Le courage recompense!

Publié le 02 septembre 2011 par Neoafricain

 

A voir la belle photo de famille de quasi toute la communauté internationale réunie à Paris, on peut réaliser tout le chemin parcouru depuis ce 10 mars, lorsque le Président français, fidèle à son tempérament et contre l’avis de tous ceux qui lui conseillaient la prudence (pour ne pas dire la lâcheté), avait décidé de reconnaître le Conseil National de Transition libyen. J’invite tous mes lecteurs à relire les commentaires des « experts » de l’époque. Amateurisme, aventurisme, opportuniste, etc. : le Président Sarkozy a été traité de tous les noms à ce moment-là. Seul le fringant Premier Ministre anglais avait saisi l’importance de cet enjeu. Compte-tenu des risques encourus, un autre politicien avec moins de caractère n’aurait pas résisté. Et quand quelques jours plus tard la France obtient le feu vert du Conseil de sécurité de l’ONU, c’est encore elle qui est en première ligne pour bombarder les troupes kadhafistes et sauver la jeune rébellion basée à Bengazi. A ce stade, on aurait pu croire qu’une forme de consensus se serait installée pour soutenir l’action de la communauté internationale afin qu’elle œuvre sereinement. Il n’en fut rien. Périodiquement, les différents experts répétaient le risque d’enlisement, les risques de partition du pays, les risques de pertes militaires, … rares sont ceux qui avaient la vision générale de ce qui se passait dans cette région du monde suite aux révoltes en Tunisie et en Egypte. Avec toute humilité, il est bon à ce stade de rappeler que votre serviteur écrivait en mars dernier que « (…) à court ou à moyen terme, le régime dictatorial libyen qui ne tient que par la terreur tombera inéluctablement ». L’opposition politique française aura elle aussi tenté par tous les moyens de tacler la majorité sur ce sujet, espérant secrètement un faux pas du Chef de l’Etat français qui ne pourrait s’en relever à moins d’un an des élections présidentielles. Mais le gouvernement français n’a jamais reculé, réussissant même à faire voter par le Parlement la poursuite de son intervention militaire. Si j’insiste sur cette histoire qui a transformé en six mois le soulèvement de quelques Libyens courageux en une véritable révolution, c’est qu’elle illustre bien tout ce que les hommes politiques peuvent accomplir quand ils prennent des décisions dictées par leurs principes et qu’ils s’y tiennent malgré les circonstances. Les Sarkophobes primaires auront difficile à lire ces lignes ; mais je pense qu’après la Côte d’Ivoire et le succès libyen, Sarkozy mériterait largement le Prix Nobel de la Paix. Surtout si on considère que ce prix prestigieux avait été attribué à un certain Président américain non pas pour ce qu’il avait accompli, mais pour l’encourager dans ses intentions…

Tout ceci ne doit pas nous faire oublier que l’avenir de la Libye peut encore être semé de difficultés en tout genre. Les fabuleuses réserves de pétrole, le réveil des islamistes, l’instabilité politique de la région et les Nostalgiques de l’ancien régime peuvent toujours causer de nombreuses difficultés à la Nouvelle Libye. Mais pour le bonheur de millions de personnes et de tout un continent qui ne pouvait supporter davantage d’avoir un tel despote dans ses rangs, on peut se réjouir que des politiciens visionnaires aient pris leurs responsabilités. Les Malheureux Iraniens qui s’étaient soulevés en juin 2009 n’avaient pas eu cette chance.

Ce courage politique s’apparente même à de la témérité tant notre époque ne supporte aucun risque. Si une grippe est annoncée, on commande des dizaines de millions de vaccins ; et si une tempête s’approche des côtes, on prend des mesures comparables à celles à prendre en cas de conflit nucléaire… Je pense même que le clan Kadhafi comptait sur le découragement et sur le manque de ténacité des Alliés. Ils auraient du mieux se renseigner sur le caractère du Président français. Ils auraient appris qu’il s’était mis en danger pour libérer des enfants pris en otage, qu’il s’était personnellement rendu dans une banlieue pour menacer les voyous, et qu’il n’avait pas hésité à se rendre à Tbilissi, à portée de tir des chars russes, pour arracher une paix improbable entre les deux belligérants. Après un tel parcours, il était évident qu’une fois la France engagée sur ce théâtre, elle irait jusqu’au bout. Et il faut l’en féliciter !