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Le Carrosse d'Or (Jean Renoir, 1953)

Publié le 28 octobre 2012 par Doorama
Le Carrosse d'Or (Jean Renoir, 1953) Au XVIIIème siècle, une troupe de la Commedia dell'arte se produit dans une colonie espagnole d'Amérique du Sud. La belle Camilla, la Colombine de la troupe, est  courtisée par trois hommes : le comédien Felipe, le toréador Ramon et même le vice-roi Ferdinand. Lorsque Ferdinand décide de lui offrir le Carrosse d'or, symbole de la Cour qui attire bien des convoitises, il provoque un scandale à la Cour ainsi que la jalousie des deux autre prétendants.
A l'occasion de sa ressortie en salle le 31 octobre (merci Les Acacias), c'est assis derrière Mathieu Amalric que nous avons eu le bonheur de découvrir Le Carrosse d'Or dans une version magnifiquement restaurée et dans sa version anglaise d'origine. Jean Renoir nous livre un film éblouissant, envoûtante ode à la vie, en jouant avec la limite qui sépare la scène de la vraie vie : la comédie et la Cour sont deux théâtres sur lesquels se jouent des pièces fondamentales.
Le Carrosse d'Or, c'est bien sûr une déclaration d'amour à l'art du théâtre (et par extension au cinéma, autre art qui reproduit nos vies), c'est un hommage aux ces arts qui puisent dans le réel pour en extraire une toute autre image, et c'est surtout pour Renoir l'occasion de démontrer que ces arts ne sont pas de simples reflets de la vie, mais bel et bien des expression de cette même vie. Pour Renoir, il n'y a pas de différence entre le monde théâtrale, avec ses enjeux de divertissement en proposant du "faux", et la Cour d'Espagne qui elle aussi est en permanente représentation. Comme les comédiens ont besoin de leurs costumes, leurs décor et de leur public, la Cour elle aussi à besoin de ses accessoires (comme ce carrosse d'or qui symbolise son faste, sa finesse et sa grandeur) pour s'exprimer et jouer son rôle... Ramon aussi, ce toréador admiré du peuple, est lui toujours en représentation devant un public lorsqu'il pratique son art... Pour Renoir, nous sommes tous des acteurs qui jouons un rôle. Mieux encore, nous jouons tous plusieurs rôles, puisque nous endossons régulièrement le rôle de celui en face de nous. Tout est factice et joué, comme au théâtre, dans la vie. Rien n'est totalement imaginaire ou faux au théâtre, puisque le théâtre trouve ses sources dans la vie... La comédie humaine !
Jean Renoir organise cette gigantesque pièce dans laquelle la passion, l'orgueil, la générosité, l'amour, le mensonge et la convoitise ne sont qu'une infime partie des sentiments qui parcourent son film et animent ses personnages. Le plan d'ouverture du Carrosse d'Or est un rideau qui s'ouvre sur une scène de théâtre, le spectateur découvre un décor, celui de la Cour. La caméra de Renoir suit un personnage qui annonce l'arrivée du carrosse d'or ainsi que celle de la troupe de théâtre qui a voyagé avec lui. De porte en porte, de salle en salle, le spectateur s'aperçoit alors que la  scène de théâtre s'est transformée en réalité filmée, s'affranchissant de ses limites physiques, tout comme ses personnages s'affranchiront aussi de leur condition sociale. Camilla, l'actrice, entrera au palais par le coeur du vice-roi et se verra offrir son plus beau symbole... Ferdinand s'éloignera des réalités (artifices ?) de la Cour du palais pour se rapprocher du peuple... Chaque personnage s'enrichit au contact de l'autres et gagne en noblesse de caractère. De la comédie humaine, Renoir extrait et décrit la condition humaine !
Dans le Carrosse d'Or, Renoir célèbre la vie, l'amour et la beauté. Comme dans Les Enfants du Paradis, la scène y est centrale, ce n'est d'ailleurs pas le seul point commun entre ces deux joyaux, si l'on pense à Arletty et ses prétendants, ou bien sur la manière dont sont traités les sentiments et les personnages (la fin du Carosse d'Or se terminera cependant bien mieux !)... Anna Magnani est le centre solaire de ce système en mouvement où gravite et s'organise la Vie. Magnifique histoire abordant une multitude de thématiques, le Carrosse d'Or se dote d'un regard Humaniste sur ses protagonistes. Sa richesse émotionnelle ne cesse de s'imposer au spectateur au fur et à mesure que ce Carrosse d'Or avance. Quand à sa beauté visuelle, elle se renforce du poids des idées qu'il véhicule derrière l'apparente légèreté de la romance. Le Carrosse d'Or est un film formidablement riche et généreux. Il s'impose comme une oeuvre tentaculaire, capable de balayer d'un seul regard la comédie humaine et la condition humaine. Jean Renoir, en créateur visionnaire, en cinéaste de génie, ajoute à La Règle du Jeu, La Grande Illusion ou La Bête Humaine un autre chef d'oeuvre à la beauté touchante et puissante : Le Carrosse d'Or ! Nous ne saurions que trop vous recommander de vous ruer voir ce joyau en salle. Ce Renoir, resplendissant et somptueux, est un trésor !
Le Carrosse d'Or (Jean Renoir, 1953)
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