Jour 52

Publié le 01 avril 2011 par Miimii

Je ne me suis pas dépêchée pour aller au rendez vous, il m’attendait dans la voiture. Nous n’avons pas échangé un seul mot. J’avais mon tailleur porte bonheur, parce qu’aujourd’hui tout se joue, on devait avoir l’accord des investisseurs, surtout au vu de la situation en Tunisie, fallait se montrer très convaincant et rassurant. Il aurait fallu que je mange du Lion au petit déj, mais je me sentais suffisamment enragée comme ça.

Ce tailleur, je l’ai acheté pour avec ma mère, elle m’a traînée chez Jean Louis Scherrer, son couturier préféré, je devais avoir 18ans. Comme une première visite chez le gynéco, très gênée d’être là parce que trop jeune, et qui plus est avec ma mère, pour m’acheter mon premier objet couture, comme un premier frottis. Elle s’excitait à me trouver la pièce rare, qui me serait tjrs utile, cocktail, mariage ou même décès (disait-elle, pour me choquer), sans parler des rendez vous et rencontres officielles.

« Tu es superbe ».

Je ne lui réponds pas et je continue de remonter dans l’historique de mon premier achat de valeur. Tailleur pantalon coupe droite, en laine, veste très cintrée et moulante, des zips dorés et des bordures en cuir. A l’époque, il ne m’inspirait rien, mais elle le trouvait sublime.

Maintenant, je grave mes réussites dessus, comme Lucky Luke le nombre de ses victoires sur la crosse de son flingue, et bien entendu, 10 ans après, je le trouve sublime.

Quelques gouttes de Coco Chanel à des points stratégiques, un trait de Khôl (l’authentique), et mon chouchou : un rouge à lèvres couleur cerise (je veux bien filer la réf en inbox :p), que je mets tjrs pour les évènements importants. Comment voulez-vous sinon, qu’on soit pendus à mes lèvres ?

Chacune d’entre nous a des secrets de beauté. Pour moi, la beauté m’importe peu, mais ce sont des secrets de confiance en moi. Je mets mes vêtements et accessoires pour devenir invincible et confiante en mes pouvoirs, comme le ferait Clark Kent avec sa combinaison über sexy pour devenir Superman.

Arrivés à cet immeuble, rue de Grenelle, j’entre en transe. Cette état que je connais si bien, regard droit, ferme et hautain, les mâchoires un peu serrées, sans négliger un sourire de circonstance mais pas trop quand même, je suis venue pour négocier. J’ai carrément dit à Sam de me laisser parler la première, il complèterait ensuite.

S’il y a une chose que je déteste quand je me retrouve entre des hommes, c’est de sentir que je suis le sexe faible et dominé.

A peine assis, et les premières politesses échangées, je me lance dans ma requête, affichant clairement, que j’étais prête à discuter mais pas revoir mes aspirations à la baisse. L’entretien se passe à merveilles, Sam et moi sommes deux coéquipiers de choc, un duo parfait. Je n’ai qu’une fraction de seconde, quand dans un éclat de rire général, je me rends compte qu’il mêle à merveille détermination et humour, l’assistance est conquise.

Nous sortons de là, avec nos quatre volontés en poche, nous nous sautons l’un dans les bras de l’autre.

Il me dit qu’il est fier de moi, que j’ai été très bien (pourquoi n’a-t-il pas dit parfaite ?, je n’ai pas l’habitude d’être juste « très bien »). Il prend ma main et l’embrasse.

Ça me fait quelque chose quand même, je me sens toute émoustillée.

Pour la première fois, il me propose d’aller à son bureau. Je ne connais pas son lieu de travail et encore moins ce qu’il fait exactement... C’est un homme d’affaires, dont les revenus le laissent libre de ses faits et gestes, j’étais enthousiaste à l’idée de voir son antre.

Son bureau est dans un immeuble à Montparnasse, très moderne, un grand bureau avec d’immenses photos en noir et blanc magnifiques, des portraits de femmes, des canapés en cuir noir, et tout est d’un blanc immaculé, la seule note de couleur réside dans les différents tons de vert des plantes qui meublent les lieux. Qui sont ces femmes ? Ce ne sont pas des célébrités, je n’en reconnais aucune. Et je ne pose aucune question.

