Sarkozy ça suffit !

Publié le 21 septembre 2010 par Argoul

Nicolas Sarkozy était un bon candidat en 2007. Il n’était pas animé, comme Ségolène Royal, par le ressentiment féministe et de classe ; il était plus dynamique que François Bayrou ; il incarnait – enfin ! – le mouvement. Un Mitterrand vieillissant et un Chirac qui a toujours préféré gagner à régner, ont fait roupiller la France durant 25 ans. Ils ont éludé toutes les réformes, au nom des tabous « de gauche » (en fait du vieux marxisme du XIXe siècle) ou « de droite » (laisser faire, laisser couler, il n’est aucun problème qu’une absence de solution ne finisse par résoudre). On dit que si la « réforme Juppé » sur les retraites avait été appliquée en 1995, il ne serait pas utile de forcer le trait sur l’âge aujourd’hui…

Nicolas Sarkozy aujourd’hui mène la France à la faillite politique, économique et morale. Ses échecs sont patents depuis cet été, probablement pour cacher le financement politique sous l’affaire Bettencourt. S’il a pleinement investi la nouvelle fonction présidentielle axée sur cinq ans, avec élection des députés dans la foulée, c’est bien parce que Jospin, théoricien, et Chirac, je-m’en-foutiste et surtout pas gaulliste, n’en ont eu cure. Ces technocrates n’ont vu que leur intérêt immédiat et pas l’équilibre des pouvoirs. Or la France est le seul régime autoritaire en Europe, le seul où tous les pouvoirs sont concentrés entre les mains du Président, loin du monarque arbitre prévu par de Gaulle.

Peut-on reprocher à Sarkozy d’avoir investi ce pouvoir qui lui était donné par une coalition de faux gaullistes et de socialistes avides ? Certainement pas. Reste que le pouvoir sans contrepartie induit une responsabilité. Un Président n’est pas chef de clan mais représentant de la France. Nicolas Sarkozy a eu, un an durant, une attitude de « nouveau riche » : Fouquet’s, affirmation de soi, diplomatie du coup. On pouvait à la rigueur mettre cela sur l’euphorie de la victoire. Mais trois ans plus tard il use de sa charge pour son pouvoir personnel et ce n’est pas acceptable. Les frasques ministérielles, les affaires considérées comme pratiques « normales », l’abus d’autorité sur la justice, les préfets, la presse, la stigmatisation des seuls Rom, le clash européen font désordre.

Un nouveau quinquennat n’accentuerait-il pas ces dérives de barbouze ? L’électeur qui réfléchit ne peut que le craindre, tant le climat général est au repli sur soi. Dans un monde globalisé, l’Occident diminue, la croissance des pays développés stagne, sinon recule sous le poids des dettes à rembourser, tandis que les pays jeunes émergent. Chômage, déficits, recul des retraites, immigration mal contrôlée, lois iniques ou mal ficelées et inapplicables (style Hortefeux), rien de cela ne rassure. Sarkozy accentue la peur pour se poser en sauveur, en papa nationaliste protectionniste et social.

La conjonction de ces trois vocables, n’est-ce pas la définition du fascisme ? La société « organique », où chacun a sa place, fige les hiérarchies sociales mais assure en contrepartie une protection à tous les citoyens. D’où la désignation des « ennemis » : les étrangers, les cosmopolites, les soixantuitards, les utopistes, les racailles. Bien loin de la raison politique qui nous est chère et des traditions politiques de la France que nous aimons, de Montesquieu à Rocard.

La société a été éprouvée par les crises successives mais c’est surtout l’envol des pays émergents qui désindustrialise et fait délocaliser pour cause de bas coût du travail, pompe les technologies dans le cadre des transferts à l’exportation, et maintient des devises sous-évaluées pour exporter massivement. L’Occident est remis en cause dans son savoir-faire intellectuel et technique, son industrie et son économie fondée sur l’équilibre du commerce extérieur, et sa politique d’Etat-providence. La guerre des devises et du protectionnisme industriel ne fait que commencer. Il faut s’adapter au monde qui bouge. Et que ce soit Nicolas Sarkozy ou quiconque autre, de gauche ou de droite, il faut réformer un Etat bouffi et impotent, mal organisé et sans contrôle. Il n’y a pas de trésor caché, ni dans les entreprises, ni chez les riches. Peut-être quelques milliards, mais certainement pas ce que croient les naïfs ! L’exemple des pays voisins, qui sont démocratiques et aisés au moins autant que nous (sinon plus), montre que l’on peut faire différemment mais qu’il n’existe aucune poule aux œufs d’or.

Mais Nicolas Sarkozy réforme peu, et mal. Il achète l’assentiment syndical en assurant des privilèges (retraites SNCF) ou en faisant voter des lois cosmétiques (service minimum, exclusion de nationalité, suppression du juge d’instruction, collectivités locales qui ne touche pas l’empilement). Certes, sa dérégulation a été prise à contrepied par la crise financière. Mais son discours sur le retour de l’Etat fait pschitt ! On le voit sur la construction européenne, sur le contrôle des grosses banques ou sur leurs ratios de fonds propres (aaccords de Bâle III). Réduire le nombre de fonctionnaires est très bien car l’Etat est mal géré, mais augmenter les services de la Présidence, user des avions du GLAM comme s’ils étaient sa propriété, voyager ici ou là pour pas grand chose, cela coûte cher. En Suède, les voitures de fonction n’existent pas et les ministres prennent les lignes civiles en seconde classe.

L’exemple commence par la tête. Il y a donc beaucoup de blabla chez Sarkozy, du discours sans effet, des paroles suivies d’aucun acte concret, des rodomontades législatives limites, à la Hortefeux. Ni la logorrhée, ni l’agitation, ni le vous-allez-voir-ce-que-vous-allez-voir ne font une politique. Cinq ans de plus, ce serait pire.

Mais pour quelle alternative ? Si Sarkozy ne séduit plus, qui peut séduire ? Royal, Aubry, DSK, Bayrou, Villepin ? Force est de constater qu’il y a beaucoup d’histrionisme chez chacun. Certains jouent les divas, j’y-vais-j’y-vais-pas, d’autres font du Sarkozy au petit pied, du style ce-n’est-pas-ça-la-France (oui, mais c’est quoi ? – euh…), ou des promesses-Chirac style nous-abolirons-la-loi (comme si un socialiste au pouvoir avait jamais aboli une loi votée par la droite…)

La campagne électorale 2012 a commencé et elle a des relents déplaisants. La grande crise a les mêmes effets en 2010 qu’en 1930 : misère sociale, protectionnisme, xénophobie, identitarisme. Cela a conduit aux fascismes et aux régimes vieux-conservateurs tels Franco ou Pétain – notamment par l’aveuglement de gauche empêtrée dans ses tabous. Les Etats-Unis ont connu cela sous Georges W. Bush après le 11-Septembre ; les tea-parties montrent combien l’irrationnel délirant domine la politique aujourd’hui. L’Europe, et surtout la France, avec son retard habituel sur les modes outre-Atlantique, emboite le pas de l’égoïsme national, du non à l’Europe, du zut à l’OMC, du mépris affiché des Droits de l’homme. La Suède vient d’inaugurer l’extrême-droite au Parlement. Le « Monstre doux » de Raffaele Simone joue sur la peur ; pour cela il infantilise, il assure que l’Etat s’occupe de tout, dormez bonnes gens, amusez-vous (votez pour moi).

Sarkozy, ça suffit – mais qui d’autre ?