Lettre au journal "Il Corriere della Sera" à propos des campagnes actuelles contre l'Eglise : Une agression contre le Pape et la démocratie

Publié le 03 mai 2010 par Hermas

Lettre au Directeur du journal Il Corriere della Sera, signée par M.Marcello Pera, Sénateur de la République italienne et professeur de philosophie.
M. Pera, qui n’est pas catholique, a écrit plusieurs livres sur l’identité chrétienne de l’Europe, parmi lesquels, en particulier : Senza radici, (Pera, Marcello y Ratzinger, Joseph, Ed. Mondadori, Milano, 2004) et Perché dobbiamo dirci cristiani (Ed. Mondadori, Milano 2008, avec une préface du Pape Benoît XVI).


Ce texte est tiré des documents de l'AGEA.

Monsieur le Directeur,
L'affaire des prêtres pédophiles ou homosexuels qui s’est déchaînée récemment en Allemagne a pour cible le Pape. Ce serait cependant une lourde erreur, compte tenu de l’énormité de l’entreprise, de penser que le coup devrait s’arrêter là. L’erreur serait plus grave encore d’affirmer que cette question sera finalement bientôt close, comme tant d’autres du même genre. Il n’en sera rien. C’est une guerre qui est en cours. Non pas, précisément, contre la personne du Pape parce que, sur ce terrain, c’est impossible. Benoît XVI a été rendu invulnérable par son image, sa sérénité, sa clarté, sa fermeté et sa doctrine. La bonté de son sourire suffit à mettre en déroute une armée d’adversaires.
Non, cette guerre est menée par le laïcisme contre le christianisme. Les laïcistes savent bien qui si une tache de boue pouvait atteindre la soutane blanche, ce serait l’Eglise qui en serait salie, et que si l’Eglise était salie, ce serait la religion chrétienne qui le serait elle-même. C’est pourquoi les laïcistes accompagnent leur campagne de questions de ce genre : « Qui donc conduira encore ses enfants à l’Eglise ? » ou « qui donc enverra encore ses enfants dans une école catholique ? », ou bien « qui fera soigner ses petits dans un hôpital ou une clinique catholique ? »
Il y a peu, un laïciste a laissé échapper cette intention, en écrivant ceci : « La réalité de la diffusion de l’abus sexuel d’enfants par des prêtres ruine la légitimité même de l’Eglise comme garant de l’éducation des plus petits ». Peu importe que cette affirmation soit dénuée de preuves, parce que l’on cache soigneusement ce que représente cette « réalité de la diffusion » : un pour cent des prêtres, dix pour cent, la totalité ? Peu importe également que l’affirmation soit dépourvue de logique : il suffirait de substituer à “prêtres” les mots “maîtres”, “politiciens” ou “journalistes” pour « ruiner la légitimité » de l’école publique, du Parlement ou de la presse. Ce qui importe, c’est l’insinuation, quelle que soit l’épaisseur de l’argument sur lequel elle se fonde : les prêtres sont pédophiles, et par conséquent l’Eglise n’a aucune autorité morale, l’éducation catholique est dangereuse et, au bout du compte, le christianisme est une duperie et un danger.
Cette guerre du laïcisme contre le christianisme est une bataille rangée. Il faut remonter au nazisme ou au communisme pour en trouver une semblable. Les moyens sont différents, mais la fin poursuivie est la même : aujourd’hui comme hier, il s’agit de provoquer, comme une nécessité, la destruction de la religion. L’Europe a naguère payé de sa propre liberté cette folie destructrice. Il est incroyable, surtout de la part de l’Allemagne, qui passe son temps à battre sa coulpe au souvenir de ce coût qu’elle a infligé à toute l’Europe, qu’elle oublie et ne comprenne pas, à présent qu’elle est redevenue démocratique, que la démocratie elle-même serait perdue si l’on anéantissait le christianisme.
La destruction de la religion a entraîné, à cette époque, la destruction de la raison. Aujourd’hui, elle n’apporterait pas le triomphe de la raison laïciste mais une nouvelle barbarie.
 
Sur le plan éthique, c’est la barbarie de celui qui assassine un foetus parce que sa vie nuirait à la “santé psychique” de la mère.
La barbarie de celui qui soutient qu’un embryon est simplement un “amas de cellules” permettant leur expérimentation.
La barbarie de celui qui assassine un vieillard parce qu’il n’a plus de famille pour s’occuper de lui.
La barbarie de celui qui accélère la fin de vie de son enfant parce qu’il est inconscient et incurable.
La barbarie de celui qui pense que “géniteur A” et “géniteur B” signifient la même chose que ”père” et “mère”.
La barbarie de celui qui affirme que la foi est comme le coccyx, une sorte d'organe qui ne participe plus de l’évolution parce que l’homme n’a plus besoin de queue et se maintient debout par lui-même.
A considérer en outre l’aspect politique de la guerre des laïcistes contre le christianisme, cette barbarie sera la destruction de l’Europe.
En effet, une fois le christianisme abattu, ne resteront que le multiculturalisme, qui soutient que chaque groupe a droit à sa propre culture, le relativisme, qui pense que chaque culture est aussi bonne que n’importe quelle autre, et enfin le pacifisme, qui nie l’existence du mal.
Cette guerre contre le christianisme ne serait pas si dangereuse si les chrétiens en prenaient la mesure. Malheureusement, beaucoup d’entre eux ne la saisissent pas. C’est le cas de ces théologiens frustrés par la suprématie intellectuelle de Benoît XVI.
C’est le cas de ces évêques équivoques qui affirment que composer avec la modernité est le meilleur moyen d’actualiser le message chrétien.
C’est le cas de ces cardinaux en crise de foi qui commencent à insinuer que le célibat des prêtres n’est pas un dogme et que, peut-être, il serait préférable de revenir sur la question.
C’est le cas de ces intellectuels catholiques timides qui pensent qu’il existe une “question féminine” dans l’Eglise et un problème non résolu entre christianisme et sexualité.
C’est le cas de ces conférences épiscopales qui s’égarent dans l’ordre du jour et qui, tout en se faisant les promoteurs de la politique des frontières ouvertes à tous, n’ont aucun courage pour dénoncer les agressions dont souffrent les chrétiens et les humiliations qu’ils sont obligés de subir en étant tous, sans distinction, traînés au banc des accusés.
C’est encore le cas de ces ambassadeurs, venus de l’Est, qui exhibent un ministre des affaires étrangères homosexuel en même temps qu’ils attaquent le Pape à propos de chaque argumentation éthique, ou de ceux qui, nés à l’Ouest, estiment que l’Occident doit être “laïc”, c’est-à-dire antichrétien.
La guerre des laïcistes se poursuivra, entre autres raisons parce qu’un Pape comme Benoît XVI, qui sourit mais ne recule pas d’un millimètre, l’alimente. Si l’on comprend pourquoi il ne change pas, alors on assume la situation et l’on n’attend pas que vienne le prochain coup. Celui qui se borne à manifester sa solidarité avec le Pape est comme quelqu’un qui serait entré au Jardin des Oliviers de nuit, en cachette, ou peut-être même comme quelqu'un qui n’aurait pas compris pourquoi il s’y trouvait.

Marcello Pera