Curieux les neurones, leurs connexions sublimes. L'est sept heures du soir ce soir, je pense fort à ma mère et à François Cevert qu'on appelait "le Prince". Le jour de son enterrement dans le petit cimetière de Vaudelnay (Maine-et-Loire), dieu que la Terre et le ciel étaient tristes. Nous étions serrés autour de la famille, y'avait Tyrell, Hill et Stewart, nous tous comme des poussins transis sous la dure flotte d'un orage.
C'était y'a un certain temps. Je courais les circuits de F1 de par le monde. Rencontré du beau linge : Stewart mon idole, Cevert, beau comme un dieu, doué comme le diable, Fittipaldi, Ickx... Et ces virolos pas possible : "Parabolica" de Monza, Müllenbach du "Ring", "S" de Watkins Glen fatal à François le six octobre 1973...
Je pense à tout ça, dimanche mon père se croit sûrement dans la ligne droite des Hunaudières avec son tricycle à pédale trafiqué. Record du meilleur tour départ arrêté sur le stade. Il rentre fier comme un bartabac. Descend de son engin de retour à l'écurie... et patatras se viande lourdement. Oh, c'est pas glorieux, c'est pas un accident sur le circuit, mon trip retour sur image du passé s'arrête là, mais je pense à tous ces "potes" des circuits de F1 de l'époque où tu pouvais aller librement dans les paddocks, discuter, prendre des photos...
Mon vieux pilote de père s'est ramassé tout seul, trahi par sa patte gauche qu'a lâché au moment où il posait le pied par terre. Si heureux d'avoir fait ses cinq tours de stade. Fête gâchée. Le tricycle qu'il lâche pas lui tombe dessus, il est dessous, emmêlé, il redresse sa F1 rageusement, se relève, ouiche il arrive à se relever tout seul. Ma mère à son carreau voit la scène, pige et arrive avec la voiture balai pinpon... Elle lui prend l'aile, lui dit mon pauvre vieux qu'est-ce qui t'arrive ? Ils rentrent, elle le soigne, le frictionne, il a mal, il a encore mal aujourd'hui...

NDLR : Ma sainte mère adore Chopin et Jean Ferrat alors je lui poste "la Grande Valse Brillante" et "Un jour"
