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Retour de Chine

Publié le 10 décembre 2010 par Addiction2010

Mes posts précédents ont été écrits à Canton, même si le dernier, faute de connexion, n’a été copié sur le blog qu’à mon retour. D’ailleurs, je ne l’avais pas relu et quelques phrases étaient incompréhensibles.

Je suis déjà de retour en France et la Chine s’est de nouveau glissée dans le monde des souvenirs. Ce pays est fascinant. J’appartiens à une génération à qui on a dit qu’un jour, le géant endormi s’éveillerait. Nous y croyions plus ou moins, nous comprenions plus ou moins aussi qu’il y avait là-bas quelque chose qu’on appelait « révolution culturelle ». Certains d’entre nous admiraient Mao-Tsé-Toung (on ne l’avait pas encore rebaptisé Mao-Zedong), la plupart l’ignoraient. D’ailleurs, nous avions une image très archaïque de la Chine, un peu celle du Lotus Bleu. Pour un peu, nous aurions cru que les concessions internationales existaient encore. Et puis, nous avons entendu parler de la diplomatie du ping-pong, nous avons appris que la Chine Populaire reprenait le siège de Taiwan aux Nations Unies, et que petit à petit la Chine admise par la communauté internationale était celle de Pékin, plus celle de Taipei. J’ignorais qu’un jour je serais amené à visiter ce pays, et même à travailler avec des chinois.

La première fois que je me suis vraiment intéressé à la Chine, j’étais en terminale. C’était un temps béni où l’on n’avait pas ajouté toutes ces matières à l’écrit du bac, où les enseignants pouvaient interpréter librement le programme et les élèves tranquillement faire l’impasse en espérant ne jamais aller à l’oral de rattrapage.  C’était le pari que j’avais fait, ce qui à l’époque, en 1975, était encore risqué, car on ne distribuait pas les mentions aussi facilement qu’aujourd’hui. Pari gagné, mais c’est une autre histoire. Comme les professeurs d’histoire-géo choisissaient ce qu’ils voulaient  traiter et surtout la façon de le faire, j’avais eu à rédiger un devoir libre sur la Chine. J’y avais découvert combien cet immense pays était potentiellement riche et j’avais acquis la conviction qu’un jour, peut-être même de notre vivant, la Chine deviendrait une puissance majeure.

C’est arrivé, et plus vite que le lycéen ne l’imaginait. Et il ne pouvait non plus croire que l’on voyagerait aussi facilement d’Europe en Chine. Quant à se promener, seul et sans contraintes, dans les rues d’une ville chinoise, cela n’appartenait même pas au rêve.

La Chine continue de faire peur et certains ne manquent pas une occasion de raviver certains fantasmes, comme le fameux « péril jaune ». Je me demande souvent pourquoi nos ancêtres ont voulu ainsi classer les asiatiques. Drôle d’idée. Je ne suis hélas pas si sûr que nous l’ayons collectivement dépassée. Voilà quelques années que je travaille régulièrement avec des chinois et petit à petit nous avons appris à nous connaître, et à nous comprendre, même si, hélas, les mots que nous échangeons sont un sabir anglophone qui sert de lingua franca des affaires. Le gros avantage de ces relations d’affaires, c’est que l’on est obligé de surmonter les différences et de cultiver au contraire les points communs.

J'aurais pu aussi évoquer Pa Kin, lu quand il n'était pas encore Ba Jin, qu'on annonçait tous les ans que c'était pour cette fois, que le Nobel serait pour lui, et quelques autres découverts au hasard de bibliothèques. Leur fréquentation a certainement conditionné ma réaction quand je suis enfin allé visiter l'empire du milieu.

Je me souviens précisément de mes premiers pas en Chine, il y a quelques années. C’était à Canton, j’étais arrivé sur un vol qui partait de France en milieu de journée, ce qui conduit à atterrir en Chine le matin. L’aéroport, qui était neuf et moderne, l’autoroute, les péages automatisés, les immeubles, quelques enseignes, m’ont vite fait comprendre que le pays était bien plus avancé que ce qu’on en disait parfois. Mais c’est seulement une fois installé à l’hôtel, une fois que je me fus décidé à sortir et à partir explorer les environs que j’ai eu le sentiment d’être en Chine. Je fréquente toujours le même hôtel mais les rues voisines ont changé. Tout ce qui, au moins dans les artères principales, était ancien a disparu, déjà. J’ai le souvenir d’avoir acheté des fruits à un marchand ambulant, des bananes, pour quelques yuans, un prix qui me semblait dérisoire. Et puis je m’étais déjà engagé dans une petite rue, à peine à quelques centaines de mètres de cet hôtel mais déjà dans un autre monde. J’y suis retourné à chaque visite, elle ne change guère et je n’y ai jamais croisé d’étranger. Lors de ma première visite, j’y avais trouvé un marchand de thé qui m’avait fait goûter quelques variétés, à qui j’avais acheté quelques grammes de ces feuilles que nous connaissons si mal. Etrange échange où nous ne comprenions rien de ce que nous disions mais où nous arrivions à communiquer. La boutique s’est agrandie et a changé de trottoir, j’y retourne à chaque voyage, même si je n’ai rien à y acheter. D’ailleurs, je n’ai jamais épuisé cette galette de thé achetée un jour, de cette variété du Yunnan qui est vendue en galettes millésimées, et dont j’ignorerais sans doute toujours l’existence si je n’avais décidé, dès ce premier séjour, de tourner au coin d’une rue et d’aller explorer ce qui me paraissait être la Chine, du moins être un peu plus la Chine que celle des hôtels internationaux et des grandes rues. Ah, ce thé, sans doute faudrait-il écrire rien que sur lui !

Je ne sais pas quand je retournerai en Chine, ni si ce sera à Shanghai ou à Canton. Ou, qui sait, encore ailleurs, comme la dernière fois à Hangzhou.

Je sais en revanche que ce sera un plaisir.


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