Après avoir bu et dansé une bonne partie de la soirée hier, Marie-Ève devait freiner cette envie de vomir qui lui tenaillait le ventre dans les draps. Ses yeux se posaient sur les gros chiffres du cadran du réveil.
5h32.
Elle se demandait, depuis quand avait-elle ce cadran?
Jusqu'à ce qu'elle réalise qu'elle ne se réveillait pas dans son lit.
Levant la tête, elle vit la tête du jeune homme à ses côtés. Patrick ou Nicolas elle ne se souvenait plus. Un beau gosse les cheveux en bataille. D'après leurs nudités communes, ils avaient passé la nuit ensemble. Ça lui revenait peu à peu. L'envie de vomir lui a repris. C'était pourtant bien, dans le feu de l'action ça semblait aller de soi. Mais ce matin, ce mal de bloc, cette nausée, cette envie de n'exister que sous le tapis ce cet étranger.
Aussitôt à la porte de la chambre du dortoir, qu'elle refermait avec une douceur maladive afin de ne pas éveiller quiconque, elle sentit une présence derrière elle. Elle se retourna pour y découvrir, sur le même palier, une autre fille, légèrement plus agêe qu'elle, peut-être de l'âge de Patrick ou Nicolas, qui refermait comme elle tout doucement la porte de la chambre du dortoir deux portes plus loin. Elle venait visiblement de quitter son lit, était assurément habillée comme la veille, c'est-à-dire de manière plutôt aguichante, et sortait avec tant d'empressement qu'elle n'avait pas complètement remonté l'une de ses bottes qui devait lui monter jusqu'au genou. Elle fuyait les lieux de luxure elle aussi, c'est certain.
Du botox dans le visage? déjà? une jeune fille dans la vingtaine. Marie-Ève ne savait trop si c'était parce qu'elle sortait visiblement d'une baise mais elle lui trouvait un air de fille vulgaire.
Les deux filles sortirent du site du Collège. Elles arrétèrent toutes les deux au même arrêt d'autobus. Marie-Ève considéra un instant quitter l'arrêt et marcher jusqu'au prochain. Après tout les autobus passaient-ils si tôt le samedi matin? Elle sentait qu'il fallit entamer une discussion avec sa "complice" de fortune. Celle-ci a coupé court à tout moment d'inspiration en sortant son Iphone et en pitonnant dessus. En se fermant les yeux Marie-Ève l'aurait facilemnent imaginée se sortir une aiguille et s'injecter du botox sur les lèvres.
Marie-Ève et la jeune fille étaient toute deux parfaitement seules dans l'abribus assies, l'une en face de l'autre. Marie-Ève pu la regarder et détailler ses traits. Elle avait franchement l'air d'une guidoune à ses yeux. Pas le genre qui aurait été son amie à elle. Elle ne pitonnait plus maintenant sur son Iphone mais s'arrangeait un peu dans le reflet que celui-ci lui renvoyait. Marie-Ève brisa le silence. Elle se savait encore un peu saôule de la veille. La phrase est sortie toute seule.
"Salut, c'est quoi ton nom?"
La jeune fille sembla comme sortie d'un rêve. Elle laissa passer un ange et avec ses yeux de raton-laveur, comme si elle voyait Marie-Ève pour la première fois, répondit: "Marie-Ève"
Après un temps la jeune fille lui renvoya la question.
"Nadine" menti Marie-Ève.
Quand le bus passa, Marie-Ève ne le prit pas.
Elle ne voulait pas être associée à l'autre.
Elle n'était pas une fille comme ça.