Les amours terribles

Publié le 06 mars 2012 par Melleh @mellehache

Tabitha by Lu Cong

Il m’aurait fallu une bonne dose de courage à défaut d’amour pour l’appeler. Mais je n’ai pas pu. L’empathie à son égard me manque cruellement. Pourtant le même sang coule dans nos veines. Rien à faire. La moindre perspective d’entendre sa voix me paralyse.

Il vient de passer un mois complet à l’hôpital, dont quinze jours dans le coma, et la seule chose à laquelle je pense c’est à cette horrible dispute que nous avions eu en août 1996. Toute notre relation si bancale et fragile résumée dans ces 15 minutes de délire. Nous étions plantés là, au milieu du grand salon, l’un en face de l’autre, tels deux grands malades, les yeux exorbités pleins d’une colère sourde, dans l’incapacité la plus totale de se parler autrement que par son silence dédaigneux ou mes cris de rage,  son autisme contre mon hystérie, enfermés chacun dans sa folie, jusqu’au claquement de porte final. Fin de la pièce. Rideau et puis silence. Un silence qui a duré 8 ans.

Le mépris a fini par tout emporter, tout ravager, tout déconstruire, du moins le peu qu’il restait encore de tendresse ou de fausse bienveillance. Nous nous sommes reparlés depuis ce fameux jour. Nous nous sommes même revus dans des conditions plus propices à l’écoute, au partage.  Mais rien n’y fait. Je me demande encore ce qui fait qu’il est mon père.

J’ai un trou énorme dans le coeur avec de l’amertume à l’intérieur.

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