Basculez dans une autre nuit au passage
de la « Στοα Αθανάτων », la porte des immortels...
mieux se vider avidement. Dans les oreilles un
mélange de musique grecque choisi par notre Djette d'un soir franco-grecque. On est deux à avoir envie d'écouter du sirtaki, des images de Zorba le Grec
plein la tête. La troisième nous met du rébétiko, nous traduisant les paroles des chansons. Surprenantes. Envoûtantes. Ça parle de drogue, de solitude. C'est drôle et pathétique. Ça dit une
époque que je ne connais pas, dont je n'avais pas idée. Ça dit beaucoup des minorités et c'est entraînant. Ça annonce une nuit d'ivresse. C'est une belle invitation à l'abandon et à la mélancolie
joyeuse. Il est temps de bouger les popotins, d'étirer les gambettes, d'agiter les épaules. La nuit nous appelle. Et on n'est pas les seules à y répondre à cet appel. Les métros sont
pleins. Direction le centre.
On hésite entre Omonia et Psiri. Finalement direction Omonia, plus particulièrement le marché couvert auprès duquel se
tient "the" institution du rébétiko, « La porte des immortels ». J'en frissonne de curiosité. Autour d'Omonia il y a du monde à 1h du matin. Des passants achètent des journaux.
Attendent un bus, un taxi. Quelques phares se perdent dans la nuit. Nous zigzaguons à la recherche de la bonne rue. Nous en passons des petites mal éclairées. C'est une de celle-ci. Un panneau en
l'air nous indique le passage. Nous pénétrons...
Mais le rébétiko c'est quoi en fait?
Petit cours de culture et d'histoire par mon amie Electre. Pour plus d'informations et de ressentis jetez plus qu'un coup
d'œil au superbe roman graphique d
e David Prudhomme, prix regards
sur le monde au Festival d'Angoulême de 2010 Rébétiko (la mauvaise herbe). Le rébétiko est une musique des réfugiés d'Asie mineure dont certains musiciens grecs ont récupéré les motifs
musicaux. Musique qui décrit principalement la misère sociale. En 1922, la population se déplace : elle arrive en Grèce et devient de suite une catégorie mal intégrée et fragile, en proie à la
prostitution et à la drogue. Les immigrés s'approprient alors d'autant plus cette musique pour décrire leur dur quotidien, leur misère et le peu de considération dont ils font l'objet. Le
phénomène touche surtout les villes, encore plus les ports et encore plus la ville de Thessalonique. Des substances circulent dans les bars où on écoute le rébétiko. Lors de la dictature en 1974
et 1975 les établissements sont fermés mais la musique n'est pas oubliée. Jusque là très mal vue, musique des bas-fonds, elle est soudain appréciée par les élites, mise à la mode, perdant sa
connotation plus que négative. Elle devient un phénomène pour les touristes aussi. Même si de nombreux grecs – des personnes âgées – n'écouteraient pour rien au monde cette musique "satanique".
Et iraient jusqu'à la gifle s'ils apprenaient que leurs petits-enfants vont communier le temps d'une danse lascive dans les rébétika.
