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Rencontre

Publié le 07 novembre 2007 par Stéphanie Le Béchec
Pour Fabien, à son courage incroyable sur la vie.


J’ai buté sur un cœur écorché, exposé nu sur l’arc des roues d’un fauteuil roulant. Foudroyée en plein vol d’égoïsme par la réalité en rouge amer. Comme invisible aux yeux des hommes, arrêtés à l’image du malheur, il était là, droit et fier, brandissant son âme à nu. Ses yeux racontaient sans faux fuyants, la rancœur et l’injustice, l’indifférence reçue plutôt que la pitié sans artifice. Que faisait il là planté en double file, au temple de la musique de nuit qui se faufile, des corps en tremblements sombres et des néons porteurs d’ombre ? Quels amis insensés, quelle nécessitée déraisonnée l’avaient poussé sur son chariot au milieu de cette meute à corps perdus, devenue sourde à la douleur et aveugle au monde extérieur ?

Il criait juste pitié avec la froideur de la vengeance, il criait notre honte de ne même plus savoir notre chance. Pour lui les mots n’existent qu’écrits ou lus sur les lèvres. Quand il ne reste que les yeux pour dire et maudire, l’échange devient cru sans éviter le pire. Je n’ai rien trouvé à donner, rien qui ne soit digne de son humanité. Au miroir de sa vérité ultime, c’est moi qui me suis sentie infirme. J’ai échangé trois mots creux qu’il a brûlés dans la colère de ses yeux. J’ai voulu hurler son existence, et cherché à libérer ma conscience. J’ai posé un baiser sur ses lèvres froides, avant que le temps n’emporte son âme. J’ai cherché son pardon en un souffle menu, au nom de nous tous et de nos faibles vues. J’ai eu honte de nos regards raccourcis à nos peines entretenues, honte de la faiblesse de nos volontés paresseuses, honte d’un pouvoir gaspillé par notre manque de vouloir.

Je lui ai dit au revoir…


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