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Jg ballard est un con

Publié le 09 février 2008 par Emma Falubert
voir d'abord le film de Cazals sur http://thomascazals.blogstops.com
JG Ballard est un écrivain et JG Ballard est un con.
JG Ballard est un con parce que la plupart pense qu’il a fait des films, et pas des moindres, comme Crash ou l’Empire du soleil. JG Ballard est un con parce que ce n’est pas du tout ça : il est écrivain et certains de ses livres ont été adaptés au cinéma.
JG Ballard est un con parce qu’Il fait parti de ces auteurs super connus mais dont on ne sait ni ce qu’ils ont écrit, ni si ils sont Anglais, Américains ou même Australiens ou Afrikaners.
En fait JG Ballard est un con parce que, avec lui, c’est un plus compliqué que ça n’en a l’air, au premier abord. En fait il est né à Shanghai, où, dès le départ, il file un mauvais coton : son père est PDG d’une grande entreprise de textile. Les années, 30 sont difficiles pour tout le monde, pour un fils de PDG, alors que les chinois et les Japonais se mettent sur a gueule. Cette période et cette région ont marqué Duras et Ballard. Duras Marguerite pour l'heure on s'en fout, JG Ballard quant à lui sera d'autant plus marqué qu’il passera une partie de son adolescence dans un camp de détention, d’où il sortira suffisamment éprouvé pour aller vivre à Londres et devenir écrivain.
JG Ballard est un con parce que au fond, il fait parti de ces auteurs super connus (ça c'est fait) et mythiques, dont par ailleurs la nationalité n’explique rien, sinon que, en toute logique, il s’exprime en anglais.
JG Ballard est un con parce que peu de gens savent que le G, prononcé Gi, de JG Ballard veut dire Graham et ceux qui ne le savent pas, ne se sont pas posés la question parce que au fond, ils s’en foutent. Les doubles initiales ne sont pas qu'une élégance anglo saxonnes : on pourrait penser que ces doubles initiales, JG est aussi une façon de se distinguer des autres Ballard qui traînent dans les moteurs de recherche du Net, comme Francis Ballard, un poète de sciences ou Robert Duane, qui inventa le Titanic.
JGraham, donc, a écrit des livres qui sont de beaux livres notamment par la qualité de leurs titres, comme ce titre en écho à la Foire aux vanités,intitulé « La foire aux atrocités », ou celui, plus série noire mystique, comme « Passeport pour l’éternité » tout un programme.
JG Ballard est un con parce que, un peu comme Godard qui a ses fans inconditionnels connaissant l’œuvre par le menu, il est plus connu par son nom que par son oeuvre. A ce titre, et probablement, exclusivement à ce titre, il rentre dans la catégorie des Proust, Claude Simon ou Joyce : auteurs dont on connaît le nom, le titre des œuvres et les quelques clichés mythiques qui vont avec, mais ça s’arrête là, on ne les a pas lus !
JG Ballard est un con parce que, à propos de Joyce, il s’essaya un temps à singer un épigone américain de l’irlandais, Williams Burroughs dont on ne sait pas encore aujourd’hui s’il est un feignant génial, un psychopathe obsessionnel, un imposteur, poète à la petite semaine, un auteur maudit ou simplement un génie.
JG Ballard est un con parce qu’il répond peu (pompeux !?!) aux interviews, qu’il vit enfermé dans une petite ville de la banlieue de Londres et que c'est là que ça commence à nous intéresser et à nous concerner. Parce que de cet tanière londonienne il a refusé à un réalisateur Français, Thomas Cazals, une interview. Il a refusé cette rencontre de façon assez cavalière et finalement assez incorrect si on se tient aux critères strictes de la bienséance et de la courtoisie. Et ce ne sont pas la maladresse, le culot, l’inconscience de Cazals qui pourront justifier une telle attitude. En fait, on s’en fout parce que du coup ce réalisateur éconduit mais qui a lentement mais surement et tenacement de la suite dans les idées, en nous racontant sa mésaventure, en en faisant une aventure littéraire et filmée, nous a offert cette possibilité d’une vraie rencontre avec sinon, JG Ballard lui même tout du moins avec l’esprit, un esprit qu’il féconde et qui le féconde.
