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Interview : Ludovic Bouancheau, un animateur français de plus au studio Dreamworks

Publié le 23 décembre 2011 par Mathieu Urstein

Après Olivier Staphylas, c’est au tour d’un de ses collègues Animateur nommé Ludovic Bouancheau de répondre à nos questions. Travaillant pour le compte de Dreamworks depuis 4 ans, ce monsieur originaire de la region Parisienne a contribué à d’excellents long-métrages tels que Madagascar 2, Megamind et plus récemment Puss in Boots (avec Olivier S.)

megamind wallpaper 2b 600x255 Interview : Ludovic Bouancheau, un animateur français de plus au studio Dreamworks

1. De notre petite France, nous imaginons à quel point vous êtes tous occupés. Je commencerais donc par te remercier pour le temps que tu vas nous accorder.

Pour débuter cette interview, peux-tu nous parler de ton cursus, de tes premières expériences professionnelles et de ton recrutement chez Dreamworks ?
Après mon Bac S math, j’ai suivi le cursus de L’ECV ( prépa à Paris, années supérieures à Bordeaux ) durant lequel j’ai essentiellement appris les bases du dessin, mais aussi le graphisme, le web, la 3D etc …
La formation était complète mais je voulais vraiment me tourner vers l’animation et j’ai donc passé le concours d’entrée en 3ème année de spécialisation 3D aux Gobelins l’école de l’image sur Paris.
J’ai énormément appris en animation durant cette année mais j’ai aussi réalisé la différence d’approche de l’animation des autres élèves de la promotion, qui venaient pour la plus grande part de la formation d’animation 2D. En plus d’être tous des designers et des dessinateurs incroyables, leurs connaissances de l’animation 2D rendaient leurs animation 3D plus crédible et esthétiques; une chose que je n’avais jamais constatée avant.
J’ai donc pris mon courage à deux mains et tenté le concours pour la formation 2D de gobelins.
Une décision qui paraissait comme un retour en arrière à l’époque mais que je ne regrette à aucun moment tant j’ai appris et mûris en dessin et en animation durant ces 3 années supplémentaires au terme desquelles j’ai réalisé un court-métrage 3D avec 5 autres de mes camarades: VOODOO.

Voilà! Après 8 années d’études au total, je me retrouve enfin sur le marché du travail.
J’ai eu la chance de travailler quelques mois en tant que stagiaire durant mes études dans différents studios comme Kalisto à Bordeaux ou Framestore CFC à Londres.
Sorti de Gobelins, j’ai eu une offre d’emploi à Framestore et une opportunité de travailler sur un projet de long métrage en France. J’ai donc décidé de rester en France pour travailler sur le long métrage.
En attendant le début de la production j’ai travaillé pour Diffuz sur l’animation d’un générique de programme pour enfants. Un projet court de quelques semaines mais très sympa et enrichissant.
C’est alors que j’ai appris que le fameux long métrage ne démarrerait pas tout de suite et que je n’étais même pas encore sur de faire partie de l’équipe. Un coup dur.
C’est alors que Dreamworks est entrée en contact avec moi à propos d’un projet qui se déroulerait en Inde.
Il m’ont alors proposé d’aller visiter ce qui deviendrait ce nouveau studio et j’ai donc été à Bangalore pendant quelques jours pour voir la ville, rencontrer les responsables du projet , etc. La proposition était de faire parti de la première équipe à démarrer le studio et superviser l’animation d’un court-métrage pour la télé.
A peine 3 semaines plus tard, je signais mon contrat et embarquais pour les Etats-Unis suivre la formation, à la fois pour apprendre les outils et la manière dont le studio fonctionne. C’était aussi un très bon test pour moi pour voir si j’arriverai à atteindre une qualité d’animation suffisante pour faire honneur au studio.
Leur volonté était de faire un court qui soit de la même qualité que le long métrage, et je n’avais jamais fait d’animation pour du long métrage auparavant … encore moins superviser ! c’était un gros challenge.
J’ai donc fait un training de 2 mois à Los Angeles avant d’être envoyé 6 mois à PDI, leur studio à coté de San Francisco afin d’animer sur Madagascar 2.
Je suis ensuite parti en Inde superviser l’animation sur 2 court-metrages , Merry madagascar et Scared shrekless. J’y suis reste en tout un an et demi.
A la fin de Merry madagascar, Dreamworks ma proposé une place d’animateur aux Etats-Unis, et je suis donc retourné à Los Angeles pour travailler sur Megamind, puis Puss in Boots. Cela fait maintenant presque 2 ans que je vis avec ma femme à Los Angeles.

