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E-santé : où en sommes-nous ?

Publié le 17 février 2012 par Fabricevezin @FabriceVezin

Associé souvent au domaine de la e-santé, le DMP est la partie visible de l’iceberg. Est encore, cela est lon d’être le cas auprès du grand public, vu son faible taux de création en France à ce jour (lire mon précédent article sur le sujet). 

Pourtant cela pourrait être une véritable révolution dans le suivi médical et le traitement des patients en France.
Révolution dans la relation entre les malades et l’ensemble des professionnels de santé, qu’ils soient du secteur public, du secteur libéral, de la ville ou de l’hôpital, autour de l’échange des informations et la rapidité des décisions prises et partagées.

Car en termes d’avancées technologiques, nous ne sommes plus “très éloignés” des expérimentations autour d’intervention chirurgicales à l’aide de robots à la place des praticiens, ou ceux-ci opéreront via des écrans ou des tables tactiles genre Kinect. Ecrans tactiles, également sous la forme de smartphones ou tablettes, dont l’essor est en train véritablement booster le sujet de la e-santé, avec l’émergence de ce qu’on appelle la m-santé ou mhealth, la santé via les mobiles.
Un secteur où plus de 17 000 applications mobiles dédiées à la santé sont à disposition de tous, permettant à chacun de suivre son état de santé…ou sa courbe de poids !

Car la principale définition de la médecine de demain, via les axes majeurs que sont la télésanté et la télémédecine, est une médecine « préventive », répondant aux enjeux de santé publique exprimés plus tôt.
Une médecine plaçant le patient, de préférence maintenu et suivi à son domicile, au cœur de la stratégie de soins liée à sa santé. Il devient acteur de sa santé, prend en charge le nécessaire suivi d’indicateurs, qui aideront, le professionnel de santé, situé au sein d’un plateau médical distant, à prendre le meilleur choix possible selon l’analyse faite des données personnelles du patient, à sa disposition. Données médicales qui lui auront été remontés à l’aide de capteurs situés au domicile de son patient.

La donnée médicale personnelle est d’ailleurs au cœur du marché de la e-santé actuellement, car c’est véritablement le poumon, l’épine dorsale de l’écosystème qui se met en place sur ce marché.

En effet, comment récolter, enregistrer, partager, analyser, exploiter, tout en assurant un niveau de sécurité et confidentialité irréprochable, les données médicales de nos concitoyens pour proposer des solutions thérapeutiques adaptées.

Un des enjeux majeurs de ce marché se situe au niveau de la captation de ces données médicales, le spectre des devices utilisés est aujourd’hui très large. Cela passe par de la saisie volontaire du patient via un site communautaire ou sur son smartphone via une appli santé téléchargée gratuitement depuis un web store, mais aussi par la TV couplée à une plateforme médicale permettant d’assurer un suivi à distance, ou encore via des capteurs de plus en plus transparents que l’on porte sur soi ou que l’on ingère sous forme de pilules.

De nombreux acteurs, nationaux ou internationaux, industriels ou startups, équipementiers ou opérateurs, ont investi ces dernières années, voir ces derniers mois, un marché en pleine mutation et prédit à un bel avenir sont différents experts.
C’est toute cette chaîne de valeur qui tente de se mettre en place en France, avec ces innombrables acteurs allant du gouvernement, aux pure players.

Du côté de la télémédecine, de nombreuses expérimentations locales, fautes de financements suffisants pour une phase de déploiement, risque forts de s’arrêter au détriment de résultats souvent positifs. Faute de moyens suffisants (selon certains experts) confiés entre autre aux Agences Régionales de Santé, pour assurer le financement des projets expérimentaux les plus pérennes, les financements “pourraient” venir d’acteurs privés tels que les laboratoires pharmaceutiques, contraints de faire évoluer leurs modèles économiques de fabricants de médicaments en fournisseurs de services santé.
Acteurs en quête de solutions leur permettant « d’approcher » au plus près ce patient, auquel ils n’ont pas accès directement au vu des réglementations en vigueur en France. Et dont , les analyses des données médicales collectés sont une source d’information incontournable en termes d’observance, de bon usage du médicament, d’études cliniques, pour proposer des nouveaux axes thérapeutiques.
Cependant, d’autres acteurs économiques tels que les assureurs et mutuelles sont de plus en plus présents sur ce marché.

Quoi qu’il en soit, la France accuse un retard en termes d’organisation de son système de soin intégrant les technologies liées à la e-santé, en comparaison au pays du nord de l’Europe et aux Etats-Unis. Constat que récusent souvent les politiques ou les responsables d’instances en santé, tel Jacques Lucas, Vice-président chargé des Systèmes d’Information du Conseil National de l’Ordre des Médecins, qui concluait la conférence Mhealth tenue à Paris en novembre 2011, par ces propos concernant les différences de système de santé entre les Etats-Unis et la France : « la culture américaine ne peut pas être transposée en France, dans la mesure où elle ne repose pas sur les mêmes principes de protection des données personnelles ».

Cela sera également un enjeu majeur pour notre pays, que d’organiser cette mutation structurelle qui nécessitera un effort important de formation des professionnels de santé plutôt habitué à une pratique individuelle, surtout en médecine de ville.
Et également une refonte des règles de fonctionnement et de responsabilités juridiques : qui sera responsable lorsqu’un médecin-expert interviendra à distance pour piloter un autre intervenant au chevet du malade ou le malade lui-même ?  Sans oublier les modalités de rémunération/remboursement de ces nouveaux actes « médicaux »…

A n’en pas douter, on n’a pas fini de parler des potentiels de la e-santé !



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