Profilage criminel : tentative N°3 (2)

Publié le 20 mars 2012 par Zegatt

Suite de l’article concernant les exécutions de Toulouse.

Quelques indications supplémentaires sont tombées dans la presse ces dernières heures. Elles permettront d’affiner un peu le profil (encore une fois très généraliste, et que je ne prétend en aucun cas fiable à 100%) que je tentais de dresser hier.

D’un point de vue chronologique, nous savons maintenant que le scooter utilisé par l’agresseur a été identifié et qu’il s’agit d’un deux roues volé le 6 mars (à prendre avec des pincettes, je n’ai qu’un seul site qui donne cette information). Cela permet d’établir une mise en place du passage à l’acte sur une courte durée : à peine 5 jours avant le premier assassinat. Si une fois de plus on compare ce cas à celui de Breivik, la différence est monstrueuse : moins d’une semaine pour l’un, plusieurs mois pour l’autre. Là où Breivik prend le temps d’apprendre à faire une bombe, de commander ses “ingrédients” pour explosif, de choisir une date fatidique et un lieu symbolique, le Spree Killer semble ici bien plus empressé, bien moins réfléchi. La chance que celui-ci soit d’un QI très élevé diminue du même coup, ainsi que celle de voir poindre un traité légitimant ses actes comme l’a fait Breivik avec son 2083, nom donné en résonance au 1984 de George Orwell, déployant une vision totalement obstruée de la société…

Autre aspect, l’information a été avancée par le Ministre Guéant mais le procureur est revenu dessus (sans nier non plus) : le Spree Killer se baladerait avec une caméra en harnais, un système utilisé parachutiste, entre autres, mais que l’on trouve sans problème dans le commerce. Si cela devait être confirmé pour de bon, cela rendrait la probabilité que le Spree Killer soit passé par l’armée d’autant plus forte (un élément de plus à charge, après le maniement des armes, le relatif professionnalisme, l’attaque sur des militaires et le tatouage).
L’emploi d’un tel dispositif, s’il devait être avéré, n’intervient pas pour le satisfaire personnellement. Un tueur en série aime revivre ses actes, garder des souvenirs de ses actes (trophées), collectionner la presse autour de ses faits et gestes. Photos, articles de presse, vidéos, objets divers font partie des objets régulièrement trouvés auprès de Serial Killers, dans le but de fantasmer, revivre l’acte, s’exciter et souvent, se satisfaire. Chez un Spree Killer, la seule jouissance à tirer de telles images n’a rien de sexuelle, c’est une satisfaction en rapport au pouvoir exercé. Plus probable encore, s’il y a bien vidéo, il est envisageable que le Spree Killer s’en serve pour effectuer un montage et d’en faire une diffusion, le tout accompagné d’un speech patriotico-épurationiste (ici encore, on trouve un parallèle avec Breivik et son manifeste, cette fois dans une version vidéo ; ou, dans un autre style, cela rappelle les vidéos de nombreux Mass Murderers, en particulier les cas d’étudiants sur des campus américains dont on trouve quelques heures avant le passage à l’acte une mise en ligne de vidéo sur Youtube).

Un Colt .45, arme des trois scènes de crime

Information glanée au hasard de commentaires,  à peine une quinzaine de minutes après l’attaque de lundi, les forces de l’ordre étaient déployées en terrestre et via hélicoptères, et faisaient donc chou blanc. Cela suppose soit que le Spree Killer a abandonné son scooter très vite, soit, plus probable, qu’il avait déjà préparé un site pour son échappatoire, qu’il s’agisse de son domicile ou d’un simple parking (privé probablement), d’où il n’a pas eu à reprendre le scooter (celui-ci aurait été aperçu sinon).

