Vivre ou survivre ? Somalie...

Publié le 01 août 2011 par Adamante

Le regard perçant

La faim toujours plus grande

L’oiseau avance

Sur la vague en mouvement

Il lutte pour sa survie

Sa nichée

Quelque part

L’attend

Le temps qui passe

Est contre lui

Il est un seuil de non-retour

Où la vie se retire

D’avoir trop attendu

L’oiseau le sait

Il lutte

Il faut vivre

Dans la corne de l’Afrique

Les pieds nus

Dans le sable

Hostile

Sous le soleil

Implacable

La faim rivée au ventre

Un peuple fuit les armes

L’intégrisme religieux

La dictature

La misère

Une longue colonne de réfugiés

Avance

Maigre baluchon à l’épaule

De jeunes enfants dans les bras

Les autres qui se traînent

Certains s’effondrent en chemin

La marche se poursuit

Il faut survivre

Coûte que coûte

Défendre sa vie

L’arracher au désert

À chaque pas

À chaque souffle

De plus en plus court

De plus en plus rauque

Ils cheminent

Pas d’eau

La faim au ventre

Les traits tirés

Les jours se comptent

Sur le torse des plus faibles

Vingt quatre jours

Et quelques os de plus

La chair disparaît

La peau se flétrit

L’innommable se lit

Au fond des orbites géantes

Où des reflets meurtris

Doucement se retirent

Ici, la Terre aride

Ne possède aucun or

Ses fruits sont maigres

Ses gens aussi

Le monde les ignore

La pauvreté n’a pas d’intérêt

La misère noire

Comme leur peau

Est un fardeau insupportable

Mais le soleil continue de briller

Il brûle

Dans le blanc

Étincelant

De leurs yeux.

Il suffit de si peu

Pour faire naître l’espoir.

Réveillez-vous !

Ne voyez-vous pas la lumière,

Là,

Qui brille,

Dans le regard d’un enfant

Qui meurt ?

Quelle est donc sa couleur ?

Quelle est donc sa valeur ?

N’entendez-vous pas

La parole silencieuse

De la Vie ?

Ce cri muet qui laboure vos entrailles ?

Êtes-vous sourds ?

Que craignez-vous ?

Supporterez-vous encore longtemps

L’intolérable

Sous prétexte que ce fut

Et que ce sera toujours ?

Ce fut parce qu’on l’a bien voulu

Ce sera si nous le voulons !

Une bombe explose en Norvège

Œuvre machiavélique

Le drame est terrible

76 morts

Des milliers de roses

Le monde est bouleversé

Les journaux télévisés

Accordent leurs premières pages

La sécheresse explose en Somalie

Plus d’un million de morts annoncées

On en parle aussi, il est vrai,

Quelques minutes avant les sports

Entre la poire et le fromage.

Dois-je avoir l’impudence

De faire une règle de trois

Pour calculer la valeur d’une vie ?

« Amstrong je ne suis pas noir »

Chantait Nougaro

Non je ne suis pas noire,

Devrais-je en avoir honte ?

Quelle est donc la couleur de la vie ?

La couleur de la vie

C’est :

Celle du sang qui pulse

Celle d’un cœur qui bat

Celle de l’Être, quand il est libre

Étranger dans sa prison de chair

Tant que le monde se complaira dans l’illusion

Tant qu’il fera « de nos différences des inégalités »*

L’Être se morfondra

De ne pouvoir donner naissance

À l’homme

À l’humanité

Telle qu’elle doit être

Telle que le monde l’attend

Telle que la Terre la rêve

Telle qu’il est possible qu’elle soit.

Sur la vague en mouvement

L’oiseau plonge

Le poisson est rapide

Il prend refuge dans les profondeurs

Sur la côte

Dans les nids

Les oisillons attendent

Le silence est lourd sous le soleil

Les parents, meilleurs plongeurs,

Reviendront avec du poisson

Les autres ne trouveront au nid

Que quelques plumes

Bercées de vent

Sur une carcasse desséchée.

©Adamante

Et pendant ce temps là, la France dépense un million deux cent mille euros par jour pour faire la guerre en Lybie...

 

Berceuse pour un petit prince, de Somalie...

* une citation de Tahar Ben Jelloum