En fait la singularité de ce film est qu'il tient à la fois de la poésie, de la littérature, du guide de voyages, des histoires de cinéma de Godard, du film d’aventures, de Murnau, de Dreyer, de Stan Brackage, de Jonas Mekas, Kubelka et Arnulf Rainer, de la déconstruction de Derrida, du structuralisme de Levi Strauss, des mythologies de Barthes, de.. de… de tout ça, sans que cela se voit, ni pèse trop lourd, comme ça, comme une lettre à la poste, une carte postale vidéo qui avec l’air de rien nous balance au cœur de la mélodie secrète de l’oracle de Shepperton. Un film dans l'air du temps, qui l'air de rien, ne prend pas d'air et malgré tout n'en manque pas.
Dans cette balade que propose Thomas Cazals, on oscille donc entre réalité et fiction , littérature et cinéma.
Réalité parce qu'il a vraiment été là bas, mais comme Cazals sait que les choses ne valent que parce qu'on en dit il réinvente sa visite dans cette fiction hallucinée et bricolée...
Littérature, d’abord, avec l’évocation par le cinéaste des centres d’intérêts de l’auteur de SF, de ses visions prémonitoires, de son sens du jeu, de ses intuitions fulgurantes, ses obsessions et ses marottes, de ses mythologies réinventées, réinterpétées, de on humour vache et de son cynisme.
et ce sans faire de cinéma, c'est à dire sans chichi.
Et ensuite ou pendant ce temps là, Cinéma aussi, et on peut dire l’essence même du cinéma, parce que tout en préservant les repères que donne la narration, en en jouant même de façon drolatique, Cazals touche à ce qui fait l’alchimie du cinéma
et là encore sans littérature.
La magie et la force de ce film sont dans ce balancement, pas sérieux, entre littérature et cinéma. Sa réussite et son charme sont aussi à la fois dans sa légèreté apparente autant que dans cette alchimie complexe qu’il met en branle. Une alchimie faite de l’intermittence, de télescopages et de fusions.
Intermittence : celle produite par le bombardement d’électrons en lignes et en points, en grains, explosés à 25 images secondes. Images matières, dont on ne cherche plus la beauté dans le cadre ou la composition comme on le fait en photo ou en peinture, mais dans ce grain dynamité, dans ces flous, ces traînées et ces agitations et autre mouvement héritée de l’errance.
Télescopage : au de là de cette juxtaposition d’images qui produit la sensation brute et fondamentale sur la rétine, il y a aussi le télescopage des séquences. Et c’est précisément dans ce télescopage ludique et jubilatoire que se dessine la trame invisible de cette rencontre refusée. Dans ces ruptures harmonisées, Le cinéaste nous fait entendre, sans les mots joués et formatés d’un auteur habitué aux joutes journalistiques convenues, sa vérité, ses vérités sur l’auteur un peu goujat.
Fusion : parce que comme dans le jazz du même non, il y a l’amorce d’un brassage, d’un remue ménage, (on ose pas le remue méninges mais il serait approprié), un mix des genres, (dans un tempo saugrenu parce que lui même fait sans cesse de ruptures et de reprises) et une explosion qui finalement retentit encore de ce petit chef d’œuvre sans la prétention de nous dire ce qu’il faudrait connaître de JG Ballard pour être nous même moins con.
JG Ballard est un con aussi parce que son dernier livre est une resucée de ses bons maux et de tous ses filons déglingués qu’il exploite depuis Shanghaï. Ballard est définitivement un con parce que si il avait accepté ce rendez vous Thomas Cazals aurait manqué ce film différent et d’un autre age. Et ça serait encore plus con.

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