Cet élément, ainsi que le repérage des lieux de passage à l’acte, indiquent une préparation qui, si elle laisse sa place à l’inconnu (cibles, réaction des gens autour, etc) est en tout cas travaillée pour ce qui est des déplacements et de la façon de filer une fois ses forfaits accomplis. Il semblerait (mais l’information que j’ai n’est pas précise) que la première victime ait été contactée pour acheter une moto et le point de RDV fixé. Donc un lieu imposé, une cible déterminée.
Puis viennent, au hasard d’une rue, les 3 militaires – identifiables comme tels – qui sont pris pour cibles, deux exécutés. Le risque est croissant, comme je l’ai déjà indiqué, les préparatifs moindres. Il est probable qu’entre l’évènement 1 et 2, il y ait eu une prise de confiance importante ; le Spree Killer s’est prouvé qu’il pouvait tuer, il passe au stade supérieur.
L’attaque de lundi est plus problématique, plus paradoxale. Depuis 24-48h, la certitude est faite quant au lien entre les évènements 1 et 2, les médias s’y intéressent d’autant plus, ce qui doit satisfaire le Spree Killer. Mais dans le même temps, des précautions sont prises par les militaires pour diminuer les risques. Et puis, surtout, l’une des cibles du 15 mars du Spree Killer est en vie. Le choix d’une attaque en milieu urbain total, à une heure d’affluence est une grande prise de risque. Mais son type de cible, quand bien même la symbolique (enfants) est plus forte, offre aussi un risque réduit par rapport à des cibles militaires. Manque de confiance ? Simple précaution ? Ou bien diversification des cibles pour élaborer son épuration paranoïaque ?

Notez du même coup le changement d’armes, démarrant son attaque de lundi avec un mini-uzi, appareil bien plus connoté militairement (et paradoxalement, puisqu’il s’agit du même fabricant que pour des uzis classiques, de fabrication israélienne, le fait n’est pas anodin). Ce type d’arme permet d’”arroser”, suppose un geste plus ample. Cela à cause du nombre de victimes potentielles ? Ou bien un choix suite au “raté” du 15 mars sur le troisième militaire ? Bref, raté là aussi : l’arme vient à s’enrayer rapidement, et l’homme repasse sur son colt .45 classique de calibre 11,43 (et non 7,62 comme je l’ai écrit sur l’article précédent).

Ces différents ratés ont probablement un impact sur son Modus Operandi et ses choix lors du passage à l’acte. De la même façon que la machine médiatique et politique qui frétille dans tous les sens depuis 24h a des implications sur lui ; satisfaction ou volonté de puissance renforcée, et élaboration d’un potentiel passage à l’acte futur…

Mini-uzi, arme employée lundi matin

Les hypothèses sont donc les suivantes : un homme avec un passé militaire, de culture chrétienne, de “race” blanche, habitué à vivre en ville et à se déplacer sur un deux roues, habitant depuis de longues années dans la région, probablement issu d’un milieu à dominante patriarcale et autoritaire (les personnes qui créent une “grille de lecture et d’organisation” de la société le font rarement seules, il y a régulièrement un milieu familial pour accompagner cette lecture du monde), âgé d’environ 30 ans (27-35 ans), potentiellement avec un casier judiciaire (le Colt .45 est une arme employée dans le banditisme, et le scooter a été volé), vit en célibataire à l’heure qu’il est, pas d’emploi fixe (ou alors des horaires très limités à l’heure actuelle), milieu social moyen voire faible, niveau d’études limité – peut-être une orientation professionnelle de ses études jeune…

Pour le reste, je maintiens ce que j’ai supposé dans l’article précédent, s’il se passe des choses, cela se fera dans les prochaines 36h (quitte à ce qu’on ne le sache que plus tard), d’ici jeudi midi au plus tard. Avec l’emballement médiatico-politique et les cérémonies prévues demain pour les soldats exécutés, un passage à l’acte (pas forcément dans la violence ; cela dépend pour beaucoup du but recherché par le Spree Killer et plus que tout, de sa capacité de réflexion) est à envisager.

Affaire… à suivre.