Magazine Poésie

Petite musique d'ennui

Publié le 02 octobre 2012 par Lauravanelcoytte

LE MONDE |01.10.2012 à 15h00

Par Renaud Machart (C'est à voir...)

Une fois de plus, j'avoue avoir été choqué par l'habillage sonore indiscret et vulgaire qui affecte de plus en plus les émissions du PAF. Que vous regardiez le concours trash "Le Grand Perdant" (un affrontement guerrier entre super-obèses soumis à un régime amincissant express) sur W9, "Masterchef" sur TF1 ou un documentaire d'Arte, comme l'instructif (pour le nul en histoire que je suis) "De l'Orient à l'Occident", dimanche 30 septembre en fin de matinée, une partition d'effets sonores très "premier degré" se superpose aux propos de manière souvent écoeurante par des rythmes haletants, des coups de poing percussifs et des moments de guimauve auriculaire.


Pour me reposer l'oreille, j'ai regardé le premier ministre s'exprimer, dimanche à 21 heures, sur TV5 Monde, dans "Des paroles et des actes", dont j'avais raté le direct, jeudi 27 septembre, sur France 2. (Honte sur moi : j'ai lamentablement succombé, une fois encore, à l'attraction fatale de "Masterchef" sur TF1.) De sorte que j'ai entendu les commentaires sur cette longue interview de Jean-Marc Ayrault avant d'avoir regardé celle-ci.

Dans l'excellent numéro de "C dans l'air", d'Yves Calvi, vendredi 28, sur France 5, Guillaume Roquette, directeur de la rédaction du Figaro Magazine, disait avec justesse que le premier ministre, pris il est vrai dans un feu criblant de questions précises et insistantes, donnait l'impression de parler "par éléments de langage", comme on dit désormais, c'est-à-dire en formules préparées d'ordinaire par les conseillers et "plumes" pour les discours des figures publiques.

Les bases de la rhétorique classique sont gouvernées par ce qu'on appelait les lieux communs, mais on est loin de l'esprit de l'éloquence antique qui fournissait, dans un cadre attendu, d'étonnantes surprises à l'auditeur ou au lecteur. La marge de manoeuvre politique et la capacité de rhéteur du premier ministre sont sûrement trop minces pour un tel exercice.

Jean-Marc Ayrault, en sus d'un physique de proviseur de lycée (j'ai entendu dire cela plusieurs fois : l'image doit donc être juste), possède une voix atone, assez haut placée, qui ne corrige pas cette impression. (Cette neutralité est bien loin du phrasé chantant mais terriblement "beaux quartiers" d'Edouard Balladur ou du chaud violoncelle de François Fillon.) Chacun sait que le peuple ne vote majoritairement pas pour un programme (qui a vraiment lu les "Soixante engagements" de François Hollande ?) mais pour une personnalité, et, comme en cette dernière élection présidentielle, contra plus que pro.

Jean-Marc Ayrault est sûrement "un type bien", comme dit Michel Rocard, mais il lui manque cette chose dont l'absence saute cruellement aux yeux et aux oreilles : le charisme. Jean-Marc Ayrault, quelles que soient ses qualités et son honnêteté, son expertise et son courage, nous joue, hélas, une petite musique d'ennui qui mériterait, pour le coup, un peu de ce maquillage sonore qui, trop souvent à la télévision, noie l'oreille du téléspectateur.

Renaud Machart (C'est à voir...)

http://www.lemonde.fr/idees/article/2012/10/01/petite-mus...

Je précise que cette article n'est pas de moi (lien vers la page citée et si possible son auteur)mais que je suis auteure et que vous pouvez commander mes livres en cliquant sur les 11 bannières de ce blog


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