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Ménagère moins de 50

Publié le 08 décembre 2007 par Stéphanie Le Béchec
Samedi 8 dĂŠcembre 2007

Ménagère moins de 50

Six heures, le réveil sonne, volume poussé au maximum pour Maryvonne. L’urgence et le cœur qui s’élance. Encore une journée qui commence, une course ordinaire pour gagner le paradis des mères. Une première liste défile dans le cerveau encore embrumé de Maryvonne : Petit-déjeuner et tournée de café, réveiller les petits à sept heures, laisser un repas dans le réfrigérateur, écrire les instructions pour la baby-sitter et signer la procuration pour le facteur. Les gestes s’enchaînent, quotidien mécanique d’une organisation méthodique.

A sept heures la maison est dans les starting-blocks, les enfants pleurent mais debout, les écharpes sont nouées, le chocolat renversé et les cartables au garde-à-vous. Maryvonne crie et tempête, on va être en retard, l’école ouvre à huit heures moins le quart !

« Louis, remets tes chaussures, avant que j’arrime ta sœur dans la voiture ! »

Une nouvelle liste défile : prévenir la maîtresse que Margaux a des poux dans ses tresses, passer à la pharmacie avant midi, appeler le bureau pour s’excuser de n’avoir pu arriver plus tôt, rejoindre la réunion de neuf heures, essayer de calmer les battements de son cœur.

Et puis le jour bascule, dans une vie funambule. Maryvonne démarre la voiture sans criez gare, pousse la radio au maximum pour couvrir le bruit des pneus qui s’époumonent. La pluie crépite sur la carrosserie, au loin la ville s’éveille dans la nuit. Elle prend un premier virage, passe devant le garage, il faudra bien penser, tiens, à réparer ce pneu éclaté. La musique déferle hystérique, aux rythme de ses soupirs pathétiques.

La route défile, inexorablement elle quitte Dolorville. Son esprit se perd dans des rêves oubliés, son âme se sert au comptoir d’une nuit d’amour égaré. Le jour s’est levé sur une campagne abandonné, blafarde aurore des champs délavés.

La musique s’arrête pour laisser place au flah info de Monsieur Causette :

« Les enfants blessés, écrasés par leur mère, en marche arrière. Innocence martyrisée, pour tous c’est stupeur et colère. La mère est coupable, comment peut on être capable ? »

Maryvonne ferme les yeux, droit devant, il y a tout ce calme qui s’étend. Elle trésaille, mais juste un peu, quand elle percute l’arbre à plus de cent.

par Stéphanie Le Béchec publié dans : Les petits riens
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