Elle, avec deux ailes, comme hell

Publié le 22 mars 2010 par Orangemekanik

J’aime bien quand je suis comme ça. Comme quand je voudrais tout faire. Tellement tout faire. Que je me disperse. Et qu’au bout du compte, je fais rien. Cet état euphorique de la maladie où t’as l’impression qu’en une journée, tu pourras faire tenir toute ta vie. Tout ce qu’il te reste à faire. Mais que tu sais tellement pas par où commencer. Que tu commences jamais. En fait. Comme hier.

Hier normalement je devais :

- finir mon bouquin

- aller à Vitry dans mon ancienne cité (et celles des alentours) récupérer des voix de gauche pour dimanche

- aller à la piscine pour mon dos parce que sois disant que si je continue, je vais finir dans un fauteuil roulant, tellement j’ai plus aucun muscles

J’avais même envisagé d’aller chez le coiffeur. Aussi. Si j’avais le temps. Même pensé à enregistrer “La ferme célébrités”. Par précaution. Au cas où je sois pas rentrée. A 6 heures. Pour la quotideienne. En final, quand ça a commencé, j’étais toujours sur mon canapé à me demander si je me refaisais un dernier joint. Avant de filer à la piscine. Et pour qui il se prenait David Charvet. J’ai fini à carrefour. Au milieu du rayon High Tech. Informatique. Et des gens. Pour revenir avec une boite de Haribos. Le télé loisirs de la semaine prochaine. Et six avocats chopés au passage. Parce qu’en ce moment je fais un régime. Pour grossir. Et que j’en bouffe un par jour.

En fait quand je me suis levée ça allait. J’étais normale. Partie pour faire les mises à jour de mon cerveau bancal. Tout remettre à zero. A l’endroit dans ma tête. Mes listes à jour. Tout ranger. Au carré. Comme chaque fois que je veux passer à autre chose. Redémarrer d’un nouveau pied. Un nouveau cycle. En même temps je sentais que ça collait pas. Que quelque chose clochait. Pour un samedi. Que c’était pas normal. L’édition spéciale. Sur canal. A la place de “l’effet papillon”. Et pour cause on était vendredi. Ca me fait toujours ça quand Fifi est en vacances. Tous les jours je me crois le week end. Il me faut environ une semaine pour que je me fasse à l’idée. Au décalage. Aux changements d’horaires. De vie. De rythme. De rites. Une semaine pour que je me crée des nouveaux points de repère : levé à 14h au lieu de 13. Parce qu’au lieu de me réveiller en arrivant du taf, ben Monsieur dort encore. Réaliser qu’il est 18h. Le soir. Même si j’entends pas la voiture arriver. Se garer. Bref c’est la bérézina. Pour moi. Quand les autres sont en congés. C’est quand je me suis souvenue que le soir, y’en a deux qui sortaient dans “La ferme” que j’ai compris qu’on n’était pas samedi. Et que ça servait à rien d’attendre la redif de “ça se dispute” sur i télé, en enchainant les clopes et les cafés. Encore moins en période d’élection. J’étais tellement contente d’avoir gagné une heure que pour fêter ça, je me suis roulé un premier joint. Dehors, il faisait beau. Je trouvais que le printemps, ça changeait vraiment tout. Alors je m’en suis fait un deuxième. Pour la route. Et pour me  motiver.

