Magazine Journal intime

J'ai un truc à vous dire

Publié le 09 décembre 2012 par Anaïs Valente

Voilà, j'ai un truc à vous dire.  Ne vous montez pas une histoire, je ne vais pas vous annoncer que je me marie hein, mais il faut que vous sachiez, vous qui savez tout de moi, ou presque.  Tout cela va vous passionner…

Il y a un petit temps j'ai eu une phase de crise féminine, sans doute.  J'ai eu besoin de tester mon pouvoir de séduction.  Donc, sur le net comme dans la vie, j'ai beaucoup contacté d'hommes, j'en ai rencontré énormément, j'ai dragué des clients, des collègues, et j'ai tout testé, je ne vais pas vous faire un dessin, c'était plus fort que moi, peut-être à cause de Cinquante nuances de Grey, va savoir.  Bien sûr, soyez rassurés, avec préservatif hein.  Mais tout ça ce n'est pas de l'amour hein, c'est juste du cul.  Oh ben autant appeler un chat un chat (et une chatte une chatte, non ?).

Puis j'ai rencontré un homme marié, oh, ne me faites pas la morale, il n'y avait plus rien avec sa femme, alors on s'en fout, l'essentiel est que j'ai pris mon pied et lui aussi, et le reste on s'en fout, en plus il était beau comme un cœur, ce qui ne gâche rien.  Même qu'un jour je l'ai rejoint à l'autre bout de la Belgique (oui, du monde ça aurait été plus romantique, mais vous le savez, je ne monte pas dans les oiseaux de métal), il avait un colloque, bobonne était à la maison, et on a passé un week-end de rêve, je vous passe les détails.  Bon, le dimanche, sa femme a appelé, ça a tout gâché, car j'étais un chouia énervée du coup, et il m'a congédiée, m'expliquant qu'il ne m'avait rien promis et patati et patata.

Tristesse, mais pas grave, c'était pas l'amour de ma vie non plus.  J'ai donc décidé de bouder le sexe et de tester plutôt les relations platoniques mais plus fortes.  Genre tantrique, méditation, tout ça quoi.  Mais keske je m'emmerdais, on a beau dire, mais rien ne vaut une bonne pénétration, vaginale s'entend, car la sodomie, boh, très peu pour moi, et vous ?

Bon j'avoue que j'ai eu une petite phase "femmes" aussi, mais je n'ai pas grimpé aux rideaux, alors tant qu'à faire, rien ne vaut un bon vieux mec.  Oserais-je dire une bonne vieille bite ?  Par contre les animaux, non, jamais.

Et l'amour dans tout ça ? me direz-vous.  Oh, rabat-joies que vous zêtes, l'amour, il est partout, dans ce voyage, dans ces aventures, dans ces expériences.  J'ai aimé ça, je m'aime moi, j'aime tout ce que j'ai vécu, c'est de l'amour non ?  Vous me comprenez hein, je n'en doute pas.

Ça vous choque, tout cela, toutes ces confessions ?

Je l'espère bien. 

C'est le but.

Bien sûr, rien n'est vrai.  Tout est inventé. 

Ici, c'est mon blog, je me raconte, mais dans une certaine mesure.  D'ailleurs, lorsque j'ai vécu une brève histoire d'amour récemment, je n'en ai même pas parlé, parce que c'est ma vie à moi, ça, et que je vous le raconterai un jour, peut-être, mais avec mon humour habituel, et en différé.  Le jour où je serai vraiment amoureuse (ben oui j'y crois encooooore, comme chantait l'autre), vous le saurez peut-être, là encore, mais ma vie privée restera ma vie privée.  Il y a des limites, des barrières à ce que je raconte, c'est mon intimité quoi. INTIMITE.

