Mon pays, la Terre

Publié le 14 septembre 2011 par Adamante

Dans la forêt des groseilliers

je marche

les baies rouges s’inclinent

vers moi.

Là-haut,

le ciel

plein de soleil

sourit,

j’avance

dans ce monde

enchanté

le bonheur est murmure

tout est don

ici

tout est

offrande

Du haut de mes cinq ans

en levant la tête

je vois

le monde

son vrai visage

la nature

prodigieuse

Mon pays ? c’est lui

Les feuilles mordorées

ont la chair de poule

quand on les regarde

sur l’envers

Protectrices

amies des oiseaux

elles veillent

réconfortent.

À leur pied

quelques herbes oubliées

tapis de douceur

où des fraises sauvages

si succulentes

pointent le nez

elles m’appellent

m’offrent leur goût d’éternité

Au-dessus de moi

dansent l’ombre et la lumière

le vent orchestre

à peine un souffle

tout vibre

tout s’abandonne

au doux mouvement

de la vie

la mort est absente ici

rien ne se fige

Je me laisse bercer

je deviens feuille

brindille

la magie opère

je comprends

la parole

des herbes

des pierres

du moindre grain de poussière

celle de la Terre

sous mes pas

si réservée pourtant

que je pourrais l’oublier

Je glisse vers elle

plonge mes mains

dans ses cheveux

c’est frais

c’est agréable

je m’enracine

profond

soudain

un long frémissement jaillit

sous mes doigts

j’ai la révélation

d’une onde qui se propage

à l’autre bout du monde

en moi

La Terre est comme un chat

son immense corps vibrant

s’éveille sous mes caresses

ma vie prend tout son sens

Je découvre

l’amour

le partage

la communion

je disparais

Je suis

Elle, m’accepte, me reconnaît

Elle m’éveille à sa présence

en moi

Elle m’emporte en ses courants

Tout s’efface qui n’est pas Elle

Le temps n’est plus

j’ai disparu à tout

sauf à l’essentiel

Quand la sensation se retire

je sais

Je suis née à cinq ans

et je les ai toujours.

Dans la forêt des groseilliers

Je marche

Des rires m’accompagnent

qui s’élèvent des herbes

Les baies rouges s’inclinent,

Une mésange bleue

m’observe

Lance une trille

Picore une baie

puis s’envole

vers une trouée de soleil.

©Adamante