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Cavale

Publié le 13 juin 2012 par Kinopitheque12

Lucas Belvaux, 2001 (France, Belgique)

Cavale

Tout part d’une idée : faire des personnages secondaires les personnages principaux. Un couple épatant Cavale Après la vie, trois films dans lesquels les personnages secondaires d’une histoire deviennent les acteurs principaux d’une autre et inversement. Catherine Frot, Ornella Muti, Dominique Blanc, Gilbert Melki, François Morel et Lucas Belvaux jouent ainsi presque tous dans les trois films. L’espace est le même, Grenoble, le temps du récit est le même, quelques jours. Seuls les genres cinématographiques diffèrent. Cavale est un polar.

Isolé de l’ensemble, le segment est toutefois loin de captiver. Alors qu’il se décide à jouer le rôle du terroriste par obligation après un désistement, Belvaux acteur est approximatif. La musique est sans intérêt. Les lieux communs du genre sans attrait (les filatures, les fusillades, le flingue monté et démonté les yeux fermés, etc.). Le rythme absent (le jeu des acteurs et leurs échanges ayant été privilégiés au montage). Le réalisateur avoue même ne pas avoir été motivé par le thème du film policier, seulement par la traque : un homme fuit la mort et cavale pour ses idées.

Donc le film n’intéresse pas mais le personnage, si. Bruno (Belvaux) s’évade de prison. Terroriste de la révolution prolétarienne, il mène ses propres actions pour se faire entendre et libérer ses anciens camarades. Le malfrat présenté, il faut préciser que ce ne sont pas non plus ses revendications politiques ni ses engagements qui retiennent notre attention mais plutôt ses relations possibles avec les autres personnages. Il y a des années, il aurait pu vivre avec Jeanne (Frot), une ancienne militante qui s’est rangée. Puis le hasard le place aux côtés d’Agnès (Blanc), la toxicomane et femme d’un flic (Melki). Son passé se dessine, son avenir s’imagine. Au présent, il court, se cache et fuit à nouveau.

La véritable réussite du projet est alors dans le hors champ. Chaque film est un segment de vies et les trois s’éclairent mutuellement. Ils trompent sur les personnages, n’en livrent qu’un bout, qu’une attitude ; l’impression laissée sera peut-être corrigée avec le changement de point de vue du film suivant. Chaque partie constitue ainsi un hors champ pour les deux autres. Par ailleurs, le spectateur prolonge ces récits, construit sa propre relation aux personnages, fait marche arrière quand une scène déjà vue est abordée sous une autre perspective. En définitive, en dépit des imperfections, à condition de dépasser la simple vision d’un segment, le spectateur finit tant bien que mal par s’approprier le projet.


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