ce n’est pas…

– Regarde-moi dans les yeux et dis-moi d’une voix haute et intelligible : “ Ce n’est pas moi. ”

– Ce n’est pas moi. »

À la veulerie des réponse d’Elvire s’opposait la fermeté de la voix de Lynda.

« Dis-le avec plus d’assurance, et regarde-moi en face. »

Maintenant, Lynda avait empoigné les cheveux de sa rivale et lui maintenait la tête haute pour la forcer à croiser son regard de braise.

« Arrête, je t’en prie ! Tu me fais revivre des moments insupportables. Je revois tes ongles dans mes cauchemars. »

Lynda lâcha sa prise. Elle avait une nouvelle fois anéanti son adversaire.

« Pourquoi ? » demanda-t-elle à voix basse.

« Parce que je te hais, Lynda, je te hais.

– Comme tu me fais mal ! Moi je t’aimais. Tu m’as assassinée. J’en ai tant souffert ! Mais j’ai su pardonner. Aujourd’hui tu reviens, tu me trahis par un baiser, comme Judas. Tu me poignardes à nouveau. C’est moi qui aurais de bonnes raisons de te haïr. »

Elvire commençait à reprendre de l’assurance.

« Tu ne comprends donc pas ! Faut-il que tu sois naïve ! Je me suis servie de toi quand tu étais dans l’abondance, je t’ai méprisée quand tu étais dans la misère. Maintenant que tu relèves la tête je ne puis que te haïr. Je te hais parce que tu possèdes ce que je désire : la beauté, l’intelligence, mais surtout, la richesse, le succès et la gloire. Je te hais parce que Julien t’a aimée avant moi. Je te hais parce que je
te hais.

– Quelle folie ! Pauvre Elvire ! Quand je pense que j’ai vraiment cru à notre réconciliation ! Je ne suis décidément qu’une ravissante idiote.

– Laisse-moi partir maintenant.

– Pas encore. J’ai une question à te poser : Comment m’as-tu suivie jusqu’ici ?

– Ma pauvre amie ! Quand on est une célébrité comme toi, on ne peut pas se cacher, même avec une perruque ridicule et un français brisé. Tu ne lis donc jamais les journaux ? Tu ne lis pas France Dimanche ? C’est trop compliqué
pour toi ?

– Non. J’aurais dû ?

– Tu aurais appris tout ce qu’on dit sur toi.

– Et que dit cette vénérable presse à mon sujet ? »

Elvire sortit de son sac un journal qu’elle tendit à son ennemie :

« Lis-moi ça, pauvre cloche ! .J’en ai gardé un en souvenir. »

Lynda s’exécuta et lut un titre :

« “ Les nouvelles frasques de Lynda. ” Parce que j’ai aussi de vieilles frasques ?

– Lis !

–“ Sous la fausse identité d’une réfugiée bulgare, Lynda de Syldurie, l’actrice ratée subitement propulsée dans le Gotha balkanique hante à présent les quartiers chauds de Paris. »

– Ils ne te font pas de cadeaux, hein ! Cassée, ma Lynda.

– Comme ils ont d’imagination ! Me voici promue baronne de la mafia parisienne. Je comprends que cette littérature ait élevé ton esprit à un si haut niveau moral.

– Tu peux toujours ironiser ! Quand on a traîné son manteau royal dans la boue des bas quartiers !

– Continue ton histoire.

– Ayant donc appris que tu te planquais à nouveau du côté de Barbès-Rochechouart, chère Lynda, je me suis mis à écumer le quartier. J’ai pris mes renseignements. Je suis allée manger dans ton restaurant préféré : Le Palais de Shanghai de Hong-Kong de la Cité Interdite. Je dois reconnaître que tu m’avais habituée à mieux. Enfin ! J’ai cuisiné le vieux chinois, c’est tout de même un comble ! Je me suis fait passer pour ton amie. D’ailleurs je n’ai pas menti : je suis ta meilleure amie. J’ai joué à la fois de ma séduction, de ma persuasion et de ma perversion. Il a fini par me donner ta nouvelle adresse. Et me voilà débarquée comme une jolie fleur dans ta cambrousse, non sans avoir averti ton cher ami Paul Yssouvrez. »

Fabienne s’excitait à l’audition de ce récit :

« Laisse-moi lui servir une bonne raclée, cadeau de la maison.

– Non ! » cria Elvire. « Ne m’approchez pas !

– Laisse-la, » répondit Lynda méprisante. « Elle serait déjà morte si je n’étais pas devenue une disciple du Christ.

– Moi j’ai encore beaucoup de progrès à faire dans la vie chrétienne. Mes poings ne sont pas encore convertis.

– Encore une question, Elvire : Comment se fait-il que notre ami commun, Yssouvrez, soit arrivé avec toute une armée, comme s’il s’attendait à trouver Ben Laden en personne ?

– Je lui ai brossé un magnifique portrait de toi, et j’ai quelque peu exagéré la dangerosité de ta personne.

– J’ai bien envie de laisser Fabienne te corriger le tien, de portrait. Allez, va-t-en avant que je me déconvertisse. »

Copyright 2010 Lilianof



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