C’est d’un goût très certain. J’adore. Il me présente aux gens qui sont là, comme « une amie et partenaire », qui vient de Tunisie. Le peuple héroïque qui a renversé son régime. Les gens me félicitent et m’assaillent de questions, sur la vie à Tunis depuis le 14 Janvier et me disent qu’ils suivent de près les évènements. Et Sam, n’était plus là. Je le cherchais du regard, paniquée de me retrouver au milieu de ces curieux inconnus et c’est alors que son assistante me conduit à son bureau. Il a un magnifique petit bureau, classe et chic, je suis conquise... Ce qui me plait chez lui, c’est ce côté, « je prétends ne pas avoir la folie des grandeurs ».

Il me propose d’y passer quelques jours, pour travailler et « rester ensemble le plus de temps possible »... A cet instant, mon regard a changé, la victoire a toujours eu un effet sur ma libido, mais j’essaie de me calmer. Il joue avec mes yeux, ils leur parlent avec les siens, si je reste là, on finira par en venir aux mains.

Je décline gentiment son offre, et je m’excuse de devoir partir pour aller déjeuner avec une amie.

Je ne suis pas le genre qui partage ses petits secrets, ce qui a fait que pendant tout le déjeuner j’étais perdue dans mes pensées, mon amie qui me connaît assez : « ça c’est un mec, et pas n’importe lequel... Raconte ».

«Non, je suis en plein dans mes projets... et je sors d’une négociation, alors, je revis l’entretien pour être sûre que tout s’est bien passé ».

Je rentre à l’appart’ après le déjeuner, je me change mais je n’ai pas envie de rester à la maison et encore moins d’aller au bureau pour bosser (celui de ma boîte à Tunis). Je m’offre un ciné, et un sachet de M&M’s. J’ai décidé de regarder « Le Marquis », un navet de Frank Dubosc et de Richard Berri. Pendant que je suis au ciné, mon téléphone sonne, je regarde au fond de mon sac, c’est D. Je ne peux pas décrocher, mais je ne peux pas m’en empêcher... Je fais ce que je trouve être le comble de l’irrespect, mais il me manquait trop.

Je chuchote un « Allo » et il me dit « ça va ? », je réponds « Je suis au ciné »

« Ça tombe bien, je veux que tu m’écoutes. J’ai vu sur ton profil Facebook que tu es à Paris. Je ne veux pas que tu me répondes, mais j’ai toujours senti que tu avais quelqu’un dans ta vie que tu vas voir là bas. Mimi, il y a des choses qui transparaissent et qui ne mentent pas, même si tu ne dis jamais rien, il y a des choses que je dois savoir, comprendre, ressentir. Je pense énormément à toi depuis le week-end dernier, mais je n’ai pas voulu t’appeler pour ne pas te faire souffrir et ne pas me faire souffrir non plus. Mais tous les deux, quand on est ensemble, on souffre et quand on est séparés, on souffre. Comment on fait maintenant ? Je ne supporte pas l’idée que quelqu’un d’autre mette la main sur toi... Je ne pourrais jamais. Je ne voulais pas t’appeler, je sais que tu n’es pas seule et je suis dégoûtée, je n’ai même pas envie de t’entendre et pourtant j’en ai besoin. Je vais raccrocher, reste le temps que tu voudras là bas, dans ton histoire et je ne t’attends pas, je n’ai pas appelé pour te dire que j’attends que tu te décides dans les bras d’un autre. Je continue de vivre, parfois dans la débauche que tu m’imposes. Le jour où tu as envie qu’on en parle appelle moi, mais je refuse que dorénavant tu disparaisses, si tu veux me parler, tu resteras...et si tu veux me parler il faudra tout me dire et me promettre des choses. » Et il fini par raccrocher.

J’en avais les larmes aux yeux, mais je ne pensais à rien. Je remets mon téléphone dans mon sac, et je braque mes yeux sur l’écran, en me remémorant chaque mot. Mes yeux ont commencé à s’emplir de larmes, qui ont commencé à grossir jusqu’à atteindre le bord des cils, où n’ayant plus de retenue, ont explosé sur mes joues. Dans le noir et avec la projection de la lumière sur les gouttes, ma détresse se voyait bien sur mon profil. Mon voisin de fauteuil me regardait, il devait se poser la question quelle nouvelle a pu me mettre dans cet état. La nouvelle, c’est que quelqu’un souffre encore et encore à cause de moi, et la seule chose qu’il veut de moi, c’est de me donner ce que je souhaite le plus au monde. La mauvaise nouvelle c’est que je suis incapable de gérer ce type de situations, et que par peur, je préfère refuser ce que je veux mais ne maîtrise pas.