Chronique d'un dimanche ordinaire pas si ordinaire

Publié le 21 avril 2008 par Anaïs Valente
Pas si ordinaire ?  Non.  Passque depuis le début de cette année, c'est la révolution dans mon quartier (prononcez kartché) : le supermarché est ouvert le dimanche.  Oui ma bonne Dame, rien que ça.
Je décide donc de tester la chose.  Me vlà partie vers mon supermarché.  Un dimanche.  Quelle aventure.
La rue est déserte.
Ou presque.
Je croise une jeune femme munie d'un sac bombé de viennoiseries.  Rejoint-elle son amoureux qui garde le lit bien chaud ?
Un vieux monsieur déambule difficilement, lui aussi avec son sac plein de bonnes choses.  Un petit réconfort pour avoir bravé le froid matinal, malgré le soleil.
Aucune voiture.
Ou presque.
On se croirait un lendemain de la veille.  Ou après une guerre nucléaire.  Ou un dimanche matin, sans doute.
Dans le supermarché, même constat.  Calme plat.  Volupté.  Les gens sont cool.  No stress.  No panic.  Ambiance feutrée.  Je me surprends à parler toute seule, tant les rayons sont calmes et vides.  C’est grave docteur ?  Cette zenitude se répand parmi les quelques personnes qui ont eu, tout comme moi, l’idée saugrenue de faire leurs courses un dimanche à l’aube.
En quittant les lieux, je m'arrête un bref instant pour laisser passer une toute petite vieille dame, dont la tête, emballée dans un foulard bleu, laisse apparaître un visage ridé comme une pomme, qui me fait penser au visage de la sorcière de Blanche-Neige (encore une histoire de pomme), version gentille.  Elle me gratifie d'un sourire, au moment même où la porte coulissante se referme violemment sur moi.  Me voilà coincée dans cette porte qui ne daigne pas se rouvrir.  Un charmant monsieur vole à mon secours.
L'ambiance est décidément bon enfant.  Les gens sont paisibles.  Le ciel est clair.  Les sourires sont de rigueur.
C'est définitivement agréable, de faire ses courses le dimanche.
Je décide ensuite de m'offrir un chtit croissant (enfin deux, mais ne le répétez à personne) et me dirige vers la boulangerie, saisis mon 7dimanche et entame une loooongue file.  Tout est calme.  Les gens attendent patiemment leur tour.  Et moi je lis ma chronique.  Rien ne presse.
Quand tout d'un coup.  Un bruit.  Un cri.  Un hurlement.  Qui se rapproche.  Se rapproche.  Et se rapproche encore.  Regards interrogateurs.  Angoisse.  Panique à bord.  
La voilà.  Une femme.  Cheveux longs.  Enervée.  Enragée.  Qui hurle.  Qui insulte.  Qui crie.  Qui vocifère.  Sur ma ville, qu'elle hait.  Sur les taxes, qu'elle ne veut plus payer.  Sur les ministres, trop payés.  Sur le pain, empoisonné.  Et sur son mec, qui l'a larguée.  Et elle crie, encore et encore.  Le temps suspend son vol.  On attend la suite.
Et je m'interroge : est-elle saoule ?  Est-elle en crise ?  Est-elle dépressive ?  A moins que ce ne soit les trois en même temps ?  Un homme la fait partir, en douceur.  Elle hurle de plus belle.  La file reprend son cours.  Le temps reprend sa marche.  Les gens sont ébahis par tant de violence de si bon matin.
Et j'ai pitié de cette femme dont le dimanche ne s'annonce pas sous les meilleurs auspices.
Je rentre chez moi, repiquer mes pensées.  Enfin.  Elles auront attendu, les pauvres.