2. Il y a quelques mois nous avons découvert la vision d’Olivier S. par rapport à Dreamworks. Je suppose que nos lecteurs ne seraient pas contre l’idée d’avoir un second témoignage. Pourrais-tu donc nous décrire comment est la vie au sein de DreamWorks Animation et comment se passe une journée type dans la peau de Ludovic Bouancheau (fonctions, horaires…etc.).
Je pense qu’il est assez difficile de ne pas se sentir bien dans ce studio, le cadre de travail est incroyable et le studio met vraiment un point d’honneur à respecter et vraiment bien traiter ses employés.
L’ambiance de travail est incroyable et l’idée est vraiment de faire en sorte que tout le monde soit content de venir au travail tous les jours.
Ma journée type commence le plus souvent par le petit déjeuner en extérieur au studio, et j’enchaîne directement sur les différents plans sur lesquels je dois travailler. Je ne suis pas superviseur ici donc j’ai plus de temps pour me concentrer sur mon propre travail et aussi un peu plus de liberté pour échanger infos et anecdotes avec les collègues qui partagent mon cubical.
Mes responsabilités dépendent des besoins du projet. Sur Puss in Boots j’ai été responsable de certains aspects techniques sur des séquences spécifiques. Sur le projet sur lequel je travaille actuellement, je travaille avec les superviseurs pour développer les riggs et définir les personnages, leur caractère et leur style d’animation.
Bien sûr il y a toujours les différents meeting et ‘animation reviews’ pour ponctuer la journée.
J’assiste aussi à des sessions de modèles vivant une fois par semaine organisée par le studio pour les emplois à l’heure du déjeuner ; cela me permet de ne pas perdre trop la main en dessin.
La journée typique s’étale entre 8h30 et 18h/18h30. Bien sur, lorsque le projet arrive sur la fin, on est souvent obligé de travailler en heure sup.

3. Quelque chose t’a-t-il marqué (en bien ou en mal) lors de ton arrivée aux studios ?
Ce qui m’a le plus marqué c’est l’orientation internationale du studio , il y a énormément d’étrangers travaillant à Dreamworks. Il y a déjà beaucoup de français , mais on y croise quasiment toutes les nationalités. Une ouverture d’esprit à laquelle je ne m’attendais pas nécessairement.
Une autres chose qui m’a marqué est le nombre de gens qui travaillent pour Dreamworks.Le studio de Los Angeles est tellement grand que je m’y suis perdu plus d’une fois à mes début. Encore au jour d’aujourd’hui il m’arrive de découvrir des salles ou je n’ai jamais été et de croiser des gens que je n’avais jamais vu auparavant !

4. Comment as-tu pris la décision de partir t’installer aux États-Unis ? Cette décision a-t-elle était facile à prendre ?
Lorsque je suis parti en Inde, il n’y avait aucune promesse d’intégrer le studio américain par la suite. A la fin du premier des deux projets que j’ai supervise en Inde, le studio m’a dit qu’ils aimeraient bien m’avoir en tant qu’animateur sur les long métrages aux Etats-Unis
J’en ai donc discuté avec ma femme , mais nous étions tous les deux très motivés à l’idée d’aller s’installer aux Etats-Unis. Bien sur c’était une opportunité incroyable pour moi mais c’était une vrai décision de vie et je voulais la prendre à deux.

5. Comment est l’ambiance au sein du studio (rapport avec la hiérarchie, avec les collègues) ? Pour beaucoup aux États-Unis, la distinction collègues/amis est bien plus mince que dans d’autres pays comme la France. Partages-tu cette vision des choses ? Faites-vous des sorties entre collègues ? Qu’il y a-t-il à faire aux alentours des studios ?
L’ambiance est vraiment super! Entre animateur c’est vraiment très bon enfant et léger. L’accent est bien plus sur l’entre aide que la compétition. Toute cette ambiance est bien sûr véhiculée par les superviseurs et les gens de la production qui sont tres accessibles. La hiérarchie est respectée mais l’ambiance est très amicale, tout poste confondus. C’est l’une des vraie force de ce studio selon moi.

Il y a clairement une difference dans les relations collegues/amis par rapport a la France mais je ne dirais pas qu’elle est necessairement plus mince.
De maniere generale les gens sont plus faciles d’acces au premier abord mais je trouve que cela demande un peu plus de temps pour vraiment les connaitre. Rien de moins bien ou mieux que la france, juste approche differente J

On voit bien sur beaucoup de francais ( ou en tout cas de Francophones) en dehors du travail mais on cotoie aussi des americains, collègues ou non. Le contact avec les Francais se fait plus facilement, mais passer du temps avec des gens d’une autre culture est super enrichissant.
Los angeles est une ville pleine de ressources , ce que je n’aurais pas parié au premier abord. Il y a énormément d’endroit et de restaurants ou sortir, beaucoup de salle de concert et de théâtres. Durant les week ends, la plage et la montagne sont à deux pas, il n’y a qu’à choisir !

6. Plus jeune, à l’école, faisais-tu partie des bons ou des mauvais élèves ? As-tu rapidement trouvé ta voie (t’es-tu levais un matin en te disant que tu voulais être animateur 3D où le choix d’orientation a t-il était difficile) ?
Non le declic de animation 3D ne m’est pas venu très tôt. J’ai toujours aimé dessiner comme beaucoup mais quand jetais jeune je voulais être vétérinaire ou pilote de rallye! … on y est pas vraiment hein !?

