La servante
Dans une riche maison mexicaine, une ombre passe en silence, s’affairant aux choses du ménage. Elle a la peau plus sombre que ses employeurs, comme la plupart des gens qui exercent des emplois informels. Ici, le niveau socio-économique semble directement relié à la couleur de l’épiderme. Elle ne fait pas de bruit, on ne la présente pas puisqu’elle semble ne pas avoir de nom. Elle est presque invisible. Pourtant, elle vit dans cette maison, dans une petite chambre sans fenêtre au sous-sol. Avec son enfant, qui n’a pas deux ans et qui présente déjà tous les signes d’une invisibilité en cours d’acquisition. C’est pour l’arranger qu’elle loge à la cave, paraît-il, puisqu’elle habite à plus de trois heures de bus du coquet pavillon de ce quartier surveillé par des agents de sécurité privée, où les clôtures électrifiées fleurissent pour empêcher les misérables non autorisés d’entrer par effraction dans ce monde d’abondance. Elle ne rentre chez elle que les fins de semaine, dans un faubourg pauvre et éloigné, composé de petites maisons de briques anarchiques et teintées de couleurs vives, s’il reste assez d’argent pour la peinture. Alors, se retrouvant seule, la maîtresse de maison doit poser la télécommande, oublier la salle de gym et laver elle-même sa vaisselle sale.
Stéphanie Gernet