Magazine Journal intime

Tranches de pffft

Publié le 03 août 2011 par Eric Mccomber
Joué à Anduze hier soir. Première partie quasi-désastreuse. Aucun contact avec le public, pas de réactions après les chansons, etc. J'avais commencé comme convenu avec la tenancière, instrumental, bas volume, assis, etc.
Je replace le pied de micro pour la deuxième séance de manière à chanter debout et tout de suite, ça change la donne. Je monte aussi le volume un tantine. Stie, c'est du blues, pas de la câlisse de musette, tabarnak. Il y a un couple sur place qui apprécie, qui me fixe dans les yeux et qui bat la mesure. Soudain, toutes les autres tables remarquent que je suis là. J'entends « il chante vachement bien, le mec », « putain, la gratte assure », « il est cool, le type au micro, non ? ». Inouï. Sans ce couple, tout le monde serait parti sans me saluer. Mais ça s'est terminé dans l'apothéose, j'ai vendu des disques, j'ai serré des mains… Ah, là, là, la race humaine, mes petits amis. J'ai remarqué que lorsque la Patronne, la Québécoise ou l'Arlésienne se tiennent près de moi dans les rues de Arles, je reçois au moins trois fois plus de fric dans le chapeau. C'est ainsi. Ce que d'autres apprécient semble avoir une valeur intrinsèque. Il y a une leçon, ici.
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J'ai été enrôlé dans une pièce de théâtre qui sera créée à Arles, justement, par le fameux Wilhelm Queyras à la fin août. Je joue une femme pirate de l'Antiquité armée d'une guitare électrique. Je suis censé porter une fausse barbe (comme les autres comédiennes), mais je garde ma vraie. Chut !
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J'entre dans une portion étonnante de ma vie. En fait, je n'ai jamais eu si peu de contact intime avec les femmes en près de trente ans. Ça me ramène à mon adolescence à Montréal-Nord, où je me suis senti constamment inadéquat, inintéressant, transparent. Cette impression m'accable et me rend très vulnérable. De temps à autres, une petite étincelle de fulgurance traverse mon désert et suffit à me faire douter (serais-je encore en vie ?). Mais bien vite les flots se referment sur l'embellie et je retourne m'engourdir tout au fond du travail.
Je me recroqueville dans mes petites œuvres et je trime, trime, trime. Je ne sais rien faire d'autre, dans pareille situation. Ça n'a jamais vraiment donné grand chose, mais c'est un bon succédané d'horizon. Et puis, à force, l'entraînement me rend meilleur, je maîtrise plus, je progresse. Et ça, ça compense presque pour tous les manques. C'est ma vengeance ! J'arrive à écrire clairement. Prends-ça, destin idiot. J'arrive désormais à envoyer sans effort la fameuse chop de Knopfler dans Sultans. Dix ans, ça m'a pris (je suis leeeent). Tiens, dans ta gueule, stupide oracle. Je chante Strange Brew un octave plus haut que l'original et pas en falsetto. T'as autre chose à m'imposer, oh, adversité ? Eh, eh, eh. Tu pourras jamais prendre ça. C'est sur le tape. J'ai roulé jusqu'à Nîmes dans les collines à une moyenne de 27 km/h, l'autre jour, chargé de mon ampli, de mes guitares et de mon couchage. Chère providence, je t'aime, et insère-toi ça dans le…
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Une vieille personne frustrée répand des ragots sur mon compte du fond de sa petite vie grossière et insensée. Je n'en connais pas la teneur, mais je suis certain que ça ne fera que renforcer ma formidable réputation.
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J'ai enfin remplacé ma bottleneck en porcelaine perdue ou volée à Uzès l'an dernier. Ça n'a rien à voir. C'est le bonheur. Ça glisse, ça coule, ça caresse… Dommage, je l'ai reçue trop tard pour m'en servir sur mon petit CD.
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Mon prochain livre est sur le point d'entrer en fabrication. Je vous en dirai plus très mucho bientôt. En tout cas, si Vishnu le veut, je serai au Québec pour en faire la promotion de la fin septembre à la fin novembre. J'accepte les offres suivantes à mesure qu'elles arrivent : parties de hockey, jam sessions, beuveries de tavernes, soupers, déjeuners aux Belles Sœurs, siestes crapuleuses, interviews, dédicaces, concerts, fêtes.
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Je suis bien, aujourd'hui. Ça vaut combien ça, calcule, chus déjà millionnaire.
—————© Éric McComber

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