Je n’ai jamais été un cancre mais je n’ai jamais vraiment aimer les études. Tout du moins jusqu’à ce que je passe le BAC et que je fasse ce qui me faisait vraiment plaisir. Les langues et la littérature en général, ce n’était pas trop mon truc, mais j’était plutôt bon en math et en informatique.
J’ai juste commencé a m’intéresser à l’infographie au collège et j’étais un très très gros fan de jeux vidéos et d’animation japonaise ( qui ne l’était pas à l’époque en même temps ?). Sans mettre des mots précis dessus je commençais tout doucement à me faire submerger par le virus de l’animation. Je n’avais juste pas la moindre idée que faire de l’animation pouvait être un vrai métier.

Apres le BAC, mes parents m’ont aidé à trouver une prépa artistique sur Paris, dans laquelle j’ai rencontré un mec avec un talent de dessinateur qui voulait entre à Gobelins. Je l’avoue honteusement mais je connaissais à peine Gobelins à cette époque. C’est à ce moment la que j’ai vu que le métier d’animateur existait bel et bien et que je pourrais peut être un jour le faire moi aussi. Mon idée première était de faire animateur pour le jeux video.

Le choix d’orientation n’a pas été très difficile; je ne me voyais pas faire quelque chose d’autre (j’ai vite oublié veterinaire et pilote de rallye en grandissant). Le parcours pour arriver à mon but à été long et plein de doute. Mais cela en valait le peine.

7. Celles et ceux qui ont lu l’interview d’Olivier S. savent que Dreamworks développe ses propres logiciels en interne. Mais qu’en est-il de l’apprentissage (avez-vous le droit à une formation, quelle est sa durée, est-ce que ces « outils maison » sont plus difficiles à prendre en main que les logiciels de modélisation et d’animation « classique » tels que 3Ds Max, Cinema 4D, Maya …etc.) ?
A son arrivée au studio, chaque employé doit suivre un formation pour effectivement apprendre les logiciels maison ainsi que le fonctionement de chaque departements.
Pour moi, cela s’est passé par quelques semaines de formation pour apprendre le logiciel et les différents méthodes de travail qui vont avec. Cela veut dire avoir des démos d’autres animateurs pour voir leur manière de travailler et retourner à des exercices basiques comme la bouncing ball et des marches de personnages pour prendre le tout en main.

Je n’ai pas eu le sentiment que le logiciel en lui même était plus compliqué à apprendre que Maya ou 3D studio max par exemple. Mais s’habituer à une autre maniere de travailler bien spécifique demande du temps. Il m’a personnellement fallu plusieurs mois pour me sentir complètement à l’aise avec le logiciel et le processus de travail au studio.

8. En dehors de ton travail, comment occupes-tu tes journées ? Quels sont tes passent temps favoris ? (sports, lectures, …) ?
Je ne suis pas quelqu’un de très porte sur la lecture, mais je dessine beaucoup , pour des projets plus ou moins concrets. Je fais aussi pas mal de sport durant la semaine après le travail , et le week end est le bon moment pour apprecier la randonnee ou le Surf ( on est en californie, il faut bien en profiter ! )

9. Quels sont pour toi les avantages et les inconvénients lorsque l’on travaille pour un tel studio (salaire, rythme de vie…) ?
Le niveau de vie est bien sur un gros point positif, même si il faut garder à l’esprit que beaucoup d’étrangers, selon leur visa , doivent vivre en couple sur un seul salaire , l’époux ou l’épouse n’ayant pas le droit de travailler.
L’environnement de travail est incroyable et le challenge que représente l’animation de long métrage d’une telle qualité représente pour moi un gros point positif. C’est très stimulant et cela force à donner le meilleur de soit même jours après jours.
Le fait de travailler à l’étranger est pour moi aussi un gros plus. Se confronter à une culture différente et avoir à parler en anglais toute la journée me donne l’impression d’apprendre de nouvelles choses tout le temps!

Le seul inconvénient pourrait être le fait que ce genre de gros studio a besoin de gens tres spécialiser et que j’ai certainement perdu pas mal de mon apprentissage en modeling, rigging ou autre partie liée à la 3D en générale. Au jour le jour je ne fait que de l’animation …. Mais jusque là le reste ne me manque pas du tout, je suis 100% satisfait.

10. As-tu des conseils à donner aux aspirants animateurs qui souhaiteraient intégrer un studio aussi renommé que Dreamworks ?
Pour ceux qui veulent intégrer de gros studio comme Dreamworks, même si cela va paraître cliché, le seul vrai conseil c’est de s’accrocher et de continuer à travailler dur pour progresser.
Le plus dur est de se faire remarquer par les recruteurs. Ceci étant dit, grands studio ne veux pas dire bonheur assuré. Dreamworks est pour moi un endroit génial ou travailler mais j’ai vu des gens arriver et ne pas s’y plaire aussi bien que prévu. Cela dépend vraiment du profil des gens.

Un grand merci à toi (de la part des lecteurs et de la rédac) et très bonne continuation


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