Chère Cote d'Ivoire (épisode 2)

Publié le 29 novembre 2010 par Addiction2010

« Salut O Terre d'espérance »... Oui, ma chère Cote d'Ivoire, je t'ai aimée bien avant d'aimer ta fille  Raphaëlle. Nous étions jeunes et pleins d'avenir, toi et moi. Nous avions vingt ans. Nous rêvions.

J’avoue, j’ai déjà écrit ces mots il y a quelques semaines. Pourquoi donc me répéter alors ? Parce qu’hier, c’était le second tour de cette élection qui pourrait marquer la sortie d’un long tunnel, à moins qu’elle ne te précipite, chère Côte d’Ivoire, au fond d’un gouffre plus profond encore que ce que tu as connu ces dernières années. Je t’aime, chère Côte d’Ivoire, et tu sais bien que ce n’est pas seulement à cause de ta fille, à cause de celle que je vais continuer d’appeler Raphaëlle ici, à cause de tes filles que j’ai aimées autrefois aussi. Aurais-je pu les aimer si je ne t’avais aimée, toi, d’abord ?

Sans doute ai-je un peu idéalisé ce que j’ai connu autrefois, parce que c’est ma jeunesse qui est là, parce que nous avions des rêves communs, qui ne se sont guère réalisés. Pour toi, chère Côte d’Ivoire, il est encore temps, malgré les esprits chagrins qui te condamnent sans savoir et espèrent trouver chaque matin dans le journal l’annonce d’un bain de sang qui justifierait le mépris qu’ils ont pour toi, pour toi et pour tes frères d’Afrique. Mais moi je sais que tu te relèveras, qu’enfin, dans la paix tu sauras restaurer ta dignité, que les mots de ton hymne national enfin seront rejoints par la réalité.

Je crois en toi. Je sais que cela ne compte guère, que tu  es loin et que je n’ai que des mots à t’offrir.

Ce matin, j’ai cherché, un peu inquiet tout de même, quelques nouvelles sur internet. Il n’y avait rien, rien de neuf. Je vais continuer, les heures et les jours prochains. J’espère y apprendre que tu auras trouvé la paix, que tes déchirements n’auront pas repris. J’ai peur pourtant car tant de haine a été déversé par ceux qui voulaient s’approprier ton corps, ces politiciens violeurs qui n’hésitent pas à saigner ton peuple pour s’enrichir ou servir des intérêts qui les dépassent.

J’avoue que le choix qui était offert à tes filles et tes fils ne m’enthousiasme guère. Entre celui qui est soutenu par les intérêts coloniaux, le club du Fouquet’s et quelques groupes qui te méprisent et de l’autre côté celui qui n’a pas su éviter les malheurs où tu es plongée depuis tant d’années, n’est-ce pas un choix entre la peste et le choléra ? Si j’étais un de tes fils, je soutiendrais malgré tout Laurent Gbagbo, en souvenir peut-être de ces jours de 1982 où j’ai vu la police charger les étudiants qui manifestaient contre l’interdiction d’une simple conférence qui aurait dû être donnée par celui qui était encore presque un inconnu pour la plupart. Oui, ces jours là, nous étions un petit groupe de jeunes blancs, barbus et fumant le cigare, que d’autres blancs, qui conseillaient ceux qui organisaient la charge policière, ont peut-être pris pour des agents cubains… C’était encore le temps de la guerre froide, des blocs qui s’opposaient. Et ces jours là, nos étudiants, si fiers, refusaient de nous écouter, nous qui pouvions entendre les manœuvres de la police, nous qui savions aussi que si des ivoiriens tenaient les matraques, ceux qui les dirigeaient étaient nos compatriotes, et nous en avions honte. Qu’il est loin ce temps…

Oui, chère Côte d’Ivoire, je t’aime encore. Je ne suis pas venu te voir depuis si longtemps. L’amour que j’ai eu pour ta fille m’a rapproché de toi. L’affection que je garde pour elle ravive celle que j’ai pour toi. Peut-être, si au printemps dernier j’avais su prendre certaines décisions, te regarderais-je autrement aujourd’hui. Qui sait même si je ne t’aurais pas revue ? Toi, tu as le temps… Je me sens si vieux, parfois, quand je vois tous ces rêves m’échapper. Mais ce rêve, celui de te voir enfin retrouver la paix, d’Abidjan à Korhogo, d’Abengourou à Daloa, de Boundiali à Sassandra, en passant par Danané cher à mon cœur parce que ta fille y fut petite, en passant par ces villages innombrables que j’ai traversés autrefois, le plus souvent sans m’arrêter, sans même regarder, mais qui sont à jamais gravés dans ma mémoire.

Oui, chère Côte d’Ivoire, je suis ton fils. Je t’appartiens. J’ai souvent entendu dire, par d’autres qui t’ont connue comme moi, que tu étais leur seconde patrie. Certes, seconde dans l’ordre mais toi, que le hasard de la vie a mis sur notre chemin, nous t’avons choisie. Beaucoup d’entre nous sont loin de toi mais je sais que ces jours ci, nous sommes nombreux à penser, affectueusement, à toi.

 

Chère Côte d’Ivoire, nous nous retrouverons, je le sais, tôt ou tard. Je regrette de ne pas t’avoir retrouvée au bras de ta fille, mais la vie est ainsi faite qui nous apporte l’amour et nous le retire.

Oui, ma Chère Cote d'Ivoire, je t'aime tendrement, comme j'ai aimé ta fille. Mais toi, je sais que ce n'est pas une illusion.