La fille qui croyait grave au pouvoir du Crâne Ancestral (va réviser tes classiques si tu ne comprends pas le titre)

Publié le 19 mars 2010 par La Chose

Ah merde, je t’ai pas dit?

Très récemment, j’ai fait la connaissance d’une gonzesse assez formidable.
Enfin, « faire connaissance », c’est un bien grand mot, ma caille, puisqu’on s’est un peu contenté d’échanger des mails. Mais tu me diras que c’est pas très grave, de toute façon, vu qu’aujourd’hui, il suffit de savoir siffloter deux arpèges à peu près correctement pour passer à la téloche et penser qu’on est une star, ou d’avoir prodigué une fellation devant les caméras d’Endemol pour monter sa propre ligne de godasses et de sextoys, ou encore d’avoir plus de mille lecteurs sur son blog politique pour affirmer qu’on est en réalité journaliste, qu’on a très bien connu Daniel Mermet (ah, les chouilles qu’on s’est faites avec Daniel, devant le mur de Berlin en écoutant Rostropovitch en 89!) et qu’on a ses entrées à l’Assemblée Nationale (où le buffet est divin,mais j’ai pas trop le droit de t’en parler, tu vois, je protège mes sources).

Comment te dire ça autrement, ma caille, vu que j’ai comme qui dirait l’impression de t’avoir larguée à partir du moment où j’ai cité Rostropovitch (à moins que ce ne soit le nom de Mermet qui te laisse songeuse, ma courge)?

Disons qu’à notre époque, dire qu’on a rencontré quelqu’un alors qu’on juste échangé quelques mails avec, c’est à peu près aussi choquant que, disons, d’entendre un Président de la République dire « casse-toi pôv’ con », ou voir un groupe comme PZK sortir un vrai album produit par un vrai label (mais si, ma dinde, tu connais PZK, aller, en choeur: Les filles adorent être au Top de leur forme, pour nous autres, nous les hommes, faire du sport, baiser jusqu’aux aurores... »)

Bref, tu vois, la fille dont je te parle, c’est le genre de gonzesse qui, si elle t’entend chantonner « Figaro qua, Figaro là, Figaro su, Figaro giù » pendant que tu passes l’aspirateur, ne va pas forcément te lancer un regard accusateur en fronçant les sourcils (mascara Drôle de sourcils, par Bourgeois®, et crayon Sourcil Couleur Nature, par Yves Rocher®) et te balancer, les lèvres pincées:

- Ah? Tu lis la presse de droite, maintenant?

Cette fille-là, elle dispose d’un capital un peu différent de ceux auquels tu es habituée, ma délicieuse poupée Barbie décérébrée.
Non, pas le capital soleil, qui te permet de bronzer tout l’été à Saint Barth’ (si tu es riche) ou à Boulogne Sur Mer (si tu es pauvre) sans rider grâce à la crème protectrice Sôleil DNA Guard de Lancôme® et au soin Auto-Bronzant Eclat Naturel Visage de Dior®. Ni le capital forme, que Marie-Claire® ou Elle® te resservent à toutes les sauces histoire de s’assurer que tu vas bien continuer à dépenser tes sous dans des produits très chers et très utiles qui te protègent contre l’obésité, le cancer, la maladie d’Alzheimer, les rides, les problèmes veineux et la constipation (sinon, pour tout ça, tu as aussi l’arrête de la clope, l’alimentation relativement équilibrée et le vélo, mais c’est moins drôle parce que c’est gratos).

Nan, cette fille-là, elle a un certain capital neuronal. En gros ça veut dire qu’elle ne passe peut-être pas l’essentiel de son temps libre à faire du shopping et à se tartiner la tronche à la truelle pour mieux s’exposer ensuite sur un blog, mais que par contre, elle a un cerveau et elle sait s’en servir. La preuve, elle écrit des bouquins. Oui, que veux-tu, on a le capital qu’on peut.

Or donc, cette demoiselle m’a récemment tenu à peu près ce langage:

- En fait t’es con, pourquoi tu n’écrirais pas autre chose qu’un blog?

(Bon, en vrai c’était un peu plus long, y’avait aussi davantage d’insultes dans le mail et après on a parlé cul, mais l’essence même de son propos tient dans ce petit résumé, grosso merdo).

Et donc, je me suis dit, ah oué, pas si bête, et si je devenais maîtresse de l’univers par un biais plus classique qu’une grosse arnaque pseudo-ludique sur internet?
Nan parce que les blogs, c’est bien sympa et ça peut rapporter gros, regarde la caissière de chez Carrefour qui a transformé son blog en livre (« la grande distribution, c’est tous des enculés« ) , ou la brigadière qui a surfé sur la vague « flic mais de gauche » et qui fait toutes les avant-premières avec Olivier Marchal, maintenant…mais bon, quand on y réfléchit, si par exemple tu as envie d’écrire l’histoire d’une reine du porno qui découvre qu’elle est enceinte de David Duchovny alors qu’elle s’apprête à changer de sexe pour se faire appeler Eduardo et refaire sa vie comme ouvrier agricole saisonnier en Moldavie sub-orientale, ben t’es bien emmerdé, avec ton blog.

Ou alors tu fais les deux, mais dans ce cas y’a des chances pour que ton espérance de vie se mette à diminuer rapidement:

(Loutre): – Bon tu viens manger, oui ou merde?
(Moi): – Oué, oué…je termine ce billet pour le Pas Blog de Fille et j’arrive…
(Loutre): – ….
(Moi): – ….
(Loutre): – Aloooooors?
(Moi): – Attends, là je termine le troisième chapitre de mon futur prix Goncourt, mon cœur…
(Loutre): – ….
(Moi): – ….
(Loutre): – Bon ce coup-ci t’arrête tes conneries, Salinger de mes deux, les lasagnes ne sont pas froides, elles sont figées dans leur graisse, alors tu descends manger TOUT  DE SUITE sinon c’est moi qui te descends, salope!

Tu vois le genre? Ça briserait l’harmonie familiale, l’entente amoureuse, l’équilibre somme toute fragile d’un couple de tourterelles roucoulantes (ne me demande pas d’où me vient cette image, j’en sais rien, et ne me dit pas qu’elle est à chier, je le sais).

Tout ça pour dire que si je veux un jour régner sur le monde autrement qu’en ayant lancé ma propre ligne de poires à lavements fashion, une pause s’impose, ma caille.

Sinon, ben je serai jamais dictatrice à vie, je n’aurai même pas l’honneur de glousser péniblement en troisième partie de soirée chez Ardisson après avoir partagé un rail de coke avec Doc Gynéco et échangé mon Bic quatre couleurs contre le keffieh de Cali sur un plateau de télé avec soixante losers dans les gradins et deux has-been attendant leurs dix minutes de nouvelle célébrité (toute relative) dans les coulisses (au hasard, Régine et Nana Mouskouri, sauf si Nana est morte, dans ce cas merci de m’en informer).

Je te bisouille avec la même intensité que tu as sans doute mise à déplacer tes miches de kikou-loleuse politiquement mature et engagée dans les bureaux de vote la semaine dernière, ma louloute.