Collaboration

Publié le 23 octobre 2012 par Papote

Un matin d'il y a une dizaine de jours, dans ma voiture, je tombe sur cette affiche. J'avoue que je n'ai pas été beaucoup plus loin que les noms des deux têtes d'affiche : Michel Aumont et Didier Sandre sur une même scène !
Et jusqu'à hier soir, soir de la représentation, je ne me suis que très accessoirement renseignée sur la pièce " Collaboration" qui nous était proposée.

Maintenant que je l'ai vue, sur un strapontin MAIS au quatrième rang (en même temps, c'était un peu ça ou rien alors...), je peux vous en parler de façon un peu plus éclairée.
Il s'agit de l'histoire d'amitié qui a lié Richard Strauss, compositeur allemand, et Stephan Zweig, écrivain autrichien, de leur rencontre en 1932 à 1948. Strauss avait besoin d'un librettiste (c'est à dire de quelqu'un qui écrit le scenario d'un opéra) car le sien était décédé. Il rencontre Zweig, auteur célèbre. Ils s'admirent mutuellement et un opéra sortira de leur collaboration, " La femme silencieuse" (ne me demandez pas, je ne le connais pas !).
En même temps que naît leur collaboration, le nazisme s'installe et se développe en Allemagne, puis en Autriche. Richard Strauss n'est pas insensible aux idées d'Hitler quand il y voit le moyen d'imposer ses vues sur la musique allemande mais, c'est aussi, et avant tout, un artiste qui refuse que son art soit soumis aux diktats de la politique. Zweig est très célèbre mais il est juif et, très tôt, il comprend toutes les implications de la situation et finit par s'exiler. Malgré toute sa volonté d'opposition, Strauss se verra contraint de collaborer avec les Nazis pour sauver certains membres de sa famille, juifs...

La pièce est d'abord légère et enjouée. Les hommes se rencontrent, se frottent, s'apprivoisent. Pauline Strauss, l'épouse de Richard, donne de la couleur et du piquant grâce à son franc-parler devenu légendaire.
Et puis, les dates défilent sur le rideau translucide. Le temps avance, l'Histoire aussi. Quelques mesures des musiques de Strauss, des bottes militaires qui défilent, quelques paroles d'un discours du Führer scandent les noirs. Les scènes s'enchaînent avec rythme mais l'émotion rattrape. L'ambiance se fait pesante. On connaît l'inéluctable. On a envie de saisir ce pauvre Strauss vieillissant et de lui dire qu'il vit dans " un château de rêves" au milieu de chimères. Zweig s'exile. Zweig se suicide. Strauss survit. Strauss passe devant la commission de dénazification !
Didier Sandre promène sa classe et son intelligence tout au long de la pièce. Pas de gestes inutiles, pas d'émotions jetées en pâture aux spectateur. Il endosse le rôle d'un Stephan Zweig tout en retenue et en charme.
Michel Aumont est à l'image de la musique de son personnage : bouillonnant. C'est un expansif qui nous offre toute la palette de son talent et de ses émotions. Son dernier monologue vaut, à lui seul, le détour. Sublime d'émotion, de douleur, de colère, de frustration, de rancoeur.

Un énorme coup de chapeau aussi à Eric Verdin, Stéphanie Pasquet et Christiane Cohendy (superbe Pauline Strauss) dont on parle peu mais qui campent des seconds rôles forts !
En conclusion : une très belle pièce qui vaut surtout pour la collaboration entre les deux comédiens et pour l'histoire (que l'on ne connaît pas forcément) que pour la qualité des dialogues ou la mise en scène qui, quoique très sobre, m'a quelque peu gênée à cause des nombreux noirs entre les scènes qui finissent pas plomber un peu le rythme et briser l'atmosphère...

C'était une représentation unique à Bordeaux mais la pièce tourne dans la France entière... Si elle passe près de chez vous, n'hésitez pas ! Même sur un strapontin, on ne voit pas le temps passer... Et on a comme envie de relire du Zweig en ressortant de là !

A bientôt !

La Papote