Forever young Le billet de Nestor

Publié le 19 avril 2010 par Angèle Paoli
Le billet hebdomadaire de Nestor (25)

FOREVER YOUNG
Qu'on te rende le vacarme multiplié de l'affût, l'archer et ses amulettes, là où rien n'avilit, mais accompagne, saisie de l'araignée dans sa transparence...
Tu pouvais désormais t'éloigner sans dévoyer ou trahir des rites, te souvenir sans soumission de tout, la fraîcheur sombre, le pli déclos lové en ces temps enfin à part, une distance creuse, quelques habitués jouant aux cartes, trois enfants avec un chien, une vieille femme près du kiosque à journaux, toutes choses comme hors du temps, de cette lumière qui s'aplatit et égare...
Ce qui EST ne se peut rebâtir, seulement avouer.
Oublie l'immortalité qu'on te dénie, celle qu'engendrent les enfants et les enfants des enfants, pressentant le théâtre de ton séjour bientôt forclos, la tension engourdie qui dépossède, mais préserve, qui seule rend révocables les décisions que requiert le fardeau que tu portes...
Que les vipères s'écartent de nos jeux, de l'allégeance et du don, desserrent l'alliance, là où tout est lumière, sans objets...
Ce fut plutôt comme te tourner le dos, prétexter soudain qu'il était tard, qu'il fallait partir, chacun s'en allant de son côté avec le désir d'oublier jusqu'à ce que tout soit consommé tout en sachant qu'il n'en serait jamais ainsi...
Une seule marée sans paroles, une immobilité comme ce futur aux aguets, quelque chose qui durait sans être, où tout persévérait, mais différent, du vent, de l'eau, de l'espace toujours plus clair, ce silence qui était lumière, solitude rêche ou les deux à la fois, le sable effleuré et c'était toi, cette chose sans repère, sans la moindre trace du souvenir qui coupe et tance.
Tu as ce que tu as toujours eu : maintenant tu sais en jouir...
On peut être hanté par le remords toute sa vie, non d'avoir choisi l'erreur, dont on peut se repentir, mais de n'avoir pas su se prouver à soi-même qu'on ne l'aurait pas choisie.
Tu n'as pas peur. La peur exige des réponses.
Quand tu repenses au passé, rassemble les fragments qui ne savent plus grand-chose de tel ou tel soir que tu n'eus aucun mal à débaptiser, dessinant à nouveau cette cage d'escalier autour de ton enfance, la détournant, la cajolant, tu te dis que peut-être faut-il, au préjudice du monde, n'y voir qu'une sorte de fête pour l'amusement de qui l'a mise en scène, les créanciers, les maquignons...
Leurs voix ne se confondent plus avec celles que tu gardas dans mon souvenir, durcies en ornements, toutes entières dans cette histoire dont tu t'es exclu...
Ô fuites pliées à ton aune, lentement, puisque toute chose n'est que de qui sait en jouer...
Tout porte au Lieu, même et surtout l'errance ― son ascèse.
André Rougier
D.R. Texte André Rougier


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