Magazine Humeur

Aimer, supporter, éduquer

Publié le 05 juillet 2010 par Fbaillot

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Vous aurez remarqué que j’ai résisté longtemps.

Toute la France, depuis le café du Commerce jusqu’à la rue du faubourg Saint-Honoré, en passant par le Palais Bourbon, s’est épanchée sur les désillusions de notre équipe dite nationale de football, et le déshonneur que celle-ci avait fait encourir à la nation. Même les penseurs patentés y sont allés de leurs commentaires à la serpe.

Je crois aujourd’hui que je peux également apporter ma pierre à l’édifice et donner comme mes 65 073 482 compatriotes (chiffre Insee  1er janvier 2009) mon avis sur le sujet.

En premier lieu, permettez-moi d’enfoncer une porte largement ouverte : le football est un sport ! Qui plus est LE sport planétaire, qui fait rêver les enfants de tous les continents, et qui véhicule quoiqu’on en dise les valeurs irremplaçables de la solidarité, de l’esprit d’équipe, de l’universalité. Sur les plages de Lomé, dans les faubourgs de Liverpool, dans les ruelles de Pyongyang (Corée du Nord), il existe un langage commun qui permet au stoppeur d’adresser une passe millimétrée au milieu défensif, qui lui-même répond à l’appel de balle de l’ailier.

Deuxièmement, les 23 membres du corps expéditionnaire en Afrique du Sud ne sont jamais que le sommet d’une pyramide de 2 millions de licenciés qui, pour la très grande majorité, n’ont d’autre appétit que celui de mouiller le maillot durant les entraînements et les matches et vivre ces moments si particuliers que celui de l’enchaînement des passes qui déséquilibre la défense adverse et permet de marquer un but. J’enfonce donc une deuxième porte ouverte : le foot est un sport, c’est aussi un jeu !

Troisièmement, les deux caractéristiques décrites précédemment font que toute rencontre rassemblant deux équipes de bon niveau devient un événement, a fortiori quand il s’agit d’un tournoi rassemblant les 32 meilleures sélections nationales du moment. La Coupe du monde, organisée tous les quatre ans, est depuis longtemps une communion planétaire, amplifiée par une caisse de résonance médiatique de plus en plus puissante.

Quatrièmement, le fric pourrit tout, parce que les marchands sont entrés dans le temple, et veulent transformer l’enthousiasme, la rapidité, la précision, la puissance, le dribble, en menue monnaie qui garnit leurs escarcelles, bien plus que celles des joueurs et infiniment plus que celles des clubs, qui s’échinent à proposer d’éduquer les enfants aux valeurs du sport.

Je proposerais donc volontiers que pour procéder à la refondation de notre élite footballistique, on commence par redonner du sens aux mots.

- Un entraîneur est un éducateur, qui ne vise pas le seul résultat, mais s’efforce de faire progresser un groupe, de le faire évouer, de le renouveler.

- Un match est un spectacle qui galvanise les protagonistes, mais aussi les spectateurs. On peut porter une équipe chère à son cœur sans pour autant souhaiter trucider tout ce qui ressemble à un “adversaire”.

- Une équipe est un groupe soudé qui règle les contentieux en son sein, qui dépasse la seule addition de valeurs individuelles, et qui apporte une grande importance à l’image qu’elle véhicule.

-  Le sport vit beaucoup par la gratuité. Le retourné miraculeux qui envoie le ballon dans les filets, le coup de rein supplémentaire qui supplante le joueur adverse, le coup d’œil qui guide la course et permet d’éviter le défenseur, tous ces gestes naissent de la spontanéité, de la créativité du joueur petit ou grand, et ne doivent rien aux arrières-pensées mercantiles.

- Un joueur de talent peut aspirer à viser les objectifs les plus élevés, pour peu qu’il conserve les pieds sérieusement ancrés au gazon, ce qui s’apprend, et se cultive, chaque jour.

Je m’arrêterais là dans cette liste non exhaustive, mais le maire que je suis persiste à penser que le sport, et plus particulièrement le football, est une activité qui élève celui qui la pratique. En cette fin de saison, notre commune se réjouit de voir que ses sportifs progressent dans la hiérarchie, franchissent des étapes, et mettent à l’honneur cette phrase qui appartient je crois à Françoise Giroud et que je fais volontiers mienne : un amateur, c’est quelqu’un qui aime…

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