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Publié le 29 janvier 2013 par Didier54 @Partages
Cela s'est passé il y a quinze ans. A la naissance de mon fils.
Normalement, en bon gland, le presque mais pas encore papa se tient le plus sagement possible derrière la future maman plus que jamais en devenir.
Il est accoutré bizarrement, le gars, et on lui a filé un brumisateur.
Il est censé en asperger régulièrement son ex douce qui est devenue un animal déchaîné.
Il peut aussi lui serrer les mains, l'aider à respirer, lui souffler quelques mots pendant que de l'autre côté, des professionnels eux aussi accoutrés comme des idiots disent de pousser, d'arrêter, encouragent, etc. Ils parlent fort.
Je viens d'avoir 30 ans et là, précisément, je ne sers à rien.
C'est alors qu'une force inconnue de moi me pousse à passer "de l'autre côté". Je lâche le vapo à la con, je laisse la mère en devenir qui éructe comme un tank, on est au plus fort de la tempête, et je vais me poster derrière les gens en blanc, ou en vert. Personne n'a remarqué ma désertion d'ici et mon arrivée là.
J'ai décidé de voir en face la vie qui arrive. L'enfant qui paraît.
Dans ces moments-là, rien n'est vraiment conscient, ou plutôt, tout l'est tellement que plus rien ne se met en travers. Je ne veux pas rater ça. Je ne sais pas au juste que ce que je ne veux pas rater. Longtemps j'ai cru que c'était la naissance du fils que je voulais visualiser. Je me demande si ce n'était pas la naissance du père. En tout cas, je vois l'enfant arriver au monde, littéralement.
Je vois son irruption, la puissance de son irruption. Je vois la manière dont il s'extrait de la mère et dont soudain, il est là, lui, avec tout, déjà.
Je ne respire sans doute plus pour ma part tellement je suis abasourdi par le moment.
Tellement je suis aspiré par l'immense et l'inconnu. Par la vie.
Et c'est alors que je murmure : "Pardon".