Magazine Journal intime

Ceci me pose un problème…

Publié le 08 mars 2010 par Stella

Une mienne amie m’envoie aujourd’hui le texte ci-dessous. Je suis toujours un peu suspicieuse envers ce qui circule sur le net, on y lit tant de bêtises. Mais tout bien considérés, après m’être dit “oui, c’est un peu facile…” puis “Ah non alors, quelle intolérance…” j’en viens à conclure que ce texte pose question. Réponse trouvera-t-il ? Je le livre à la sagacité de votre lecture…

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J’ai fait un rêve :

D’un Maghreb où s’érigeraient des églises catholiques, des temples luthériens, des synagogues. 
D’un Afghanistan où de jeunes catholiques pourraient préparer un pèlerinage à Lourdes ou à Jérusalem.
D’un Iran ou d’un Irak où des Loubavitchs pourraient se promener en papillotes.
D’un Pakistan où seraient organisées les prochaines JMJ.

D’un Islam sans charria, sans burqa, où mes sœurs musulmanes ne seraient ni lapidées parce qu’elles sourient sans leur voile, ni traitées en pestiférées sociales.
D’un monde sans Al Quaïda, où les traders salueraient encore les femmes de ménage mexicaines avant de prendre l’ascenseur, où l’on pourrait encore prendre une bouteille d’eau dans un avion. 

Je mélange tout ?

Je mélange tout, sans doute, en ces temps où l’identité nationale a des relents de gruyère et de lingots, en ces jours, Zurich vaut bien un appel du Muezzin… 
Mais quelque part, sans me compromettre ni vouloir risquer une lapidation, je comprends…
Je comprends qu’il convient parfois d’oser le courage, et de cesser les oecuménismes à sens unique…
Je comprends la “Heidi touch”, la réaction suisse, même si, populiste et rétrograde, elle nous renvoie à nos Croisades et à notre peur du Sarrasin.

Car je suis fatiguée.
Fatiguée de baisser les yeux quand je marche, légèrement terrorisée, dans un “quartier arabe”, oh, pas à Jérusalem, non, juste chez moi, dans ma ville rose.

Car j’en ai soupé de manger Hallal à la cantine de mon collège.
Car j’en ai assez de croiser des étudiantes en burqa au cours d’arabe jouxtant mon cours d’allemand, dans une université soit disant soumise à la loi sur la laïcité.
Car je suis une fille de Charlemagne et de Roland, de Saint-Louis et du chêne, car je suis La Pucelle et pas Fatima, car mes ancêtres, oui, sont Gaulois, Celtes, Vikings, mais aussi Juifs, Espagnols, Italiens, Portugais, Grecs ou Maltais.

Ma vie n’est certes plus rythmée par l’angélus de l’aube et l’angélus du soir, mais en moi coule le sang des bâtisseurs de cathédrales. Et la colline de Vézelay, oui, m’est plus familière que la Pierre Noire de La Mecque.
Alors, quand les petits Suisses disent tout haut ce que plein de monde pense tout bas, et au risque de froisser mes nombreux amis musulmans, mes amis poètes, artistes, enseignants, mon épicier, mes anciens voisins,

J’ose l’écrire :

Restaurons nos églises, admirons nos vitraux, chantons quelques beaux cantiques, expliquons à nos écoliers ce qu’est Noël, au lieu de nous demander s’il est de bon ton de construire une mosquée dans chaque village !
J’aime écouter du Raï, je suis la reine du couscous, je ne vote pas Le Pen.

Mais :
Le jour où mes amies musulmanes ne seront plus lapidées au moindre pantalon dépassant d’une burqa, le jour où je pourrai bronzer en monokini sur les plages d’Agadir, le jour où une église se construira à Kaboul, alors là, oui, j’oserai critiquer cette décision suisse de ne plus construire de minarets.
Sabine Aussenac, Professeur d’allemand


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