Magazine Humeur

360°

Publié le 11 septembre 2010 par Acidbubbles

 

spookyhand---Kr.-B-jpg
Ou l’art de tourner sur soi-même en évitant de se faire vomir. Scruter la vie à 360 degrés; la tête en branle, quand on voit tout, mais qu’on ne regarde plus rien. Quand on recherche un ancrage sans se rendre compte qu'on est déjà parti très très loin... Et quand on se répète qu'on sait ou on va, comme pour oublier qu'on ne sait pas vraiment qui on est...Quand une vie se résume à laisser des traces, quand on n’est plus qu’un sillage sur lequel on ne daigne pas se retourner…

A propos du temps

Claquer la porte au nez du passé est déjà une affaire compliquée. Vouloir s’extirper du présent est un clash monumental qu’on espère infliger à la raison. C’est comme avancer à reculons, les bras et les paumes tendus vers l’avant, pour s’assurer de rester seul ; de ne traîner aucun passif, de re-conceptualiser un trajet de vie décousu et instable, qui n’est encore pour l’heure qu’un ramassis d’aspirations. C’est enfouir le réel pour encenser la promesse. C’est essayer de détourner le cours d’une vie, comme celui d’une rivière, avec tous les risques de débordement que ça implique. La vie commence aujourd’hui. Aujourd’hui est le premier jour du reste de ma vie. Le temps passe de plus en plus vite, mais il va dans le bon sens ; c’est le sens que j’ai choisi. Sans, finalement, trop savoir pourquoi je l’ai choisi, ni comment j’en suis arrivé là. Je l’aime bien, ce sens, mais je le subis, j’en suis dépendant. J’ai incendié mon passé, et je piétine mon présent. Mais «on est et on demeure esclave aussi longtemps que l'on n'est pas guéri de la manie d'espérer ». Alors j’ai arrêté de croire, de me projeter, de me protéger, aussi. J’ai l’impression d’être un fantôme. La vie se consume comme une poignée de sable compressée au creux de la main. Je voudrais tellement que ce soit la sienne, de main. Stop. Il faut que je reprenne mon souffle. Un bol d’air frais, quelque part… Vite… Je trouve pas… En fait, je sais plus trop où je suis… Le temps c’est chiant, c’est linéaire. Et je suis perdu dans l’espace…

Maintenant tout va trop vite, n’importe comment, et c’est ma faute.

Je voudrais pouvoir faire une pause. M’asseoir à ses côtés et ne pas avoir à dire pourquoi je me sens noyé. Être aujourd’hui, ensemble, c’est tout. Ne pas avoir à déterrer cette urne que j’ai enfouie. Mais tout nous sépare, et je ne sais plus vraiment où j’ai rangé le présent. Alors je me contente de faire un pas devant l’autre sans trébucher. La seule chose qui me permet encore de penser que je sais qui je suis, c’est mon boulot. Parce que je sais ce que je fais, et je sais l’impact que ça produit.

Mais ça me dépasse complètement. Et je me sens complètement seul dans mon boulot. Je n’ai plus de repères, alors je balise ma vie avec de modestes instants au souvenir lancinant, comme un utilise les post-it sur un bureau en guise de marqueurs « important ». Je me vois passer devant le miroir, et « arrête-toi un peu» est estampillé sur ma gueule, j’ai les yeux encore noyés dans la tequila. Depuis deux semaines, je fais des crises de panique la nuit, des relents d’anxiété me poursuivent dans la journée et me compriment le plexus. Comme si ma vie dépendait de ce que je pourrais savoir, ou bien encore ignorer des trois minutes qui s’écouleront le temps que j’aille avaler mes gélules de taurine.

Alors pour ralentir le temps qui passe, parfois je me mets une gifle. Je prends des anxio, et j’achève ce qu’il me reste de conscience - au champagne, de préférence. Avec quelqu’un d’aussi – sinon plus – excessif que moi. Et puis je coule. Tout s’arrête. Je suis encore capable de marcher droit, je crois, mais au fond de moi tout est inerte. Je ne ressens, ne vois, ni n’entends plus rien. Sauf peut-être l’autre fois, lorsque la jeune femme m’apostropha pour me faire remarquer que j’avais beaucoup bu. Après… Je me souviens plus : j’étais en exil quelque part. Et chacun de ces matins, lors desquels je me réveille intact dans un tout petit monde qui m’appartient, tient du miracle.

Moralité : c’est pas en dopant un âne qu’on parvient à en faire un cheval de course. Faut savoir s’arrêter quelque part.

Alors tu me rétorqueras que je déprime

Mais t’es carrément dans les choux. Simplement, m’affranchir de me poser les bonnes questions ne m’a jamais rendu service. Je veux pas me sentir dans un étau. Si tu fais partie de ces philosophes de comptoir qui me diront « tu ne peux pas réinventer le passé », « carpe diem », ou encore « pense à ton avenir », va professer tes inepties de coach en misère intellectuelle auprès d’un autre. Y’a des gens que ça ne déstabilise pas d’être perdu, et que ça ne culpabilise pas de déraper. Parce que pour être perdu, faut être allé voir au-delà de ce qu’on connaît. Et pour moi, courir est une découverte – certes anxiogène, mais intrigante. Je voudrais monter dans un train sans savoir où il va, et en sauter les yeux bandés sans savoir où je suis. T’as déjà essayé, au moins, de t’extirper de cette conception de l’esprit qu’est le temps ? De te réinventer un espace souverain, et de n’en être jamais déchu ? Je sais que je suis un roi sans terres, mais j’en poursuis la quête. Je n’aime pas me fondre dans les endroits étriqués.

112
Il n’empêche… J’aimerais bien, parfois, retourner m’ancrer là… Et regarder défiler les nuages. Je glande sur « Lifeboats » de Snow Patrol depuis ce matin. Même les cowboys ont du vague à l’âme.


Retour à La Une de Logo Paperblog

A propos de l’auteur


Acidbubbles 16 partages Voir son blog

l'auteur n'a pas encore renseigné son compte l'auteur n'a pas encore renseigné son compte

Magazine