|
Entretien avec Cyprien Gaillard, |
Dans cette nature, de champ ou de ville, la ruine semble fixer une réflexion sur la destruction, l'obsolescence programmée par le temps, les hommes ?
CG – Oui, comme l'obsolescence du Forum des Halles, démoli pour la deuxième fois en 40 ans. Quand la ruine pointe, la croisade pour le renouvellement urbain débute… Et quand celle-ci aboutit, le recyclage de ce qui est détruit commence. Le renouvellement urbain est un paradoxe : tout démolir pour avoir une ville plus verte et calme. Passer la nuit à boire et manger du muesli au petit-déjeuner…
Souvent le dialogue s'installe entre des références à l'art occidental classique et l'anachronisme d'une irruption de l'urbain, du contemporain, pourquoi ces collisions ? Quel est votre rapport à l'histoire de l'art ? Au musée ?
CG – L'anachronisme est mon outil pour combattre la nostalgie. Mieux qu'une collision, je cherche un point d'équilibre, une nouvelle harmonie dans un paysage. Certaines pyramides du sud du Mexique ont été restaurées à coups de béton dans les années 1970 : cela scandalise les archéologues tandis que j'y vois un mélange d'architectures maya et brutaliste associées dans une nouvelle harmonie. Comme quand les tours de Sight Hill à Glasgow sont éclairées avant d'être dynamitées durant la nuit et deviennent des « monuments » d'un soir… Parfois aussi la collision est nécessaire pour trouver une nouvelle forme de paix. Je passe mon temps dehors, sur « le terrain », mon travail découle généralement de cette pratique d'extérieur, sachant que l'oeuvre doit le plus souvent être montrée dans un lieu clos. J'aime cette dialectique extérieur / intérieur : penser le musée, fût-il d'art contemporain, comme un musée d'histoire naturelle, un lieu où l'on montre des fragments du monde extérieur.
http://www.centrepompidou.fr/Pompidou/Manifs.nsf/AllExpos...