Mais apparemment, un blog, ça peut prêter à confusionnation.  Depuis des années, je le constate, la confusionnation est permanente.  Bien sûr, il y a les petits messages sympas, les merci, les encouragements.  Puis il a les relations qui se nouent, dans le respect et la sympathie, hommes ou femmes, peu importe, ça peut mener à une amitié, quand bien même elle serait brève, j'ai connu ça.  Parfois longue.  Puis on rencontre les amis de ces nouveaux amis et on s'en fait des amis.  Des mometns de bonheur.  Enrichissant, quoi qu'il en soit.

Et puis…

Et puis…

Et puis ya Frida.

Non, et puis ya ceusses qui confondent tout.  Quand j'écris ceusses, je pense ceux, car que des mecs, hasard ou pas, je l'ignore.  Ils pensent sans doute que du fait que j'ai un blog, que j'y raconte ma vie, ben ça leur ouvre toutes les portes.  Les portes de la confession, surtout. 

Ils ne me connaissent pas, mais ils croient me connaître, alors ils se répandent, d'abord tout doucement, ensuite plus fort, à la manière d'un fleuve qui nait dans la montagne, traverse un pays et se déverse dans la mer avec une violence inattendue.  Un véritable dégueulis de confessions, pire que dans confessions intimes, car confessions intimes, si je le regarde, c'est mon choix, ici, je ne demande rien, je reçois, prends ça dans la gueule.  Des confessions souvent stupéfiantes, qui me glacent, me choquent, parce que moi, je ne les connais pas, ces gens, je ne veux pas savoir ces choses-là.  Parce que ce qu'ils me confessent, ben c'est sexuel.  Relationnel, mais couplé avec du sexuel.  Mais pas que sexuel, non, c'est plus comme un récit intime de tout leur ressenti, à tous niveaux, d'une relation qu'ils veulent m'exposer (j'avais écrit m'exploser et ça va aussi, car ça m'explose en pleine figure en général).  J'ai vécu ça plusieurs fois déjà, donc ce n'est pas le hasard, et j'ai vraiment du mal, tout comme, j'imagine, vous avez eu du mal à lire les premiers paragraphes de ce billet qui pourtant étaient plus crus que vraiment dérangeants.  Ce que je reçois est bien pire, c'est malsain, car ça vient de personnes que je ne connais pas, qui me parlent comme à leur journal intime, qui se déversent sur moi dans une diarrhée verbale qui ne s'arrête pas et puis au revoir, merci de m'avoir lu, ça m'a fait un bien fou.  Et même quand j'interviens, quand je dis stop stop stop, ça continue encore et encore, un dégueulis je vous dis, plus moyen d'arrêter cela.  Comme si j'étais obligée d'écouter, que c'était mon rôle, mon job, mon destin, que sais-je moi. Ça ne m'est pas arrivé une fois, mais plusieurs fois, oui, plusieurs !  J'en sors choquée, dégoûtée, pas nécessairement par le contenu, même s'il relève de la plus stricte intimité, mais par le processus utilisé.  Alors il y a une chose que j'ai envie de dire : je ne suis pas psy, je ne suis pas assistante sociale, je ne suis pas sexologue, je ne suis pas thérapeute bénévole, je ne suis rien de tout cela, je ne vous connais pas alors parlez-moi comme vous parleriez à quelqu'un croisé en rue, rien de plus. 

Trop is te veel.  Je suis juste une blogueuse qui raconte des tranches pudiques (ben si, pudiques, c'est pas parce que j'écris sextoy que je suis une grosse salope qui raconte des trucs glauques ici) ou drôles (allez si quoi, parfois, chuis drôle, non ?) de sa vie et n'a aucune envie de récupérer en boomerang des confidences qui ne lui seraient jamais faites dans la vraie vie !  Je suis un être humain, avec un ressenti, un cœur, une âme et un cerveau, un être humain prêt à discuter, à rigoler, à débattre, à philosopher, mais pas un confessionnal en bois dans une église ou un carnet à spirale avec un crayon.

Voilà, j'avais un truc à vous dire.


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