C’est à ce moment là que ma mère m’a appelée. Et que ça m’a mis la tête à l’envers. La télé. Ma journée. Mes projets. A ce moment là que je me suis dit que le ménage, c’était totalement secondaire. Et qu’à la place, fallait que je fasse mon bouquin. Pour lui dire à quel point j’avais jamais cessé de l’aimer. Même avant. Quand je voulais la tuer. Parce qu’il faisait froid. Dehors. Où j’habitais. Et qu’elle venait jamais me réchauffer le coeur. Parce que j’avais si peur. Sans elle. Mais qu’elle, elle avait peur. De moi. De ma violence. De ma souffrance. De ma démence. A ce moment là que j’ai eu la curieuse impression de l’avoir toujours connue. C’est quand on a parlé de la mort de Jean Ferrat que je me suis dis qu’à la place, fallait que j’aille à Vitry. Dans ma cité. Où ses chansons avaient retenti. Dans les cages d’escaliers. C’est peut être même là aussi que j’ai compris que c’était pas si grave que ça. Qu’elle soit pas de gauche autant que moi. Ma maman. Du moment qu’elle votait « socialiste ». Dimanche. A moins que ce soit quand elle m’a parlé du petit chèque de 600 euros qu’elle m’avait envoyé. Pour que je me fasse un cadeau. Et que j’ai pensé à un ordi portable. Direct. Le coiffeur ? Je sais pas. Peut être parce que  ça fait trois mois que je recule. J’ai du me dire que dans la foulée, entre le point final de mon livre et l’heure du départ de mon train pour Paris, j’allais bien trouver une petite plage horaire pour caser ça. Ou sinon je demande à Fifi qu’il m’amène. A Vitry. En voiture ? Ca fait longtemps que je lui ai rien demandé ! Et il est en vacances. Au pire je lui mets un peu d’essence. Un plein. Je sais : c’est rien comparé à ce que je lui dois. Mais il le sait très bien, Fifi, que si je pouvais, je le rembourserais. C’est pour ça qu’il me réclame jamais. Pour pas me mettre mal à l’aise. Des fois, quand il efface l’ardoise parce que ça commence à faire quelques cotorep, à force, il veut même pas que je le remercie. Il est comme moi Fifi : il déteste les gens qui se confondent en remerciements. Qui savent jamais comment te « revaudre » ça. Soit disant. Moi, il sait très bien qu’un jour, quand je serai riche, je lui rendrai au centuple. Tout ce qu’il m’a offert. C’est pire qu’un colocataire pour moi Fifi. C’est comme un père. Un repère. Sauf qu’on couche pas ensemble. Et qu’il s’occupe de moi comme d’une toute petite fille. Sans lui, ça me couterait beaucoup plus cher de bien manger. Mes idées ne prendraient jamais vie. Chez Leroy Merlin. Sans lui j’aurais peut être jamais eu envie de lâcher mes squattes. Sans watt. Et sans ouate. Mes journées sans lendemain. Sans confort. Et sans réconfort. Humain. Sans lui, je pourrais jamais rêver que je vis. Encore. Rêver que j’écris un bouquin. Et que même en réalité, si je voulais, rien ne m’en empêcherait. Si y’avait pas la vie. Cette putain de maladie. Les gens. Tout ce que je peux pas dire.  Parce que j’ai peur que mes mots dépassent mes pensées. Peur que mes maux ne soient jamais pansés.

Ca me fait toujours ça quand je renoue avec ma mère. Je sais plus où j’habite. Qui je suis. Où je vais. Chaque fois, faut que je ré organise tout. Après. Toute ma vie. Mon planning. Mon budget. Le classement des images dans mon ordinateur. Ma liste de courses. D’amis. Celle des gens que je veux surtout pas voir à mon enterrement. Chaque fois, c’est comme si tout devenait possible. Comme si j’avais tout le temps. Et que je risquais plus rien. Encore moins de mourir. Comme si c’était le premier jour du reste de ma vie. Et que je m’en apercevais. J’entends sa petite voix douce. Et y’a des ailes qui me poussent.  Plein le dos. Au point de ne plus le sentir peser comme un fardeau. Au point de comprendre qu’au lieu de nager dans une piscine municipale, faudrait que je m’envole. Mais je vois pas le ciel. Je peux pas décoller. Et je reste scotchée. Prostrée. Pendant des heures. Entre mon ordi. Ma télé. Et ma tasse de café. A me demander c’est quand que ça va s’arrêter. Tout ce bonheur. Ce tourbillon. Cette sensation de ne jamais avoir été morte. Qu’il a toujours fait beau. Avant. Même avant hier. Quand il pleuvait à verse. Et que je voulais crever. Parce que j’en avais marre de tout. Mais surtout de la vie. De l’hiver. De la nuit. Marre des gens. Et de leurs ennuis. Cette sensation d’avoir toujours escaladé le monde. Même quand je me noyais au fond d’un verre à eau. Submergée par les océans. Cette sensation de liberté intense. Alors qu’en apparence, je suis juste figée sur mon canapé. Dans mon vieux jogging du matin. Les cheveux en bataille. Entourée de deux ou trois chats. A regarder les infos en boucle sans qu’aucune n’imprime  mon cerveau qui se demande juste si j’aurais assez de feuilles OCB jusqu’à demain matin.  A me demander pourquoi je voyais plus que la vie était si belle. Depuis toutes ces années. Sans elle. Celle qui m’avait donné la vie. Sans jamais pouvoir me la sauver. Parce que j’étais de l’autre côté. Du miroir. Et que j’avais jamais pu l’emmener. Avec moi. Ma mère. Dans ce monde qui n’existait pas. Pour ceux qui n’y croyaient pas. Et qui n’aimaient pas la magie. Un monde qu’ils appelaient tous “la folie”. Sans savoir qu’un jour sur trois, c’était le Paradis. Et que même quand c’était l’enfer, c’était mieux que la vie. Sur la terre. A tourner même pas rond. Comme elle. Comme eux. Au moins autant que moi.

Tant pis pour les images toutes pourries. Y’avait une autre video mais uniquement visible sur youtube. Demain je t’emmène à Vitry si j’ai le temps après la soirée élections parce que j’y suis allée, mais le lendemain. Aujourd’hui. Enfin hier quoi. C’est vrai qu’on est déjà dimanche. Il est 7 heures du mat. Je vais me coucher. Demain faut aller voter. Enfin aujourd’hui quoi