Magazine Humeur

Sans prix

Publié le 30 août 2011 par Fracturedenuit

J’ai fait une broderie pour mon fils. J’ai adapté un modèle et puis le format n’est pas standard. C’est une petite broderie simple. Je ne trouve pas de cadre.

Je fais tous les supermarchés, mais dans les supermarchés, un cadre, c’est rectangulai, du A5, du A6, éventuellement en cherchant bien, un petit carré de 8 sur 8.

Reste les boutiques d’encadrement. Je tente ma chance. “Bonjour, c’est pour encadrer une broderie, pas très grande, carrée, j’aimerais avoir une idée des prix”.

C’est assez normal, comme question, non ?

La tenancière n’est pas de cet avis. “Je ne peux pas vous dire”. Je reste silencieuse. “Si vraiment vous voulez un prix, c’est de 70 à 2’000 francs, voilà !”

Je dois avoir l’air dépitée ou étrange ou je ne sais. J’insiste : “Vous savez, je n’ai aucune idée des prix. C’est pas une très grande broderie. (Je mime).  J’aimerais juste me faire une idée. “

“Bon là par exemple, je peux vous faire un cadre tout simple avec des baguettes de couleur. ça coûte rien (elle se met à une table, avec une calculatrice, elle additionne des chiffres) …évidemment, il faut un verre antireflet sinon ça donne rien…ça fait 128 francs. “

Sur le moment, je suis soulagée. 128 francs, c’est de l’ordre du possible, pas comme 2’000. Et puis c’est pour mon fils. Et si la broderie est petite, j’y ai mis du coeur, du temps, de mon amour de mère. Je pars en disant que je reviens la semaine prochaine.
Et puis peu après, brièvement, je pense que je suis une rien pour qui 128 francs c’est quelque chose. Puis je me désole de la co-existence de mondes parallèles et du mépris social. Puis je me demande si je ne pourrais pas aller dans une autre boutique, si quelque part je serais bien reçue. J’hésite parce que les autres boutiques ont l’air encore plus de l’autre côté de l’argent. Je suis une toute petite demande juste solvable.


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