Nouvelles du front

Publié le 18 mars 2011 par Cjhenry

 Plus rien dans le cigare...  (Crédits photographiques : inconnus.)

   « Quand nous sommes très forts, – qui recule ? très gais, – qui tombe de ridicule ? Quand nous sommes très méchants, – que ferait-on de nous ? Parez-vous, dansez, riez, – je ne pourrai jamais envoyer l'Amour par la fenêtre. » (Arthur Rimbaud in Illuminations, 1872-75)

   Il n'est jamais trop tard. Je viens enfin de recevoir des nouvelles rassurantes de mon très cher ami P., établi depuis quelques années au Japon, à Hiroshima, vous savez la tragique ville laboratoire de l'US Air Force, où il enseigne les rudiments de la langue de Molière et où il a convolé en justes noces avec une charmante nippone francophile. Son épouse et lui ont deux enfants qui rêvent de voir « en vrai » la Tour Eiffel et, depuis peu, la baie du Mont-Saint-Michel ; P., assurément un homme d'esprit, précise dans son courriel : « Ils sont sans doute inconsciemment perturbés par les incessants aller-retour de la mer... » Bref, jusqu'à la semaine dernière, ce quatuor vivait tranquillement son petit bonheur au pays du soleil couchant (et levant), entre tradition et modernité comme disent nos médias quand il leur faut combler les trous sur papier et les blancs à l'antenne... Mais pour P. et les siens, hors de question de quitter leur archipel aux papillons afin de rallier notre Hexagone aux mouches (et aux abeilles en voie de disparition), et mon ami, ces temps-ci très déchaîné contre les éléments naturels – on le serait à moins – de s'en remettre au Dieu du ciel, s'il y en a un, pour que, franchement et définitivement, Il prenne en charge une donnée qui toujours échappera à la toute-puissance scientifique et technologique de la deuxième (ou troisième, c'est selon) puissance économique du monde : le sens du vent... La conclusion de P. est digne de celle d'un homme d'esprit (bis) : « On est bien peu de choses. » Oui, je souhaite ardemment le revoir avant la fin de l'année, frais  et frétillant comme un gardon et en pleine possession de ses facultés mentales et physiques...

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   Ce dimanche, au cas où vous n'en auriez pas eu vent, si je puis dire, premier tour des élections cantonales. Au pied de la mairie, les différents candidats ont affiché leur tête et la partie supérieure de leur tronc sur des panneaux métalliques. Celles du type du Front national arborent respectivement la coupe militaire en brosse ainsi que le port d'une chemise brune... Or, un homme d'esprit, encore un, vient de sévir en inscrivant sur l'affiche de ce sous-officier reclassé l'égalité anagrammatique suivante, à un détail prêt – on pardonnera volontiers la faute d'orthographe : « Marine Le Pen = mère à pinne. » Bon, l'expert en jeu de lettres que je suis avoue son forfait... Ah oui, j'ai gardé cette autre combinaison pour la bonne bouche : l'inspiré et sémillant locataire de la place Beauvau (beau veau ?) s'appelle Claude Guéant, anagramme de « Ta gueule ! Dac ? »...

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   À part ça, l'inénarrable stagiaire extatique Monica Lewinsky - vous vous souvenez ? - vient à son tour de me donner de ses nouvelles : elle a pris quinze kilos (orgies de chips et de sodas devant la télé), couche avec quelques mecs ennuyeux (qui votent républicain) rencontrés sur un truc genre Meetic ou bien sur Facebook, s'est teinte en blonde, s'adonne tant bien que mal au jogging matinal, est inscrite dans un club de fitness, ne jure plus que par le feng shui et le yoga, consulte un psychotérapeute une fois par semaine (comme son chien), renouvelle de manière compulsive sa garde-robe et projette l'acquisition d'une chaîne de pressings spécialisés dans le nettoyage à sec (inconscient quand tu nous tiens), fréquente une église évangélique à la con, se caresse de temps à autre en pensant à son Bill (facture en anglais)... Les soirs de grande détresse, elle se repasse en boucle une sélection des grands moments de la présidence de son ancien patron puis bascule dans un trop-plein de vide...   Une nuit, entre fièvre et frissons, elle l'a même revu le dos courbé, effondré, en train de pleurer devant la dépouille de Yitzhak Rabin, mais, à l'instar d'un Berlusconi, d'un Bush, d'un Poutine, d'un Sarkozy, et autres lumières associées, ne comprenant rien à rien, elle s'est vite réveillée pour se rendre à la cuisine y boire une bière tiède et s'enfiler une tartine au beurre de cacahuète avant de tout dégueuler...


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