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Léger au pays des cercles en action

Publié le 28 janvier 2012 par Lauravanelcoytte

Allez au cirque. Rien n’est aussi rond que le cirque. C’est une énorme cuvette dans laquelle se

développent des formes circulaires. Ça n’arrête pas, tout s’enchaîne. La piste domine,

commande, absorbe. Le public est le décor mobile, il bouge avec l’action sur la piste. Les

figures s’élèvent, s’abaissent, crient, rient. Le cheval tourne, l’acrobate bouge, l’ours passe

dans son cerceau et le jongleur lance ses anneaux dans l’espace […]. Allez au cirque. Vous

quittez vos rectangles, vos fenêtres géométriques et vous allez au pays des cercles en action.

Fernand Léger,

Cirque

, éditions Verve, 1950


Léger et Tériade

Cirque

est le chef-d'oeuvre gravé de Léger, entièrement réalisé par l'artiste en 1950 à la

demande de Tériade, l'un des plus grands éditeurs d'art du XX

e siècle. Après Divertissement

de

Rouault en 1943 et

Jazz de Matisse en 1947 et avant Cirque

de Chagall en 1967, il s'agit du

troisième livre sur ce thème commandé par les éditions Verve à des plasticiens. Il fait suite à

plusieurs ouvrages illustrés par Léger mais dont le texte était écrit par un autre (Cendrars,

Malraux, Eluard ...).

Entièrement réalisé par l'artiste, le livre est constitué de 113 pages tirées par Mourlot frères,

célèbres lithographes parisiens. L'ouvrage compte une couverture illustrée en couleur sur une

face et en noir sur l'autre, un frontispice en couleur, quatre illustrations en couleur sur double

page, 26 illustrations en couleur à pleine page, une illustration en couleur dans le texte, deux

illustrations en noir sur double page, 21 illustrations en noir en pleine page et 26 pages ornées

de dessins. Le texte a été écrit à la plume. Les gouaches aux vives couleurs et les dessins

puissants en noir et blanc font revivre avec spontanéité les souvenirs d'enfance à Argentan et du

cirque Medrano à Paris.

Léger écrit le texte après avoir achevé les illustrations. Reprenant la méthode de son ami

Cendrars, il utilise des phrases prélevées dans ses écrits antérieurs et les réassemble par collage

dans une logique proche du montage cinématograhique. Dans certaines illustrations, ces

contrastes sont accentués par la dissociation entre la ligne et la couleur. Ce nouveau procédé

rappelle le récent séjour américain de l'artiste durant lequel il fut marqué par la violence

intermittente des lumières nocturnes de Broadway. Le ton n'est jamais doctoral mais reflète, au

contraire, avec simplicité et clairvoyance les sensations ressenties par l'artiste lors de ses

pérégrinations à travers la campagne et autour de la piste. La pensée de l'artiste tournoie ainsi de

l'extérieur vers l'intérieur du chapiteau, reliant les souvenirs de jeunesse à son expérience du

monde contemporain.

Léger et le cirque : une métaphore du monde moderne

Passés les rideaux rouges, vous entrez sur la piste. Fernand Léger invite à voyager « au pays des

cercles en action » où les costumes éclatant de mille feux sous les projecteurs, la dynamique des

numéros qui se succèdent dans un tintamarre de sons sans lien narratif, la piste sphérique

traversée par les corps souples des acrobates enchantent le peintre qui y décèle une image

emblématique du grand spectacle de la vie moderne. Chez Léger, les personnages du cirque

voyagent d’un tableau à l’autre au même titre que les motifs de cordes, de barres, d’haltères,

d’échelles ou de ballons qui parsèment sa production depuis

Le cirque Medrano

(1918, Musée

national d'art moderne) jusqu'aux grands tableaux des dernières années tels

Les Constructeurs

ou

Les Loisirs

En tournant les pages de

Cirque

, le lecteur prend conscience d'une relation nouvelle qui s'établit

entre l'Homme et la nature à travers la modification tant des paysages que de notre rapport au

corps. Par le dialogue entre le texte et l'image qu'il permet, le livre constitue ainsi pour l'artiste

un outil adéquat afin de générer des sensations fortes, aptes à bouleverser le lecteur tout en

modifiant son regard sur le monde et sa capacité à agir. En cela, les recherches de Léger sur

l'univers des saltimbanques font de

Cirque

un testament artistique, magnifiquement accompagné

par la dernière série des Parades peintes avant le décès brutal de l’artiste en 1955.

Dans l'exposition, la mise en vue intégrale des pages de l'album permet d'explorer ce thème

fondateur chez Léger. En complément, une sélection d'oeuvres et de documents issus de la

collection du musée et de prêts (Musée national d’art moderne, galerie Leiris, collection Alain

Frère ...) évoque la permanence du thème du cirque chez l'artiste depuis 1918. Enfin un espace

documentaire contextualise l'importance de ce sujet dans l'imaginaire des artistes modernes et la

relation d'amitié entre Tériade et Léger qui aboutit à la commande du livre.

http://www.musees-nationaux-alpesmaritimes.fr/library/CP%...


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