Ph. angelepaoli
29 avril…
Coups de butoir du vent. Le schorre est vert grisé.
Sur la lande haute la lumière des bruyères donne la substance mate des choses.
Plus bas, entre les réseaux des filières, apparaissent des couleurs : orangé-noir des ajoncs Le Gall dont se nourrissaient les chevaux de retour des carrières d’Île à Canton, rouge des touffes d’obiones au bord des chenaux où se dressent les scirpes.
Les ceintures d’ajoncs d’Europe flamboient dans le soleil.
Les massifs de prunelliers qui entourent la Roche du Fort sont d’un blanc parfait.
L’odeur des premières fleurs de l’arabette, parfois plantées à même le sable, déjà enivre.
*
Je prends note des premiers végétaux de l’herbier que j’ai pris la décision de constituer à chacun de mes séjours dans l’île.
La pluie et le vent viennent brusquement m’interrompre.
De retour à Paris le désir d’être là-bas revient avec insistance.
Terroir sombre, la force de l’île est de se débrouiller avec l’obscur.
Denise Le Dantec, L’Estran Autour d’Île Grande, Flammarion, 2002, pp. 105-106.
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