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La Rose Blanche : tract n°4

Publié le 26 mars 2010 par Moinillon

Avec ce quatrième tract s'achève la première série des tracts (N° 1; N° 2;
N° 3) de la Rose Blanche  écrits à l'été 1942 par Alexander Schmorell et Hans Scholl. Réaction intellectuelle spontanée de deux jeunes face à la politique criminelle du gouvernement de leur temps, à une époque où tant d'Allemands se voilaient la face, ce nouveau tract interpelle avec plus de force encore : «Nous ne nous taisons pas, nous sommes votre mauvaise conscience ; la Rose Blanche ne vous laisse aucun repos ! ».
Bientôt les deux étudiants en médecine de Munich seront envoyés dans un détachement sanitaire sur le front russe. Providentiellement, ils resteront ensemble, et avec Christoph Probst et Willi Graf — eux aussi apprentis médecins — constitueront la «cinquième colonne» (les membres de la Rose Blanche) — comme l'appellera Scholl dans ses carnets. Le cinquième tract n'apparaîtra qu'à l'hiver 1942-1943, après leur retour de Russie.

Alexandre Schmorell - Hans SchollOn enseigne depuis toujours cette vérité aux enfants : qui ne veut pas écouter les conseils doit expérimenter soi-même. Mais un enfant intelligent ne se brûlera pas deux fois les doigts sur le poêle.

   Pendant les dernières semaines, Hitler a enregistré des succès en Afrique et en Russie. Cela eut pour conséquence de renforcer chez les uns l'optimisme, et de plonger les autres dans la consternation, et ceci avec une rapidité inhabituelle chez notre peuple, d'ordinaire indolent. Partout, les adversaires de Hitler, les meilleurs d'entre nous, se plaignaient, exprimaient leur déception et leur découragement. Nous pensions : « Hitler va-t-il encore... »
   Mais si la marche en avant continue vers l'Est, l'attaque allemande en Égypte est stoppée, et Rommel est en mauvaise posture. Ce succès apparent a été acheté au prix de sacrifices si grands, qu'il ne peut déjà plus être envisagé comme une réussite. Aussi, nous vous mettons en garde contre toute forme d'optimisme.
   Qui a compté les morts ? Hitler ? Goebbels ? Certes, ni l'un ni l'autre. Des milliers d'hommes tombent chaque jour en Russie. C'est le temps des moissons, mais le moissonneur s'est fait soldat, et il roule à plein gaz dans les blés mûrs. Le deuil entre dans les chaumières. Il n'est personne pour sécher les pleurs de la mère. Hitler lui a pris ce qu'elle avait de plus cher, il a mené son enfant à une mort absurde, et maintenant il lui ment encore.
   Chaque parole qu'Hitler prononce est un mensonge. Quand il dit : paix, il pense : guerre, et s'il cite, en blasphémant, le nom du Tout-Puissant, il ne songe qu'à la force du mal, à l'Ange déchu, à Satan. Sa bouche est la gueule puante de l'enfer, réprouvée est sa puissance.
Il faut bien mener le combat contre l'état de terreur instauré par le National-Socialisme avec des moyens rationnels; mais celui qui doute encore de l'existence réelle des puissances démoniaques ne peut pas saisir ce qu'a de métaphysique l'arrière-plan de cette guerre. Derrière les réalités temporelles, comme au-delà des constructions de l'esprit, il y a la puissance irrationnelle du mal. Partout et sans cesse, l'homme  éprouve, dans sa faiblesse immanente, la tentation de renier sa dignité d'être libre. Partout et dans toutes les époques d'extrême misère, des hommes se sont dressés, saints ou prophètes, qui ont défendu la liberté, rappelé le chemin vers le Dieu unique et exhorté le peuple à revenir de ses erreurs. Certes, l'homme est libre, mais, sans le secours du vrai Dieu, il reste impuissant contre le mal, il est comme un bateau sans gouvernail, abandonné à la tempête. Aussi faible qu'un nouveau-né, aussi fragile qu'un nuage.
   Peux-tu, toi qui es chrétien, hésiter encore lorsque la conservation des biens les plus précieux est en cause, te satisfaire d'un jeu d'intrigues, ajourner ta décision avec l'espoir qu'un autre prenne les armes pour te défendre ? Dieu ne t'a-t-il pas donné la force et le courage de combattre ? Nous devons attaquer l'esprit mauvais où il est le plus néfaste; c'est-à-dire aujourd'hui, dans la force de Hitler.

« Je détournais la tête, et voyais en toutes choses le mal installé sur la terre; regarde : des hommes ont pleuré, ils ont souffert à cause du mal, et ils n'ont pas été consolés; ceux qui les ont frappés étaient si puissants qu'on ne pouvait espérer aucune consolation.
   « Je chantais la louange des morts qui avaient donné leur vie, plutôt que celles des vivants qui la conservaient encore... »
(Extraits de la Bible)

   Novalis : « L'anarchie bien comprise est l'élément constructif de la religion. Elle anéantit les données positives et se manifeste en nouveau fondement du monde... Si l'Europe ressuscitait, si un État des États, et une science politique certaine s'offraient à nous !... Est-ce que la hiérarchie... devrait être encore le principe d'un groupement d'États ? Le sang coulera en Europe, jusqu'à ce que les nations prennent conscience de leur effroyable démence et que les peuples, touchés, et comme adoucis par la sainteté de la musique, s'approchent des autels anciens, apprennent les travaux pacifiques et commencent, sur les champs de bataille fumants, à célébrer la paix. Seule la religion peut réveiller la conscience de l'Europe et assurer le droit des peuples; installer sur terre, dans une splendeur nouvelle, la chrétienté, occupée seulement à préserver la paix. »

   Nous indiquons expressément que la Rose Blanche n'est à la solde d'aucune puissance étrangère. Nous savons que le pouvoir national-socialiste doit être détruit par les armes; mais le renouveau de cet esprit allemand si dégénéré, nous l'escomptons d'abord de l'intérieur. Ce réveil doit précéder l'exacte reconnaissance de toutes les fautes dont s'est chargé notre peuple; il doit également précéder le combat contre Hitler et ses innombrables acolytes, membres du parti, et autres traîtres. Aucune peine sur terre, si grande soit-elle, ne pourra être prononcée contre Hitler et ses partisans. Une fois la guerre finie, il faudra, par souci de l'avenir, châtier durement les coupables pour ôter à quiconque l'envie de recommencer jamais une pareille aventure.
N'oubliez pas non plus les petits salopards de ce régime, souvenez-vous de leurs noms, que pas un d'entre eux n'échappe ! Qu'ils n'aillent pas, au dernier moment, retourner leur veste, et faire comme si rien ne s'était produit.
   Nous tenons à ajouter, pour vous rassurer, que nous ne conservons pas les adresses des lecteurs de la Rose Blanche. Elles sont prises au hasard dans les annuaires.
   Nous ne nous taisons pas, nous sommes votre mauvaise conscience ; la Rose Blanche ne vous laisse aucun repos !
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Reproduisez et répandez ce tract !  

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