Je crampe (part 2)

Publié le 21 décembre 2007 par Anaïs Valente
En hiver, j’ai plus souvent des crampes.
Lorsque je m’alimente principalement de pizzas, chocolat et coca (et ça rime), j’ai plus souvent des crampes.
Quand je suis fatiguée, j’ai plus souvent des crampes.
En restant immobile, j’ai plus souvent des crampes.
Alors, vous comprendrez aisément que, en cette période hivernale où je survis grâce à Docteur Oetker et où je somnole lamentablement après le travail sur la table du kiné (et oui, ça dure encore cette emmanchure de kiné pour mon dos moribond), sans pouvoir bouger, j’ai des crampes.
L’autre jour donc, j’avais froid sur la table de torture.  Faut dire que c’est pas difficile d’avoir froid, mon kiné chéri doit être sponsorisé par le médecin d’à côté, passque ne pas chauffer sa salle d’attente, qui se transforme en frigo, c’est pas raisonnap’ hein ?  Donc j’avais froid.  Je m’ennuyais.  Et j’étais immobilisée par l’ersatz de chaise électrique qui est censé diminuer mes contractures musculaires et anesthésier la douleur.
J’ai senti les orteils de mon pied gauche qui commençaient à se manifester, se contorsionner, danser et se tortiller.  Ô douleur.  Mais ce que je n’avais pas senti venir, c’est la crampe soudaine au pied droit.  Au moment même ou apprentie kiné me torturait doucement.  En un réflexe, j’ai fait un bond, j’ai hurlé (j’hurle toujours quand j’ai des crampes, et je vous prie de croire que c’est strident de chez strident).  Kiné chéri a accouru, pensant sans doute qu’apprentie kiné m’avait arraché un orteil sans s’en rendre compte.  Il a ensuite voulu user de sa science pour faire stopper rapidement ma crampe : paraît qu’il faut aller dans le sens de la douleur, l’exacerber, afin qu’elle cesse plus rapidement.  Ça va pas la tête non ?  Je souffre déjà le martyre, il n’en est point question.  En plus, vous le savez, il n’est pas né celui qui touchera impunément à mes charmants panards de canard.  Je me suis donc débattue en poussant des petits cris de goret, j’ai tiré, j’ai poussé, j’ai pincé, jusqu’à ce qu’il me lâche.  Et j’ai continué à souffrir, tandis qu’il me faisait la morale, que j’avais qu’à lui faire confiance et tout et tout.  La crampe a fini par disparaître, enfin.  Et lorsque j’étais sur mon gros ballon d’exercices (vous ai-je déjà parlé de mon gros ballon, et du fait que j’en ai acheté un pour chez moi – si vous êtes sages je vous ferai une photo), donc sur mon ballon mauve, perchée en équilibre instable, j’ai repensé au ridicule de la situation : moi, terrorisée par une crampe, hurlant comme si la mort venait d’apparaître.  Et j’ai ri, j’ai ri, j’ai ri.  Et quand on rit, l’équilibre instable devient inenvisageable, et on tombe.  Pouf.
Mais hier, j’ai moins ri lorsque, à nouveau sur ma table, frigorifiée, somnolente d’ennui, immobilisée par mon habituelle mini chaise électrique, j’ai senti poindre une crampe, toujours à gauche.  On ne change pas une équipe qui gagne.  Mais plus aux orteils, bien que toujours localisée dans le haut du pied, mais « à l’intérieur » (c’est fou les possibilités qui existent en matière de crampes ma bonne Dame – et si j’écrivais un livre, le « guide des crampes » ?).
Jamais je n’aurais osé recommencer le cirque de l’autre fois.  Alors je me suis tue.  Et j’ai souffert en silence.  Et elle s’est vengée, cette crampe, comme si mon absence de réaction l’enrageait.  Comme si mon indifférence la rendait folle.  Elle a duré.  Elle a empiré.  Jamais eu aussi mal.  Dix bonne minutes de torture.  Sadique crampe. 
Puis c’est passé.  Et apprentie kiné m’a demandé gentiment « ça va, pas de crampe aujourd’hui ? »  Et j’ai répondu, d’un air détaché et jovial, « non non ».
Demain j’ai kiné.  J’ai peur.