J'ai frôlé la catastrophe. Du moins j'espère que je l'ai seulement frôlée. C'est ce qui peut m'arriver avec tous les sureaux presque inconnus, très peu étudiés, jamais cultivés, dont je ne connais ni la rusticité ni les besoins. Sambucus peruviana est utilisé et même cultivé dans les jardins familiaux au Pérou mais ces gens ne publient pas sur Internet.
J'ai passé des heures à chercher le moindre renseignement sur ce sureau. Il pousse au Pérou bien sûr mais en haute montagne. Plus bas c'est Sambucus canadensis. A ces hauteurs règnent les forêts tropicales humides, les rainforests avec des précipitations de 1700 à 2000mm. Rien à voir avec les 1 à 7mm de pluie tombés ici une ou deux fois par mois depuis plus de 4 mois. A ces hauteurs les plantes baignent dans les nuages. Pour les jours où il y aurait du soleil les jeunes Sambucus peruviana poussent à l'abri de grands aulnes. Ils y poussent très lentement, restent des arbustes, jusqu'au jour où les aulnes protecteurs meurent. Ils sont alors assez forts et deviennent soudain des petits arbres.
Voici maintenant l'histoire de mon petit sureau péruvien. Ce sureau est absolument introuvable. Pour en obtenir un il faudrait aller le chercher dans ces montagnes sauvages et le ramener en vie. Une expédition presque vouée à l'échec et qui n'est plus de mon âge.
J'ai pu acheter il y a quelques années des saucoberries, préparations sucrées faites avec des fruits de ce sureau :
Ce produit n'est plus en vente, on trouve parfois des saucoberries mais faites avec des fruits de nigra et très mal préparées, immangeables. Le mode de préparation de ce produit était bien expliqué et il m'a semblé que rien n'avait pu altérer la vitalité des semences. J'ai réhydraté les fruits, je les ai épluchés et j'y ai trouvé 5 à 7 noyaux. Tous les autres sureaux ont 3 (à 5) noyaux. Sambucus peruviana est le seul sureau tétraploïde. J'avais donc bien des fruits de peruviana.
Un seul noyau a germé. Mon Sambucus peruviana est né le 1 avril 2008 :
Pendant 2 ans il a très peu grandi. La plupart des sureaux supportent mal la culture en pot. Je me suis donc décidée à le mettre en pleine terre le 3 juin 2010.
Je lui ai fait une fosse de bonne terre riche. Mais comme toutes mes fosses de bonne terre à Veneux elle était posée sur une énorme passoire de sable. Le 13 juillet 2010 :
Je l'ai protégé par de vieux tubes contre toute bousculade par moi ou par les chats. L'hiver je l'ai protégé par une cloche seulement quand du gel était annoncé.
Le voici le 28 mars 2011 et le 10 avril :
Ses feuilles avaient pris un aspect adulte, plus proche de canadensis que de nigra, et assez velues. Les plus récentes avaient une double foliole terminale. Je ne l'avais pas photographié récemment mais il avait beaucoup grandi et atteignait 1m. Je l'arrosais 2 fois par semaine. Pourtant hier je l'ai trouvé complètement fané, les feuilles grillées. Je l'ai aussitôt abondamment arrosé. Aujourd'hui les feuilles terminales ont repris vie, les autres sont perdues mais il y a de beaux bourgeons à leur base.
Désormais il sera arrosé tous les jours et protégé par un ombrage artificiel les jours de grand soleil, le filtrage par mes arbres ne suffit pas. Evidemment ce sureau est un sureau à réserver aux collectionneurs, il a trop d'exigences sous notre climat.