Magazine Journal intime

J’aime mon dentiste

Publié le 13 novembre 2011 par Anaïs Valente

La dernière fois que je suis allée chez le coiffeur, je lui ai dit « je déteste venir chez vous, je préfère de loin aller chez le dentiste ».

Je me dois maintenant de faire mon big mea culpa, après avoir récité dix avé et douze pater et m’être flagellée une demi-heure avec des branches de buis.

Passque je devais avoir fumé le vinyle (à défaut de moquette) le jour où j’ai dit ça. 

En fait, non, je ne fume pas le vinyle, ça va pas la tête, il est tout neuf.

Le jour où j’ai dit ça, c’est juste que ça faisait deux ans que je n’avais plus croisé mon dentiste vénéré et, vu que je souffre d’Alzheimer précoce ou de destruction massive des neurones (et comme j’en ai deux, ils seront vite anéantis), ben j’avais oublié jusqu’au bruit strident que fait la fraise avide de carie fraîche.

Et bien, l’autre vendredi, j’ai recouvré la mémoire.

Et, foi de l’habituée de dentiste que je suis (il fut un temps où j’y allais chaque semaine, même que mon dentiste adoré me surnommait Miss OK, puis Miss Flair, puis plus rien, quand j’ai grandi et que je suis devenue une adulte respectable), je peux vous dire que j’ai vécu la pire expérience de dentiste de ma vie.

Et pourtant j’en ai connu des caries, des détartrages, de pulpites en série, des arrachages, des prises d’empreintes, des appareils que l’on resserre et tutti quanti.

Mais ça, j’avais jamais connu.

Ça ?

La réparation de dent cassée (cf ce billet) couplée au rhume et à la pharyngite.  Plus on est de fous dans la région ORL, plus on rit, semble-t-il.

Rendez-vous est pris de longue date, et malgré mon état de décrépitude avancée, je ne peux poser un lapin à mon dentiste préféré. 

Je traîne donc ma vieille carcasse toussante et reniflante jusqu’à l’arrêt de bus, je patiente vingt bonnes minutes en priant Sainte-Anaïs que ce µ& !!!!## !!! de bus finisse par arriver, Sainte-Anaïs exauce mon vœu, j’arrive à bon port, petit détour pipi room pour évacuer l’angoisse et j’entre dans la salle d’attente, puis, rapidement, dans l’endroit où l’odeur de dentiste est si caractéristique : dans le cabinet de dentiste chéri.

Je pars du principe que, comme chaque visite, tout va bien se passer, dans la joie et l’allégresse, dans la rapidité et l’efficacité.

Ben pour une fois, que nenni.

Pas de bol, fallait que ça tombe le jour où je suis vraiment pas bien et où à chaque respiration, j’ai des nausées.  Pas la joie d’avoir des nausées quand on est couchée sur un fauteuil de dentiste, genre la tête plus bas que les pieds, un escargot blanc aspirateur de salive dans la bouche.  J’en imagine des scénarios catastrophe de nausée qui parvient à ses fins et catapulte tout mon déjeuner sur la jolie blouse immaculée de mon dentiste, qui ne voudra plus jamais de moi à l’avenir, et comment vais-je faire avec mes dents, enfin de toute façon je serai morte en ravalant mon vomi, donc pourquoi me tracasser, ben si, j’ai pas fait mon testament, meeeeerde.

Pendant ce temps, rien ne s’arrange, et chaque phrase prononcée par le praticien accentue mon stress et mes nausées.

« Hé ben, j’ai bien fait de prévoir une heure, ça va pas être facile à régler ».  Kwaaaaaaaaaaaa, une heure ?  Mais je suis là depuis quinze minutes et j’en peux déjà plus.  Nausée.

« C’est la bérézina votre dent, incroyable ».  Pitié, taisez-vous, je ne veux plus entendre le récit de ces scènes de guerre. Nausée.

« Bon, y’a la gencive qui remonte trop fort, va falloir couper, j’anesthésie un peu plus ».  Couper ?  Euh, et si je crie « coupez », ça fait quoi, il arrête son cinéma ?  Nausée.

« On croit toujours qu’avec les petites dents, c’est facile, ben parfois, pas du tout ».  Nausée.

« Je ne comprends pas ce qui bouche ainsi le passage, je n’ai jamais ce genre de souci d’habitude ».  Euh, et si vous l’arrachiez, qu’on soit quittes ?  Nausée.

« Bon j’ai réussi à enlever tout le ciment, j’introduis le forret » (euh, ça s’écrit comment, forret).  Mais chuis sur un chantier de construction ou quoi ?  Nausée.

« Ne bougez pas, je suis enfin parvenu à entrer la vis, mais elle dépasse, donc ne bougez surtout pas ».  Et si je bouge, je gagne quoi ?  Nausée.

Pitié, faites qu’il se taise.

Entre deux nausées mais surtout deux attaques de fraise, je demande à rincer et cracher tout ce que j’ai en bouche, car l’escargot blanc aspirateur fait mal son boulot.  Sauf qu’en parlant, vu la dose supplémentaire de produit anesthésiant, ben y’a tout le liquide qui s’échappe via mes lèvres insensibles.  Et ça me fait rire, ce qui n’arrange rien vu que je crache alors tout le contenu de ma bouche. Dingue ce qu’on peut stocker comme liquide dans une bouche.  Et vu que j’étais encore couchée tête plus bas que pied, tout m’est remonté sur le visage.  Je suis couverte de ma propre bave.  Bonheur intégral.  Et nausée, on ne change pas une équipe qui gagne.

Ensuite, je file à nouveau au pipi room, comme ça, sans demander l'autorisation, chose que je n'ai jamais faite en 25 ans de relation intime dentiste-patiente.  Je vous le dis, chuis malaaaaaaaaaaaaaade.

Après cette anecdote glamourissime de crachage de salive, qui ruine toutes mes tentatives de séduction de mon dentiste (fort heureusement, je ne veux pas le séduire, je veux juste qu’il répare ma dent), survient l’opération rebouchons cette dent réparée, avec des cotons genre Obé plein la bouche.  Cotons qui n’aiment probablement pas ma bouche car ils s’échappent sans cesse.  Ce sera le seul bon moment de cette folle escapade dentistique : mon envie de rire avec ces cotons buissonniers.

Je rentre chez moi, ravie d’avoir une nouvelle dent et surtout que le contenu de mon estomac y soit resté, même si ce ne fut pas le cas du contenu de ma bouche…


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