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Quatre-vingt seize heures et quarante cinq minutes plus tard....

Publié le 20 avril 2012 par Fabrice @poirpom
Quatre-vingt seize heures et quarante cinq minutes plus tard....

Quatre-vingt seize heures et quarante cinq minutes plus tard. Ici, maintenant. Coincé entre un hublot et Fat Boy Slim sur le siège d’à côté.

Le commandant de bord annonce la durée du vol. Neuf heures et cinquante minutes. Dont quelques unes seront consacrées à la ronflette pure et dure. Obligatoire.

Il est impératif de fermer les yeux. Au moins quelques instants. Pour remettre la main sur les souvenirs récents. L’ordre chronologique est très secondaire. Il s’agit plutôt de brosser un portrait. De ce qui n’a pas de visage.

Quatre-vingt seize heures.

Trois d’entre elle pour un dîner avec Obélix. Moins d’un an en arrière, c’était un sac d’os en perdition. Un être perdu qui ne se nourrissait plus. Ou si peu. Et si mal. Un être perdu impossible à remettre sur les rails. Cogner dessus ou la serrer fort, rien n’y faisait.

La même, aujourd’hui, dînant chez elle: hoummous en entrée, lasagnes en plat, camembert et bleu en fromage, fracture d’une cloche en chocolat en dessert.

Calorieland

Elle s’arrête pour respirer mais à peine.

À vingt et une heures, elle ressort de chez elle.

Il n’y aura jamais assez de pain pour le hoummous et le fromage. Faut s’dégoter une autre baguette.

En plus d’avoir une dalle de hyène, elle a pété une semaine de snowboard avec une copine il y a quinze jours et un week-end à cheval dans la forêt de Rambouillet avec une autre copine.

Et la hyène, en dessert, régale le zouzou.

D’la pure jamaïcaine…

Ouais. Le sac d’os en perdition est de retour dans la place. Elle a même pécho. Elle mettra deux petites heures avant de cracher sa Valda.

Il a un prénom nul mais il est super.

Obélix est en vie. Et c’est beau.

La longue parlote avec Puce, le dimanche soir, à la maison. Se risquer à verbaliser certaines émotions. Contextualiser. Confesser des secousses internes. Peu de gens offrent l’écoute pour recevoir ces infos.

Il y a Puce.

Dormir à la maison, c’est possible. Sauf lundi et mardi. Une cousine et ses deux gamins déboulent.

Puce fait aussi des blagues. Des très bonnes blagues. Pour un voyage de quatre-vingt seize heures entre dimanche et jeudi, un lit indisponible les lundi et mardi, c’est vraiment une très bonne blague.

Alors dodo chez Doro. Les Lilas. Petite baraque planquée dans une impasse. Une bicoque avec meubles à bibelots dans la salle à manger. Une chambre à l’étage. Quatre oreillers moelleux. Une couette et une couverture moumoute. Un lieu de rêve pour bricoler un cadeau pour indigène vénézuélien, tard le soir, assis en tailleur. Le meilleur lit du monde pour des conversations électroniques tardives avec Caracas. Mais 6h30 de décalage horaire ne facilitent pas le repos.

Des livres bien rangés sur l’étagère. Une petite photo de Doro adolescente sur la table de chevet.

Doro vit dans une maison de parents. Celle de ses parents.

Un dimanche après-midi, gris et froid. Mais doux, passé à faire du lèche-vitrines dans le Marais.

Aller récupérer la bécane, même pour quelques jours. S’assoir sur la selle. Fermer les yeux. Appuyer sur le démarreur. Vrombissement. Vibration. Le cul sur l’acier tremblant, se sentir enfin à la maison.

Qui peut comprendre?

Une soirée dans un bar avec l’équipe parisienne qui démarre gentiment la prépa de la campagne 2012. La patronne est radieuse, Leen-C revient de New York et se la raconte avec ses Jordan argentées, K-Ro monte lentement l’équipe terrain pour aider Jou-Jou, S-Bolla se drogue toujours autant mais a trouvé un appart’, un vrai. Et les autres, Mandeen, Steena et des nouvelles gueules. Des stagiaires, la nouveauté 2012.

Trois jours dans les bureaux parisiens avec cette équipe à point. Passés à taper des barres de rire pour dérider les stressé(e)s, réchauffer les cœurs et lutter contre les mauvaises surprises qui arrivent, même pendant trois jours.

Le dernier soir, le mercredi, au Baron Samedi. Tout le monde bosse. Tout le monde est débordé. Mais tout le monde déboule. Avec un grand sourire. Et une grosse envie de pinte. Et la même question sur les lèvres.

Alors, Caracas?

Go-Mar, Leen-C, Mateo, Obélix, Rash Hell, Mar-Teenee, Lal-1, K-Ro, Doro.. Des gueules qui comptent, des gueules qui plaisent. Les heures qui défilent. Les pintes qui s’enchaînent. Le bar qui ferme, Guilch’ qui garde les survivants pour un dernier verre.

Retour à pied. Ascension de Belleville. À la maison, malgré l’ivresse, préparation du paquetage. Le sac à dos noir dégueule. Entre les quelques bricoles pour les nouveaux potos et d’autres bricoles encore, pour Jou-Jou, récupérées chez son papa, c’est un boulet noir avec deux sangles qui fait office de bagage à main. De seul bagage.

Effondrement.

Réveil douloureux le jeudi matin. Douche salvatrice. Trajet en RER compressé contre une porte. Et somnolent. Dangereusement.

Enregistrement rapide. Attente à la douane où une hôtesse est positionnée là uniquement pour inviter les gens à se diriger vers les postes de douane, lorsque l’un d’entre eux se libère. Elle voit un badge sur le boulet qui dégueule - le seul bagage à main.

Aaah… Caracas… Hé visto muchos venezolanos esta semana.

Un poste se libère. Elle doit faire son travail. Elle tend la main vers ledit poste.

Bon voyage.

Dans la salle d’embarquement, une annonce en trois langues. Incident technique, réparation au sol, quarante cinq minutes de retard.

Quarante cinq minutes de ronflette, le cuir roulé en boule sous la tête, affalé dans un siège ergonomique.

Point de départ de ces quatre-vingt seize heures: l’atterrissage à Roissy, le dimanche dans la matinée. Et la claque climatique au moment de la première clope sur le territoire français. Ouverture des portes automatiques en verre et putain de sa race vingt degrés de moins allez tous vous faire voir bande de super nazes pays de cons…

Quatre-vingt seize heures et quarante cinq minutes plus tard, donc. Après un séjour éclair à Paris pour le boulot et un incident technique au sol. Ici, maintenant. Coincé entre un hublot et Fat Boy Slim sur le siège d’à côté. Avec le magazine de la compagnie aérienne entre les mains. Des pubs, des pubs, des pubs. Dont une, pour BAUME & MERCIER, maison d’horlogerie depuis 1830.

Un couple. Un décor idyllique. Il a son bras autour de son cou. Elle lui tient la main. Ils se sourient. Il a une montre, elle a une montre, mais ni l’un ni l’autre ne regardent l’heure.

Flottant au-dessus de leur tête, une accroche. Ce que raconte cette image. Un truc idéal pour le mot de la fin.

Bien joué, les pubards.

Life is about moments


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