Ta mère, mais ça peut être ta femme, ta copine, ton père, ton môme, enfin... quelqu'un. Quelqu'un va se lever dans la nuit. Allumer la lumière dans le couloir, descendre l'escalier, aller à la cuisine, se préparer une infusion, un lait chaud, sortir le pot de miel de l'armoire, aller au salon, s'asseoir en attendant que ça soit infusé, prêt, que le temps, que la nuit ne lui brûle plus le coeur... la cuillère tourne dans les doigts nerveusement, puis viennent les premières larmes. Dehors c'est comme un puits noir de silence, la rue est déserte, y'a pas un bruit, y'a pas plus de bruit dans la maison. Les autres ne sont heureusement pas réveillés, les enfants, les grands...
C'est ta mère. Elle est seule, écrasée par son chagrin. Cela durera longtemps, très longtemps, les nuits se répèteront, c'est pas le papier officiel du ministère conservé au bureau, portant les mots, qui lui donnera la paix. Tu n'as plus rien en toi, il ne reviendra pas. Jamais plus, et tu pleures, les larmes sont alors un baume, elles te font du bien même si elles te déchirent.


L'homme qui pisse ou qui crache voit les ombres noires qui semblent voler sur le sol. Rapides légères, parfaitement silencieuses quand leurs hélicos ne pouvaient pas être furtifs.


Faut y être pour parler et pour savoir. Faut être dans la gueule du Diable pour en sentir les miasmes et le souffle brûlant. Le Diable réside en Somalie. Le reste n'est que connerie, fiction, merde de metteur en scène, de romancier ou de journaliste.
Tu ne reviendras pas. Le Cougar couleur nuit, couleur sang, vole lourdement sur les sables et sur les eaux vers le "Mistral". Stop. Opération terminée. Très loin à Paris Jean-Marc et Jean-Yves sont prévenus. Après avoir chacun poussés simultanément un cri sourd ils sont comme abattus, ils sont dans le bureau de Jean-Yves, ils ne disent rien, le temps à Matignon comme à "Mortier" est alors de plomb fondu, de ce même plomb dont le somalien fait parfois encore des balles spéciales pour son troisième bras...
Dans la maison noire tu es toujours au salon, ton infusion est bue depuis longtemps, mais tu pleures encore et je te vois, et je ne peux plus rien faire. Me dissoudre. C'est drôle je ne peux pas te toucher mais je sens que je suis triste. Je ne contrôle plus rien, je vois encore, je vois tout, si bien, si net. Je sens encore le souffle rouge du Diable sur mon visage quand il m'a embrassé à Bulomarer tout à l'heure...
http://direct.cd/2013/01/13/les-forces-speciales-mises-en-echec-en-somalie.html
http://www.franceinfo.fr/monde/echec-de-l-operation-commando-en-somalie-le-film-des-evenements-860089-2013-01-13
http://www.lexpress.fr/actualites/1/societe/somalie-les-islamistes-alertes-du-raid-francais-huit-victimes-civiles_1209085.html
