Magazine Graphisme

Les cerveaux au vestiaire

Publié le 25 juin 2010 par Cochondingue

Depuis un mois, on avait déposé nos cerveaux au vestiaire. Amnésie générale bien pratique pour nos dirigeants. Oubliés la marée noire du Golfe du Mexique, la crise européenne, le conflit israelo-palestinien ou les massacres au Kirghizistan (de toute façon, qui pourrait s’intéresser à un pays au nom si imprononçable).
La Coupe du Monde de football, c’était l’occasion idéale de faire passer n’importe quelle loi. En cas de victoire, la liesse populaire aurait permis d’occulter pour un temps le chômage, la réforme des retraites ou l’augmentation du coût du gaz.
Seulement on a perdu. Et bien perdu. Pas une petite défaite, non, une vraie débâcle bien humiliante, une honte internationale, une tragédie mondiale, un apocalypse médiatique, un feuilleton minable avec des acteurs pitoyables et cons. Mais bref, on s’en fout un peu, non ? On ne va pas tirer une énième fois sur l’ambulance des Bleus, qui à force est devenue un corbillard.
Moi j’aimais bien me lobotomiser devant les matchs de l’équipe de France. Regarder les Bleus jouer, c’était comme contempler un aquarium de poissons neurasthéniques ou assister à un cours de taïchi pour octogénaires rhumatisants. Il ne se passait rien et ça me détendait. Le ronflement continu des vuvuzelas m’empêchait d’entendre les bruits du dehors et je me vidais de mon stress en me défoulant sur Domenech, Anelka et Ribery.
Ah, les parfaits boucs émissaires. Ils ont creusé leurs tombeaux bien profond, sans qu’on ne leur demande rien. Enfin si, de courir de temps en temps, de cadrer un ou deux tirs (histoire de jouer mieux que ma grand-mère), de mettre un peu de cœur à l’ouvrage, le minimum syndical quoi !
Je vais vous dire, je leur en veux de m’avoir sortie de mon apathie bloblotante, moi qui comme des millions de personnes, ne demandais qu’à faire le vide et atteindre l’illumination en suivant simplement la trajectoire d’un ballon, de gauche à droite et de droite à gauche.
Mais ils ne nous ont rien épargné, de la prostituée mineure, à l’insulte au sélectionneur, de la chasse au traître à la grève générale. Si maintenant même les millionnaires font grève et refusent de taper dans un ballon, où va le monde ?
Je ne pouvais plus rester allongée tranquillement dans mon canapé avec ce brouhaha médiatique incessant. Chaque jour apportait son lot de mesquinerie et de bêtise, et chacun s’en mêlait, les footeux et les néophytes, chacun y allait de son petit laïus, les philosophes voyaient dans cette équipe un reflet de notre société en crise, le Front National montrait du doigt des clivages ethniques et une intégration ratée, et les membres du gouvernement s’offusquaient de comportements indécents pour cacher leurs propres vices.
Pendant ce temps, l’équipe de France creusait et creusait encore le trou de sa déchéance.
Bordel, hé les mecs, on vous regarde là ! C’est pas comme si vous disputiez une partie de belote à St-Tropez. Vous êtes censés représenter la France. Déjà qu’en terme de représentation politique internationale, on n’est pas franchement gâté, mais là, bravo, on bat tous les records !
Et quand on croit que c’est fini, il y en a encore. C’est le début du grand déballage. Je comprends que la question tourmente notre chef d’Etat. Les états d’âme de Thierry Henri méritent sûrement qu’on s’y attarde. Pendant que Sarkozy recevait le joueur, 2 millions d’individus (manifestement pas au courant de cette affaire d’Etat) manifestaient bêtement dans la rue. Faut croire qu’ils avaient mal choisi leur jour. Après tout, tout est question de priorité…


Retour à La Une de Logo Paperblog

Magazines