Magazine Humeur

La Trocade : l’émotion au cœur de l’Art contemporain

Publié le 12 décembre 2011 par Michelgutsatz

PhotoVM

par Virginie Michelet

Ils étaient trois mille, les 25 et 26 novembre derniers, à se presser autour des 85 œuvres d’art contemporain présentées dans une galerie éphémère du centre ville de Marseille. Depuis quand une exposition de jeunes artistes contemporains suscite-t-elle autant d’engouement ? Depuis qu’Emmanuelle Saint Denis, fondatrice de Mouv’art, et ses comparses de Marseille Off 2013 ont décidé d’organiser la première Trocade en France. Qu’est-ce qu’une trocade (un peu comme dans « chamade », on sent le coup de cœur qui murmure à l’oreille des amateurs) ?
Imaginez que vous ayez très envie d’une des œuvres exposées (et c’est tout à fait probable parce que la qualité était au rendez-vous, qualité dont le parrain, Gérard Traquandi, était un des garants). Donc, vous en avez envie. Alors vous achetez cinq euros un paquet de post-it, et vous écrivez sur certains d’entre eux ce que vous avez à offrir en échange de l’œuvre désirée. Et là, vous vous laissez aller à rêver.

2

Je sais, j’étais là. Je les ai vu les post-it : « votre tableau contre ma belle mère pour un weekend ou…des cours d’italien », « maison de 150 m2 à Saint…+jardin+potager+vie commune à vie » « je propose des massages chamaniques de Polynésie et/ou des cours de yoga Kundalini » « une semaine à Venise dans mon appartement près du Grand Canal » « un déjeuner par jour pendant six mois ou plus à négocier », « une exposition dans ma galerie »… et tant d’autres.

3

J’ai vécu avec émotion les témoignages de certaines personnes, rencontrées au hasard : « Je me suis laissé entraîner par mon amie, moi, je n’aime pas l’art, ça m’ennuie. Mais là, c’est différent. Pour quelqu’un qui a une vie un peu encadrée comme la mienne, se retrouver là tout à coup, c’est comme si on aérait sa tête » « ce qui me plaît vraiment, c’est que tout le monde se  parle… »
Après deux heures passées à écrire seulement deux post-it, quelqu’un est venu me trouver, chancelant d’incertitude : « Près des deux tableaux que j’aime, j’ai placé mes propositions au dessus de toutes les autres, vous pensez que j’ai une chance d’être pris? » Car ce sont les artistes, bien sûr, qui vont choisir l’offre qui les tente le plus. « Le coup de cœur, c’est dans les deux sens » me confie Emmanuelle Saint-Denis.
4
Et moi, j’ai regardé tous ces gens qui admiraient les œuvres, les jaugeaient à la lumière de leur proposition, de leur désir, écrivaient sur leur post-it, le déchiraient, en choisissaient un autre, et finalement l’apposaient sur le mur, avec nonchalance, ou application, ou passion, comme un jeu, une farce ou bien se prenant à imaginer qu’ils rencontrent l’artiste, discutent avec elle ou lui, remportent haut la main cette sorte d’enchère qui n’a rien à voir avec le système dans lequel nous naviguons bon gré mal gré… En les voyant toutes et tous si libres, si heureux, amusés, plein d’entrain, j’ai pensé à de grands enfants qui joueraient à coller leurs espoirs sur un mur, tel les pèlerins qui, à Jérusalem, glissent leur papier entre deux interstices d’un autre très célèbre mur.
Il n’était soudain plus question de jugement intellectuel, de déambuler dans un espace trop grand, trop vide, qui vous dicterait ce que vous devez penser. Il était juste question de plaisir et de simplicité. Est-ce parce qu’on ne parlait plus d’argent ? Est-ce parce que tout à coup les visiteurs se sentaient investis, actifs, créateurs ? Je suis sortie de cette Trocade le cœur chamboulé, avec la certitude que je venais de vivre un des ces signaux faibles qui, à force de converger, deviennent des signaux forts qui font trembler les anciens systèmes et advenir les paradigmes de demain.

Virginie Michelet.

[email protected]


Retour à La Une de Logo Paperblog

Dossiers Paperblog

Magazine