Trente ans

Publié le 10 mai 2011 par Addiction2010
 

Passe passe le temps, il n’y en a plus pour très longtemps… J’avais à peine plus de 20 ans et ne regardais pas assez loin pour penser qu’un jour je me souviendrais de ce jour en disant « il y a 30 ans ». N’est-il pas temps, pour chacun d’entre nous, de raconter ?

Ah, le 10 mai. C’est pour toujours une date particulière, le souvenir du 10 mai 1981, une journée historique que j’ai commencé seul, dans le Nord. Mes parents n’y étaient pas, ils étaient partis en vacances. Et moi, j’étais venu pour aller voter. Bien sûr j’avais soutenu Coluche, j’avais envoyé des photos publiées dans Charlie avec la mention « je vote Coluche » mais il y avait déjà plusieurs mois qu’une affiche de la campagne de François Mitterrand ornait ma chambre d’étudiant. J’ai glissé le bulletin, fièrement et avec espoir. Dans l’après midi, j’ai pris le train pour Paris, j’ai regagné ma chambre à la Cité Internationale. Et j’ai attendu. On nous repasse souvent l’image de la télé qui montre le visage de Mitterrand se former sur l’écran. Je ne l’ai pas vue. Sans doute ai-je écouté le résultat à la radio, mais je ne m’en souviens pas. Le seul vrai souvenir, c’est la marseillaise, celle de Bizet, qui s’est élevée soudain. Elle venait d’une chambre située dans l’aile opposée du bâtiment des « provinces de France », la MPF où j’habitais. C’était un copain, avec qui j’étais au bureau de l’ASCUP, l’association sportive de la cité, qui fêtait ainsi la victoire.

J’ai raté les groupes qui se sont formés pour aller à la Bastille. Je n’ai entendu que tardivement l’appel de Jospin à aller fêter l’évènement en ce lieu symbolique. Mais peu importait, je devais m’y rendre moi aussi. Je suis sorti et comme tant d’autres, j’ai fait de l’auto-stop. C’était une soirée hors du commun, les voitures arrivaient et embarquaient qui voulait. Bien sûr, dans certaines, c’était « retour de week-end » et les regards étaient effarés : les « rouges » avaient gagné et les « rouges », c’était cette foule, dense et joyeuse. Oui, nous étions les « rouges », et nous étions les plus nombreux. Certains ont dit qu’on n’avait rien vu de semblable depuis la libération de Paris. Je ne sais. Ce soir là, le peuple était en communion.

La Bastille ! Je me souviens de la foule, du podium installé sur la place et où on ne distinguait pas vraiment les célébrités qui défilaient. Je me souviens aussi du carré si ordonné de la LCR.

Et puis l’orage.

Tout cela, c’était il y a trente ans. C’était hier, c’est aujourd’hui. A chaque fois que j’y pense, je voudrais connaître encore ce moment.