Magazine Journal intime

Fraternité

Publié le 13 mars 2008 par Sylphide Callipyge

« Je m'baladais sur l'avenue le cœur ouvert à l'inconnu… ».
Un après-midi d'hiver, j'arpentais les rues de Ploukville aux côtés de ma grand-mère. Il faisait « un temps de sport d'hiver » d'après elle.
C'est une des rares phrases que j'ai pu percevoir au milieu de ce brouhaha ininterrompu fait de klaxons, de voitures démarrant en trombe, de mères grondant son petit et de commerçants faisant valoir la qualité de leur marchandise.

« Ce foulard, madame, est d'une qualité inégalée dans le monde, c'est moi qui vous le dit ! »
Le carrefour, il ne désemplit jamais. Toujours du monde, toujours des voitures… un piéton imprudent, des crissements de pneus…
« Tsss… il y a de plus en plus de SDF, c'est pas croyable ! »
Je me retourne à la remarque de ma grand-mère.
En effet, il y avait un homme assis en tailleur avec son petit chien dans les bras. A ses pieds une pancarte disait : « Pour manger S.V.P. »
La société va mal.
« Au lieu de rester assis-là il ferait mieux d'aller chercher du travail ! »
J'imagine la scène.
Un immeuble immense et froid se dressant devant notre homme. Il attacherait son petit chien à un poteau tout en lui recommandant de rester bien sage en l'attendant. A la réception, on lui intime d'attendre dans le hall tout en pinçant le nez et se retenant de rire. On l'inviterait ensuite à entrer dans un bureau. Là, une femme. Tailleur gris sans l'once d'un pli, chignon parfait, lunettes métallique lui donnant un air de maîtresse d'école. Elle fleure bon le parfum hors de prix. Elle ne se lèvera pas, ne lui demandera pas de s'asseoir. Elle se contentera de froncer les sourcils et l'informerait que la place est déjà prise. Le tout sur un ton sec se voulant le plus poli possible. L'annonce était pourtant vieille d'une journée. Notre homme s'en irait donc dans l'autre sens.
Je garde mon scepticisme pour moi. Comment voulez-vous faire comprendre à 2 générations au-dessus de vous qu'il ne suffit pas de se lever ?
De toute façon, je n'ai que 20 ans, alors je ne peux pas comprendre la vie.
« Ne prend pas cet air compatissant, tu verras quand tu auras mon âge, tu comprendras bien des choses… »
Je m'arrête un instant pour la regarder. Qu'est-ce-qui m'empêche de dire que je ne veux pas lui ressembler plus tard ? Que pour ça, il suffit seulement d'un peu de bonne volonté de ma part.
Je regarde ce petit bout de femme qui a traversé la vie sans le moindre regard pour les autres. Je me demande combien ils sont comme ça à ne regarder la vie que par le trou de la serrure. Est-ce bien de là que vient notre société sclérosée ?
On passe devant la mairie. D'où vient cette envie soudaine et violente d'aller arracher une à une les lettres formant le mot FRATERNITE ?


Je me souviens d'une émission vue à la télé. Un homme disait : « on ne peut pas accueillir toute la misère du monde dans notre pays »
J'ai une question pour lui : et concrètement que proposez vous de faire pour la misère déjà installée dans notre pays ?


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