Magazine Journal intime

L'aveugle n'est pas là. Le papier bruisse contre les vitr...

Publié le 20 octobre 2012 par M.
L'aveugle n'est pas là. Le papier bruisse contre les vitres et ça prend deux ou trois secondes pour que tu te résignes à avaler la salive dans le fond de ton gosier. Il ne fait pas si froid. T'as une mouche crevée qui s'est nichée entre le globe et la paupière, ça pique un peu. L'aveugle ne répond pas. La pluie roule dans tes cheveux comme un crachat condescendant. T'allumes pas la lumière, surtout pas la lumière, vilain garçon pourquoi. Le vent gratte à ta fenêtre. La nuit rougeâtre te parle doucement, te souviens-tu, dit-elle ? Te souviens-tu seulement ? Tu hausses les épaules, oui bien sûr, et la chanson caresse tes nerfs et tu t'effaces peu à peu sous les regards indulgents. Quelqu'un a baisé ses yeux, avec de l'acide. La chair ne hurle pas. L'aveugle à ce rire dément : nous sommes sauvages, dit-il, et nous voulons aimer. Oh, nous t'aimons, nous t'aimons, nous t'aimons. Ce rire dément, amplifié comme s'il était porté par la terre. L'hiver a courbé l'échine, oui même l'hiver. Nous sommes inconscients. Au prochain rayon de soleil, nous allons tout faire exploser. Surtout la peau, entre les côtes. Tu as perdu l'enfant terrible. Puis ton regard s'est noyé. Nous sommes sauvages, et nous voulons aimer. Et du haut de notre géniale connerie, nous ne voulons pas en démordre.
Bam.
Vous n'y comprenez rien, pas vrai.

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